JUSTE UNE FARCE

 

1.

Dandy drôle au dîner déguste des radis blancs et boit du vin blanc en contemplant le rideau bleu qui tombe sur la scène.

 

2.

Point ne palpite l'air de petits poissons ; on n'y peut pêcher que les gifles du vent.

 

3.

« - Entre le laurier rose et le lotus jaseur

Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur »

(Rimbaud, « Soleil et chair » IV)

 

4.

Ame amoureuse se mange tourments et mensonges et n'arrive pas à demeurer tranquille en sa maison.

 

5.

« Il est singulier que je pense sans cesse au roi. J'ai beau faire, beau secouer la tête, j'ai une voix dans l'oreille qui me dit »

(Victor Hugo, « Le Dernier Jour d'un condamné », XL)

 

6.

Les absinthes ont toujours tort me dis-je en contemplant quelque vieux volume de vers verlainiens et troués de vers voraces.

 

7.

Si l'univers était à l'envers, il ne serait point à l'endroit, ce dont le roi et le pauvre hère ne se soucient guère.

 

8.

Les autres, leur nuit, elle s'agite drôlement… S'affole même, aiguise ses couteaux, prépare ses boucheries…

 

9.

Et l'Univers alluma sa lumière noire ; lors, clairvoyants ils se crurent.

 

10.

C'est Noël ! L'être clignote : Je suis Je ne suis pas Je suis Je ne suis pas Je suis Je ne suis pas

 

11.

Clown autoproclamé, il se moqua moult de lui-même, et resta seul dans son cirque.

 

12.

Nous, nombres, des fois nous dérivons dans le zéro, un zéro plein comme un œuf.

 

13.

« il y a du raisiné sur le trimar (du sang sur le chemin) »

(Victor Hugo, « Le Dernier Jour d'un condamné », V)

 

14.

« épouser la veuve  (être pendu), comme si la corde du gibet était veuve de tous les pendus. »

(Victor Hugo, « Le Dernier Jour d'un condamné », V)

 

15.

« La tête d'un voleur a deux noms : La sorbonne, quand elle médite, raisonne et conseille le crime ; la tronche, quand le bourreau la coupe. »

(Victor Hugo, « Le Dernier Jour d'un condamné », V)

 

16.

« Quelquefois de l'esprit de vaudeville : un cachemire d'osier (une hotte de chiffonnier), la menteuse (la langue) »

(Victor Hugo, « Le Dernier Jour d'un condamné », V)

 

17.

« des mots bizarres, mystérieux, laids et sordides, venus on ne sait d'où : le taule (le bourreau), la cône (la mort), la placarde (la place des exécutions). »

(Victor Hugo, « Le Dernier Jour d'un condamné », V)

 

18.

L'humain ne cesse de devenir sa langue, et tourne dans le sens comme une bête en cage.

 

19.

La langue n'est pas fasciste ; elle est juste une farce, qui fait de nous ses sentencieux dindons.

 

20.

Le monde est avant tout un champ de bataille. Il ne devient tapis de prière que pour conforter les vainqueurs et consoler les vaincus.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 6 décembre 2015.