QU'ON S'PROMENE PARTOUT AVEC SON REEL A SOI

Notes isolationnistes sur le poème « Le jardin mouillé » de Henri de Régnier.

 

HENRI DE REGNIER : LE JARDIN MOUILLÉ

 

« La croisée est ouverte ; il pleut

Comme minutieusement,

A petit bruit et peu à peu,

Sur le jardin frais et dormant.

 

Feuille à feuille, la pluie éveille

L'arbre poudreux qu'elle verdit ;

Au mur, on dirait que la treille

S'étire d'un geste engourdi.

 

L'herbe frémit, le gravier tiède

Crépite et l'on croirait là-bas

Entendre sur le sable et l'herbe

Comme d'imperceptibles pas.

 

Le jardin chuchote et tressaille,

Furtif et confidentiel ;

L'averse semble maille à maille

Tisser la terre avec le ciel.

 

Il pleut, et les yeux clos, j'écoute,

De toute sa pluie à la fois, 

Le jardin mouillé qui s'égoutte

Dans l'ombre que j'ai faite en moi. »

(Henri de Régnier, « Les Médailles d'argile »)

 

1.

« La croisée est ouverte ; il pleut

Comme minutieusement,

A petit bruit et peu à peu,

Sur le jardin frais et dormant. »

(Henri de Régnier)

 

« La croisée » c'est pas une fille qui part avec une croix pour chaipaoù, c'est la fenêtre qu'on peut voir dedans ce qu'il y a dehors.

 

Quand la croisée est ouverte il peut faire froid et le vent peut venir tout bousculer avec ses mains de vent qui paume et brise.

 

Quand « il pleut comme minutieusement » ça veut dire qu'il y a une petite pluie qui tombe aussi minutieuse qu'une aiguille de couturière.

 

La pluie quand elle tombe « comme minutieusement », elle fait pas beaucoup de bruit qu'elle est à pas de loup pis « peu à peu ».

 

D'ailleurs elle fait tellement pas de bruit qu'elle réveille même pas le « jardin frais » comme une rose « et dormant ».

 

Si la pluie le réveillait en chutant d'eau bruyante le jardin s'réveillerait et râlerait bien la traiterait de catin au moins la pluie.

 

Non la pluie elle est délicate et Régnier écrit qu'elle « éveille » l'arbre « feuille à feuille » lui susurre doucement qu'il est l'heure.

 

2.

« Feuille à feuille, la pluie éveille

L'arbre poudreux qu'elle verdit »

(Henri de Régnier)

 

Ecoutez moi cette musique du yod d'la feuille éveillée qui pleut et va frapper le tronc de « l'arbre poudreux ».

 

Quand je dis qu'il est l'heure évidemment c'est pas le même temps que pour nous c'est le temps des arbres qu'on dirait d'la durée.

 

L'arbre il est poudreux ça veut pas dire qu'il porte la perruque à nos aïeux ou qu'il sniffe de la coke non ça veut dire aut'chose.

 

L'arbre il est poudreux comme si ses branches avaient moulu chaipas et qu'il s'rait plein de la farine de l'air.

 

Tout cas la minutieuse le « verdit » l'arbre que si ça se trouve il va courir la gueuse à feuilles dans la campagne à clé des champs.

 

3.

« Au mur, on dirait que la treille

S'étire d'un geste engourdi. »

(Henri de Régnier)

 

Après y a des treilles qu'on dirait de belles endormies qui s'étirent car elles sont plus endormies qu'elles se réveillent à la prélasse.

 

4.

« L'herbe frémit, le gravier tiède

Crépite et l'on croirait là-bas

Entendre sur le sable et l'herbe

Comme d'imperceptibles pas. »

(H. de Régnier)

 

Des fois on dit que « l'herbe frémit » que pourtant elle regarde pas des films d'épouvante quoique d'l'épouvante y en a plein l'herbe qu'c'est plein d'cadavres d'animaux mais je crois pas que c'est ça qui la fasse frémir.

 

Y a même du « gravier tiède » qui « crépite » que la pluie elle imite le bruit de l'être sur le gravier qui vient hanter les alentours.

 

L'être c'est essentiellement de la hantise on fait comme si mais on le sait bien qu'nos caboches sont de vraies fabriques de spectres.

 

Du reste, n'est-il pas que rien ne sert jamais vraiment et que tout est nécessairement vain et plus ou moins réel ? dit-il en mangeant du camembert.

 

L'être hante les alentours com s'il est ché lui mes il l'est pas (il exagere) nous on finit tout hanté filosofe énerfé qon boit trop d'café.

 

Nos caboches elles machinent du spectre d'la musique d'os du clavier à cadavres et derrière la rose l'inquiétude d'un sourire.

 

Des fois dans sa caboche on s'fait d'la cocasse polyphonie où s'glissent les fragments de fanfares lointaines qu'on dirait du passé.

 

5.

« Le jardin chuchote et tressaille,

Furtif et confidentiel »

(Henri de Régnier)

 

Des fois comme dit le poète « le jardin chuchote » comme s'il y avait quelqu'un et pourtant il y a que moi même qu'ça « tressaille ».

 

Le jardin le poète i dit qu'il est « furtif et confidentiel » comme un espion, l'espion des roses et des ronces.

 

6.

« L'averse semble maille à maille

Tisser la terre avec le ciel. »

(Henri de Régnier)

 

L'averse c't'une tisseuse elle vous coud si bien la terre et le ciel qu'vous y voyez goutte.

 

L'image de la tisseuse elle a été préparée par l'adverbe « minutieusement » que ce qu'il écoute Régnier c'est la métaphore qu'il file.

 

Que ce que Régnier écoute qu'il en a « les yeux clos », genre son réel à lui, c'est la métaphore qui file comme la pluie.

 

Qu'on s'promène partout avec son réel à soi pour voir s'il correspond au réel qu'ils font les autres.

 

Des fois qu'on reste tout seul qu'on s'écoute les yeux clos se mouiller le jardin genre qu'on s'bricole quelque isolationnisme ontologique.

 

7.

« Il pleut, et les yeux clos, j'écoute,

De toute sa pluie à la fois »

(Henri de Régnier)

 

Des fois quand on écoute les yeux clos on s'endort que vaut mieux avoir les yeux ouverts des fois qu'il y en aurait un qui profiterait pour.

 

J'aime bien l'expression « de toute sa pluie à la fois » que parfois je me souviens qu'elle pleurait bouh ouh ouh de toute elle à la fois.

 

Parfois quand on est méchant c'est comme si un voleur s'était introduit et avait allumé la lumière dans not' citrouille.

 

8.

« Le jardin mouillé qui s'égoutte

Dans l'ombre que j'ai faite en moi. »

(Henri de Régnier)

 

Des fois il y a l'ombre qu'on se fait en soi elle nous fait des ombres chinoises là, dedans, qu'on comprend pas parce que c'est du chinois.

 

Que son réel à soi, ça peut finir par nous faire une ombre là, dedans, façon tache d'on n'sait quoi qui s'allonge s'allonge et nous envahit.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 octobre 2016.