ÇA ET AUTRES

 

1.

C'est toujours après coup que nous comprenons ce que nous aurions dû faire. Nous vivons avec le fantôme de notre liberté.

 

2.

Avec le temps que plus ça passe, les personnages historiques finissent tous par prendre une gueule de légende.

 

Une gueule de légende à figurer dans quelque bariolade, à finir fellinisé grotesque, cauchemardé du chef d’œuvre, rêvé filmique.

 

3.

La nuit arrive – ouf ! que les autres croient que vous dormez et vous vous dormez, en attendant le lendemain que les autres

 

4.

« Il y avait longtemps que je n'avais pas mis les pieds »

 

Il y avait longtemps que je n'avais pas mis les pieds, alors je les ai mis ; c'est plus commode pour marcher ; d'ailleurs j'avais à sortir.

 

5.

« Ça ouvre des horizons... »

 

C'est bien pratique ça d'avoir un « ça » pour ouvrir des horizons, c'est comme une clé quoi, un truc que sans « ça » on se heurte.

 

6.

« Hardcastle me fixait d'un œil à la fois critique et spéculatif des plus déplaisants. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [Colin])

 

Qu'le réel est plein d'yeux à la fois critiques et spéculatifs qu'on fait des plans sur vot' pomme comme sur un cheval de course.

 

7.

« incapable de tenir sa langue plus longtemps »

 

Incapable de tenir sa langue plus longtemps, elle jaillit de sa bouche et se précipita dans le réel comme si elle voulait l'avaler.

 

8.

« A l'intérieur, c'était évident : ils étaient les seuls maîtres. »

(Agatha Christie traduit pas Th. Guasco, « Les Pendules »)

 

« A l'intérieur, c'était évident : ils étaient les seuls maîtres. » A l'extérieur aussi, mais on les voyait pas.

 

Dans « Les Pendules » d'Agatha Christie, il s'agit des livres que moi j'y ajoute les invisibles qui sont aussi partout que vous et moi.

 

Qu'il y a des fantômes nomades comme il y a des spectres sédentaires, des dames blanches sur les routes et des sans-tête dans les couloirs.

 

Des fois, je me dis c'est des qui ont trop lu de Cioran qu'ils sont passés de l'autre côté qu'ils sont plus qu'aphorismes et apparitions.

 

9.

Pour les esprits curieux, dans ce roman, « Les Pendules », chapitre XIV, Hercule Poirot dit le plus grand bien du « Mystère de la Chambre Jaune », aussi de Conan Doyle et cite quelques vers de Lewis Caroll.

 

« Tenez, quand les trois hommes se rencontrent à la jonction des trois couloirs, on devrait avoir tout compris. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [Hercule Poirot])

 

10.

« Mais le temps depuis a marché. »

(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

 

C'est que de depuis en depuis, le temps marche dans les combines des humains ; c'est pas qu'il est complice, c'est qu'il s'en moque.

 

11.

« Combien de fois je me suis lassé dans mes recherches de la froideur que je sentais en moi ! »

(Rousseau, « Emile ou De l'éducation »)

 

Genre qu'on trimbale en haut d'soi (là où ça cogite) un sphinx des glaces qui vous empêche d'entrer dans la vérité.

 

Je dis « entrer dans la vérité » que c'est comme si c'était la maison de la logique qu'on dit qu'la logique c'est une architecture.

 

Ceci dit, je sais pas si la logique conduit à la vérité qu'elle est aussi un phénomène de ce qui est en soi et qui nous reste énigmatique.

 

Énigmatique pour ce qui concerne la vérité en soi ça signifie absurde qu'en fin de compte la vérité pour nous n'est jamais qu'humaine.

 

12.

« nous reconnaissons cependant aussi par là qu'ils [les phénomènes] ont comme fondement une chose en soi, bien que nous ignorions comment elle est constituée en elle-même »

(Kant, « Prolégomènes à toute métaphysique future », traduction de Gibelin, Vrin)

 

Le paradoxe est que cherchant dans le cosmos et les calculs une vérité en soi qui nous est radicalement inaccessible nous trouvons en l'humanité une toute autre vérité qui nous permet de rêver un monde meilleur.

 

Quand je dis « monde meilleur » c'est bien entendu le monde qui se relève entre deux crises qu'il faut être bien naïf pour croire qu'ça arrivera plus.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 octobre 2016.