A CLAUDE LELIEVRE HISTORIEN

Le 4 mai 2015, sur l'amusant site « Le Café pédagogique », l'historien de l'éducation Claude Lelièvre, s'en prenant lui aussi aux « pseudo-intellectuels » qui, selon lui, caricatureraient les effets de la réforme des collèges 2015, croit bon de citer une tribune du Monde du 21 octobre 1980 dans laquelle René Haby (celui qui, sans savoir ce qu'il était réellement en train de faire, en décrétant le collège unique, a ouvert la porte aux 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat et donc à toutes les réformes, réformettes, circulaires plus ou moins bien inspirées censées  régler les problèmes que collège unique et 80 % ont engendrés) dans laquelle René Haby donc répond aux détracteurs du collège unique; citation :

« Le mot ''illettré'' est partout. Et l'on évoque sans rire je ne sais quelle sombre ''entreprise politique de lavage de cerveau'' d'où la jeunesse sortira ''défrancisée et abrutie''.
(René Haby, « Aux lettrés d'aujourd'hui », Le Monde du 21 octobre 1980, cité par Claude Lelièvre in « Il faut dénoncer les polémiques assassines », "Le Café pédagogique")

Eh bien, mon cher monsieur Lelièvre, nous sommes en 2015, et presque chaque mois, nous apprenons par la presse, ou par le gouvernement lui-même, qu'ils sont tout de même assez nombreux, les candidats au jihad, qu'ils sont tout de même assez nombreux, les jeunes Français qui ont rejoint les rangs de daech, qu'ils sont tout de même assez nombreux, ceux qui en sont morts.
Je ne suis certainement pas le seul à penser que si tant de jeunes gens ne se sentent plus chez eux en France, que si tant de jeunes gens se fanatisent, perdent tout sens critique et, effectivement défrancisés et abrutis, en viennent à prendre les armes pour aller assassiner dessinateurs, journalistes, policiers et clients d'un magasin casher, c'est sans doute que votre merveilleux collège unique, votre formidable socle commun, et toutes vos expérimentations socialo-pédagogiques ont échoué, lamentablement et tragiquement échoué à intégrer ces jeunes gens, c'est-à-dire à les aider, dès le collège, à choisir une formation qui puisse déboucher sur l'exercice réel d'un métier plutôt que de les laisser errer des années durant d'années de collège unique en diplômes plus ou moins dévalorisés, bouts de papier, monnaie de singe, dont personne n'est vraiment dupe et qui ne servent guère qu'à gonfler les statistiques des ministères, les effectifs de l'enseignement supérieur, et l'autosatisfaction des pseudos-scientifiques de l'éducation.

Patrice Houzeau
Hondeghem,  le 31 mai 2015