ALBATROSSERIES
(Rosses sur un poème de Baudelaire)

L'ALBATROS

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

(Charles Baudelaire, « L'albatros » in « Les Fleurs du mal »)

1.
« Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers »
(Baudelaire, « L'albatros »)

« Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage » dit Baudelaire et chaipas si sur leurs bateaux ces gens s'amusaient si souvent que ça.

Les « albatros » , Baudelaire les dit « vastes » qu'on pense à de grandes machines à ailes blanches là-haut qui planent.

2.
« des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage »
(Baudelaire)

« Indolents » sont aussi les oiseaux blancs dit Baudelaire ; « indolents », c'est bien un mot de prof de français ça !

« indolents » qu'ça signifie qu'les albatros à Baudelaire i s'en fichent de nos pommes d'en bas mais on sait pas.

3.
« Le navire glissant sur les gouffres amers »
(Baudelaire)

Là c'est du sérieux ternaire et allitérant, qu'on dirait que le vers fait des vagues.

4.
« A peine les ont-ils déposés sur les planches »
(Baudelaire)

Encore ça allitère, tape du [p] sur le pont oùsqu'ils chutent les raptés oiseaux.

5.
« A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux »
(Baudelaire)

Attrapés, les albatros sont plus les « rois de l'azur », sont tout « maladroits et honteux »  dit Baudelaire, sont déchus, tombés de haut.

Quand il décrit la chute des « rois de l'azur », Baudelaire, i s'moque, j'vous dis, i s'moque, l'ironique (même qu'il avait les cheveux verts).

Baudelaire eut les cheveux verts pour rimer avec son nom non mais point corbeau Rimbaud ses tifs et Verlaine à la fin tout crin vilaine laine.

Rimbaud n'avait pas les cheveux noirs mais, je cite Verlaine, « châtain clair mal en ordre avec des yeux d'un bleu pâle inquiétant ».

6.
« Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches »
(Baudelaire)

On dirait « leurs grandes ailes blanches » un paquet de draps à laver pis qui remue qu'y a quelque chose dessous.

7.
« Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux »
(Baudelaire)

Zavez déjà essayé de faire de l'aviron sur le pont d'un bateau ? St'un truc à la Monty Python qu'l'albatros i devient chèvre.

8.
« Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid ! »
(Baudelaire)

« comique ailé » ! wouaf ! Impayable ce Baudelaire !

9.
« Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid ! »
(Baudelaire)

La voilà toute bousillée dégringolée la beauté dans l'azur là ah gauchie aveulie comiquée qu'elle est exclamée enlaidie.

10.
« L'un agace son bec avec un brûle-gueule »
(Baudelaire)

On ne dira jamais assez le mal que le tabac peut faire !
D'ailleurs le tabac ça rend infirme comme le montre Baudelaire qu'à cause de la pipe brûle-gueule l'albatros i fait plus rien qu'à boiter.

11.
« L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait »
(Baudelaire)

C'est là sans doute l'origine du théâtre, du mal qu'on fait et pis qu'on farce.

12.
« Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer »
(Baudelaire)

Ah la comparaison qu'il se prend pour plus haut qu'il est que Baudelaire, faut dire, l'était perché non ?

L'albatros baudelairien i « hante la tempête » i chatouille l'aut' géant qui fait d'la foudre en frottant des éclairs entre ses poings noirs.

L'albatros baudelairien « se rit de l'archer » qu'il est si haut qu'il s'en fiche du tiot nain avec son arc en bas tout pitit pitit.

13.
« Exilé sur le sol au milieu des huées »
(Baudelaire)

Des fois on r'sent ça qu'on est très loin d'un royaume qu'on n'a d'ailleurs pas.

14.
« Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher »
(Baudelaire)

Là on voit bien que l'albatros est victime d'une anacoluthe que du coup il dégringole genre ange déchu dans un tableau dis.

L'anacoluthe c'est comme un p'tit éclair dans la phrase ; parfois on la voit même pas qu'elle est là quand même la fêlure.

Et fatalement l'ange déchu tombe dans le gouffre qu'il appelle ça les enfers et puis après il se révolte contre les hommes et leurs dieux.

Et puis allez-y flanquez un peu des « ailes de géant » à n'importe qui et vous verrez comment qu'il va marcher ah la la.

« l'empêchent de marcher » qu'à la fin le poète tout chagrin charrié charivarié chute dans le [ch] qu'il se sent comme cheveu dans la choupe.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 janvier 2017.