DANS LES LIGNES D'UNE MAIN LIBRE IV
En lisant Les Mains libres, de Paul Eluard et Man Ray, Poésie/Gallimard, 2013.
Légendes.

46.
La voilà défilée et qui vous apparaît soudain sous un autre masque.

47.
La peur est nue et courbe le dos, et courbe la nuque, pendant que, cherchant quelque morceau de réel à emporter, le long du mur, passe l'ombre.

48.
La plante artificière aime qu'on la fête. C'est alors qu'elle fait sauter ses belles bleues, ses belles vertes. Le lendemain du bal, on la jette. Alors, on sème quelques graines de patience, et on s'occupe des soucis.

49.
De sa brosse elles sortirent, échevelées, contrariantes, prenant des poses ironiques comme des aphorismes.

50.
Ayant rêvé de château, ce fut le château qui resta.

51.
Le bal, un hommage rendu au cubisme analytique.

52.
L'être file d'une main ce qu'il défile d'une autre.

53.
Lorsque l'on sème des ciseaux, il faut en faire la récolte avant qu'ils puissent s'ouvrir. Sinon, ils vous coupent en deux.

54.
A la longueur des mines, on pouvait estimer la longueur des crayons qui circulaient sous la terre et sortaient parfois une  langue bifide et l'ondulation de leurs écailles.

55.
La production en série favorise l'empire des choses sur les esprits. Elles n'ont même plus besoin de durer ; elles n'ont qu'à se multiplier ; ainsi font-elles de l'humain un outil.

56.
On peut toujours faire de Sade un sphinx. C'est un argument publicitaire comme un autre.

57.
Ou un homme-muraille, derrière laquelle il s'en passe des choses.

58.
Suivent une femme au, une chevelure dans une autre, un cherchez le Picasso, la tête d'André Breton dans les taches, celle de Paul Eluard dans les lignes, et un autoportrait aux fenêtres en face des trous.

59.
Enfin, un oeil, un nez, une bouche, un menton et des cheveux, une mine plantée dans le paysage, verticale, comme si elle attendait patiemment le taille-crayon du ciel.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 août 2013