OUI MAIS J'AI BEAU ME RAISONNER

On suit l'enfant fantôme
dans le tunnel
le gnome lève sa hache.

1.
J'dis ça j'dis rien mais à force d'aller chatouiller l'cosmos ça va finir qu'l'infini va finir par nous flanquer son néant là où j'pense.

2.
« Je rencontrai le bois du siège ! Il n'y avait plus personne. Le fauteuil était vide ! »
(Maupassant, « Lui ? »)

Quand on rencontre le bois du siège et qu'il n'y a plus personne, forcément la conversation tourne court.

Parfois les choses ont l'air comme vides ; et s'ils avaient migré, les petits dieux des objets et des meubles ?

3.
« Oui, mais j'ai beau me raisonner, me roidir, je ne peux plus rester seul chez moi, parce qu'il y est. »
(Maupassant, « Lui ? »)

Lisant cette seule phrase, on comprend que le narrateur, y a d'la hantise chez lui que même seul, il est pas seul.

La politique est une administration des conséquences ; l'a trop d'boulot, l'hercule de foire, s'en sort pas.

4.
Lieu commun entendu sur France Inter : « Nous vivons une période tragique et moi je pense que c'est dans les périodes tragiques que naît le sublime. »

Le sublime au prix du tragique : quelle blague ! quelle funeste blague ! Ah vite, un album de Gotlib !

Il y a toujours beaucoup moins de héros que de gens pour les applaudir, plus tard, bien plus tard, quand le danger est écarté.

5.
Défois y a la question qon nous demande qui est le « On » du texte que chaipas mais comondit « on est un ... », alors c'en est un je pense.

Défois même on demande qui est le « vrai »  narrateur du récit qu'il n'est pas plus vrai que le reste qui est que fiction et carabistoules.

On nous demande même son « sexe » au narrateur qu'il doit être masculin (j'ai une chance sur deux de toute façon).

Mais il peut être féminin, ça dépend du livre qu'on lit que je me demande si le narrateur vient d'une autre planète là on peut pas savoir.

Son identité on demande aussi ! Bah ! elle est normale ; il se ressemble, le narrateur, même quand i s'a mis la tête à l'envers.

Même si vous lisez le livre à l'envers le narrateur se ressemble, simplement vous comprenez pas ce qu'il dit.

En général, le narrateur obéit à son principe qu'il est squilé ; il en a qu'une d'identité, à moins qu'il soit malade à identités multiples.

Pour son caractère, au narrateur, il l'a suffisant pour être imprimé lisiblement.

Le questionère i demande ossi son statut narratif à çui-là dans l'texte qu'il narrate non puisque c'est le narrateur ?

Et puis on nous demande aussi à quelle ligne elle commence « précisément » son histoire au narrateur pis quand elle se déroule ?

Ça commence, l'histoire, à la première ligne « précisément » parce qu'avant y a que du blanc (et le titre).

Son histoire se déroule dans les lignes qu'y en a tant qu'ça me fait bayer du coup j'ai dormi et i m'reste 10 mns pour finir s'questionère.

6.
« Pourquoi le souvenir de ce meuble me poursuivit-il avec tant de force que je revins sur mes pas ? »
(Maupassant, « La Chevelure »)

Parfois ça nous poursuit, ça nous travaille le conscient qu'on finit par revenir sur ses pas pour voir s'il y a là réellement quelque chose.

Le réel est plein de ce quelque chose que not' drolatique poursuit assidûment qu'on fait des fois bien des tours et des détours pour.

La chasse au quelque chose est le sujet réel de la littérature et le motif absurde de nos actes ; l'humain poursuit son ombre.

Parfois le quelque chose, c'est un petit être qui court dans un tunnel, vous le rattrapez, il se retourne, le gnome vous frappe de sa hache.

C'est dans le film « Don't Look Now » (Nicolas Roeg, 1973) que j'ai vu cette scène.

7.
« Quelle singulière chose que la tentation ! On regarde un objet et, peu à peu, il vous séduit, vous trouble, vous envahit comme ferait un visage de femme. »
(Maupassant, « La Chevelure »)

La tentation c'est de l'être en attente ; dans un objet, un meuble, un regard, dans une phrase ou une image, elle attend que vous veniez.

La tentation est très patiente, elle attend à la surface des choses que vous passiez et puis hop elle vous chope l'âme.

La tentation c'est une sorte d'impératif qui s'adresse au drôle d'être là dans vot' caboche, çui-là qui décide des choses pour vous.

Dans la tentation deux êtres sont soudain face à face : le drolatique dans vot' tête  et son reflet là dans l'objet du réel.

La tentation c'est un masque qui vous démasque le drolatique que quand vous y pensez parfois vous avez honte.

Ah tiens j'ai acheté le numéro 203 de « Lanfeust Mag » à cause de la jolie fille du Père Noël qui est dessinée sur la couverture.

8.
En écrivant, j'écoute cette petite boîte étrange d'où sortent des voix qui vous décrivent le réel comme si vous y étiez.

9.
« Je ne veux plus être seul, la nuit. Je veux sentir un être près de moi, contre moi, un être qui peut parler, dire quelque chose, n'importe quoi. »
(Maupassant, « Lui ? »)

« un être qui peut parler, dire quelque chose, n'importe quoi », on appelle ça le réel, et il ne se contente pas de dire n'importe quoi, il le fait aussi.

10.
« Dès que je rentrais, il fallait que je la visse et que je la maniasse. »
(Maupassant, « La Chevelure »)

Rien qu'à leurs grincements qui sifflent, aux imparfaits du subjonctif, on comprend qu'il a quelque chose qui tourne pas rond le narrateur.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 janvier 2017.