DES FOIS MON OEIL

1.
Des fois, mon oeil se biscorne et je vois tout Picasso, face de fièvre tête de nègre polychromique, polyphonique, polyrythmique, polypanique.

2.
"-Est-ce que tous les éléments chez vous ne se métamorphosent pas ?"
(Sur France Culture, cette question de Claude-Royet Journoud à Jean-Loup Trassard)

3.
Des fois, le Sphinx, il a tous les éléments qui se métamorphiphaphosent, il se hulke, se batmanne, et s'il est sphinge, il se catwomanne aussi.

4.
"-Etrange ! Etrange ! Rappelez-vous"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

5.
Par définition, le passé est étrange; le passé, c'est l'étrangement du présent.

6.
"Et mon ami ricana silencieusement"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

7.
Mon ami ricane pour moi; moi, je reste impassible, tandis que silencieusement, longuement, secrètement, dans mon dos, ricane mon ami.

8.
"Nous passions devant le donjon et nous entendîmes des gémissements."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

Si c'est pas une phrase gothique, ça...

9.
Quand je me mal-lune, je me faufile dans un coin du grenier, et j'attrape des mouches.

10.
"Quelles pensées roulent dans ce silence autour d'elle ?..."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

11.
Roulis dans ses pensées... ça tanguait dans le spéculatif... soufflant dans l'être... nausée, écume des choses, bave des visages.

12.
"Malheureusement, le coup de l'os de mouton était parti et était déjà arrivé..."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

13.
"Tu sais... Je me suis tellement acharné à monter ce canular sur les noms que j'ai presque fini par y croire !"
(Milo Manara, "HP et Giuseppe Bergman" [un arbre])

C'est un arbre qui jacte, ça pourrait être un dieu.

14.
La poésie, c'est mal élevé, c'est ontologiquement mal élevé, ça manque de retenue dans l'être au monde, qu'ça déborde du "dasein".

15.
"Il n'y a pas plus sot qu'un puceau..." fit-elle, songeuse.

16.
Je compris alors que l'on pouvait glisser dans le néant aussi facilement qu'une feuille se glisse sous une porte.

17.
Des fois, nous achetons des mots dans l'espoir d'acheter de l'être.

18.
"étudier des effets d'éclairage dans la pièce où allait se tenir le jeu des miroirs."
(Agatha Christie, "La Fête du potiron")

19.
Ne laissez jamais vos miroirs parler pour vous; leurs mots finiraient par vous effacer.

20.
"Voyez-vous, j'ai l'intuition que certains événements apparemment séparés sont liés les uns aux autres."
(Agatha Christie, "La Fête du potiron").

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 juin 2014.