BRUISSE DE NUIT

1.
André Breton, "Hôtel des étincelles". Cette expression "papillon philosophique", c'est une ironie, non ? Un oxymore.

2.
Plutôt que "papillon philosophique" [André Breton], moi je pense plutôt corbeau de plomb, et bien gros encore, hénaurrRrrme !

3.
Théâtres ambulants de nos pommes, blasées
De nos rôles des fois, soliloquant quand même.

4.
Quand on feuillette de la science, le monde semble soudain si logique, que c'en est à de se demander ce que nous faisons là.

5.
"Chaque femme au matin, peut avoir des airs de Médée."
(Orlando de Rudder, Le Tempestaire, Robert Laffont, 1984, p.142)

Echevelée et éructant du féroce grec pour nous reprocher d'être si latins.

6.
"Par ailleurs, mais en même temps, dans le parfum mûr de la belle Dame brune..."
(Orlando de Rudder, Le Tempestaire, Robert Laffont, 1984, p.80)

Une variation sur "le parfum de la dame en noir" ?

7.
Ce qui distingue la chanson française de toutes les autres, c'est qu'au moins on comprend qu'c'est idiot.

8.
Etre ces "fenêtres détachées de toute espèce de mur" évoquées par André Breton dans "Sur la route qui monte et descend", et donner à voir sans arrière-pensée.

9.
"Il était dans la nuit un morceau de la nuit."
(Orlando de Rudder, Le Tempestaire, p.116)

Qui ça ? Fantômas ?

10.
Entendu à la radio et attribué à Nelson Mandela : "Je ne veux pas que l'on me considère comme un saint. A moins que l'on considère qu'un saint est un pécheur qui cherche à s'améliorer."

11.
Ce qu'il y a dans la tête des gens que j'ai connus : des bouts d'histoire et de géographie qui nous seraient communs.

12.
En rêve, il m'arrive de visiter des lieux que je ne connais pas, de grandes maisons où il y a, a eu, aura quelqu'un que je connais et que j' attends, ou qui m'attend. En général, le rêve s'achève sans que j'en sache plus.

13.
Si, comme l'imagine André Breton dans le poème "Privé", des "scaphandriers tombent du ciel", il faut s'attendre à des neiges de galions, des chutes de trésors enfouis, des attaques aériennes de requins.

14.
Crevez les yeux à un devin et il vous dira l'avenir en braille; coupez lui la langue et il vous l'écrira; coupez lui les mains et vous serez mis en examen pour actes de torture et de barbarie. On n'échappe pas à son destin.

15.
Sans légendes, la réalité serait insupportable. Elle serait même absolument absurde, et c'est la légende qui nous permet de comprendre ce qui se joue sur cette scène imbécile que l'on appelle le monde.

16.
Il y a dans le pronominal "se battre" une connotation masochiste qui m'a longtemps découragé.

17.
Je me comporte souvent comme si je pouvais arrêter le temps; et pourtant, je le sais bien qu'elle finira par me tomber sur la tête, la tuile du lendemain.

18.
Les rêves la nuit, la liste de toutes ces choses que nous avons tout intérêt à oublier et qui s'éclipsent sur la pointe de leurs énigmes.

19.
Sans l'infinie complexités de nos langues, le réel ne serait qu'un long grognement de bête bipède. Mais même avec, y en a qui font guère mieux.

20.
La nuit m'attend. Elle a aux lèvres un oiseau
Dont l'oeil luit comme lune au plumage bruissé.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 décembre 2013