PETITES CONSOLATIONS DE FANTAISIE

1.
« Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! »
(Baudelaire, « Chant d'automne », I)

2.
« Notre âme, piteux monument »
(Baudelaire, « L'irréparable »)

3.
« - Et la lampe s'étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre ! »
(Baudelaire, « Les bijoux »)

4.
« Ma pauvre muse, hélas ! qu'as-tu donc ce matin ?
Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes »
(Baudelaire, « La muse malade »)

5.
Ma douce mon éloignée ma
pauvre sous la lune & ma
muse toi que tant j'aima
hélas que tu es lasse ma
lade aussi sembles-tu Sa
lade c'est une laitue ma
tu répondu car fine & ma
ligne es-tu.
 
6.
Le style le grand style nous
console de la médiocrité qui
étale partout ses groins ses
grognements grotesques ainsi
ces vers de Baudelaire « Bientôt
nous plongerons dans les froides
ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés
trop courts ! »
De ce fait commun A nos étés
nos beaux étés succèdent les
longs et froids hivers voici
que le poète nous rappelle à
nos inéluctables ténèbres au
temps qui fait passer chacun
de l'état de vif au tas d'os

7.
Qu'as-tu Cathy quel couac
donc te flanque le cafard
quel scarabée cavale dans
ton cœur quelle momie tes
yeux creuse-t-elle hélas!
si lasse sembles-tu lasse
si lasse très lasse lasse
que tu me sembles taillée
au croissant de la lune &
l'étoffe des ombres.

8.
La nature serviteur qui rappelle
au général victorieux triomphant
couronné de lauriers qu'il n'est
qu'un homme.

9.
Tes yeux lancent des éclairs du
creux de ton âme ta colère elle
monte ta colère orage es-tu Zut
Zut tu me fixes qu'il me semble
Zut que tu veux m'épingler.

10.
« Notre âme, piteux monument »
qu'il lucide le Baudelaire la
dégringolant de son piédestal
hugolien l'âme et lui clouant
son bec de haute bête morale.

11.
Sont tout hantés tes yeux
et tout peuplés de linges
agités & tout houloulants
tu t'es maquillée avec un
spectre ce matin ou quoi.

12.
Le style le grand style est
une pulsation une promenade
dans un autre monde et tous  
ces fantômes et ces cercles
que nous fréquentons il les
soupire C'est cette « lampe
s'étant résignée à mourir »
du poème de Baudelaire & le
rythme des flammes la valse
qui brûle et l'ardente java
et le singulier tango où la
flamme cherche la flamme oh
l'étrange tango et la danse
du feu l'être de chair voué
à la lumière sanglante puis
fascinant comme une sottise
qui nous prend au spectacle
de la Beauté puis fascinant
comme le pouvoir des vers à
susciter un réel infiniment
plus réel que le réel où se
traînent nos ombres Ecoutez
« - Et la lampe s'étant résignée
à mourir,
Comme le foyer seul illuminait
la chambre,
Chaque fois qu'il poussait un
flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau
couleur d'ambre ! »

13.
Visions nocturnes chameaux
qui vous traversent le fil
des paupières rues où vous
n'êtes jamais allé et vous
les reconnaissez pourtant.
 
14.
Nous pouvons les oublier nos
cauchemars eux jamais ils ne
ne nous oublient et à pas de
nuit plus nuit que la nuit i
nous suivent & finissent par
peupler nos yeux nos yeux de
plus en plus creux de toutes
ces visions nocturnes que le
poète devine au regard de sa
muse « Ma pauvre muse, hélas !
Qu'as-tu donc ce matin ?
Tes yeux creux sont peuplés de
visions nocturnes »
Ces vers de Baudelaire quand
j'y songe il me semble qu'il
y est question de proie & de
la grande maladie du temps &
des cauchemars glissant à la
fenêtre leurs yeux blancs de
cheval pâle ou d'intrus dans
le jardin.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 janvier 2016.