VOUS FAIRE CUIRE UN OEUF
En lisant Phèdre, de Racine.

1.
"Madame, il faut poursuivre ; il faut vous informer
D'un secret que mon coeur ne peut plus renfermer"
(II, 2, v.527-28 [Hippolyte à Aricie])

Hippolyte, il a du secret, il a quelque chose qui s'agite dans sa cage à palpitant... Peut plus l'garder, trop lourd, qu'ça va finir par lui grimper à la tête, l'affoler, le rendre zinzin ; il s'apprête à lâcher le morceau.

2.
"La fortune à mes voeux cesse d'être opposée"
(III, 4, v.913 [Thésée à Phèdre])

Il est bien content, Thésée, que jusqu'ici, c'était pas terrible, mais que maintenant, ça allait rigoler. Se met-il le doigt dans l'oeil ? L'aura-t-il dans l'os ? Retrouvera-t-il ses pantoufles ?

Note : Où ai-je entendu que le jour où Napoléon s'en est revenu de loin pour reprendre le pouvoir et une raclée à Waterloo, Louis XVIII a piqué une colère parce qu'il ne retrouvait pas ses pantoufles ? C'est-y vrai, ça ? Remarquez qu'on s'en moque.

3.
"Je confesse à vos pieds ma véritable offense :
J'aime, j'aime, il est vrai, malgré votre défense"
(IV, 2, v.1121-22 [Hippolyte à Thésée])

Hippolyte, il fait profil bas devant son sévère papa, qu'il s'en "confesse à vos pieds". C'est dire si c'est dur à dire qu'il a une petite dans la peau. Thésée va-t-il le déshériter ? Le mettre en pension en Angleterre ? Le foudroyer ? Suspendre son abonnement à Spirou ?

4.
"Puisque j'ai commencé de rompre le silence"
(II,2, v.526 [Hippolyte à Aricie])

Ouh là ! il a des choses à dire, çui-là !

5.
"Elle meurt dans mes bras d'un mal qu'elle me cache."
(I,2, v.146 [Oenone à Hippolyte])

Le mal dont souffre la reine relève donc du secret, de la pudeur, de l'intime, de la fierté. L'orgueil cache son mal.

6.
"Asservi maintenant sous la commune loi"
(II,2, v.535 [Hippolyte à Aricie])

Seigneur, quelle vulgarité !

7.
"Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ?"
(II, 2, v.536 [Hippolyte à Aricie])

J'aime beaucoup ce vers : il arrive que l'on se fascine. Nous voilà loin de nous-mêmes, comme étrangers. Sans doute, il y eut des crimes commis dans cette étrangeté.

8.
"Cet heureux temps n'est plus. Tout a changé de face"
(I,1, v.34 [Hippolyte à Théramène])

Hippolyte constate que le temps passe et que le bonheur fuit des fois. D'ailleurs, tout change tout le temps. Tout bouge, tout mouve, tout grouille. Le réel a la tremblote persistante.

9.
"Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi"
(I,3, v.155 [Phèdre à Oenone])

Du zébre mou dans l'air que ça doit lui faire l'impression, à Phèdre, quand elle est éblouie d'la mirette.

10.
"Votre flamme devient une flamme ordinaire"
(I,5, v.350 [Oenone à Phèdre])

Vous pouvez donc faire comme tout le monde : vous faire cuire un oeuf.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 octobre 2013