NOTES A PROPOS DE FRANJU ET DE FANTÔMAS AUSSI

En écoutant un atelier de création radiophonique intitulé « Vol AF 033 Paris-Montréal via Fantômas, ou Georges Franju, le rêveur immobile (1/2) » (réalisation de Jean-Daniel Lafond, diffusé sur France Culture le 10/11/1985).

 

«- Fantômas !

- Vous dites ?

- Je dis...Fantômas !

- Ça signifie quoi ?

- Rien... et tout !

- Pourtant, qu'est ce que c'est ?

- Personne, et cependant quelqu'un !

- Enfin, que fait-il ce quelqu'un ?

- Il fait peur !!! »

(Souvestre et Allain, « Fantômas »)

 

Comme quoi stilal qui est « tout » et « rien » « personne » et « quelqu'un » et qui parfois « fait peur » n'est pas si loin d'nous autres.

 

1.

Franju Feuillade Fantômas conspiration des f qui sifflent et soufflent dans la nuit aux arbres agités. On est prié après ça d'faire tonner.

 

2.

Fantômas est radicalement inquiétant Il n'existe pas qu'on en parle encore !

 

3.

France Culture diffusa en 1985 une création radiophonique sur Franju mais c'est bien sûr Fantômas qui lui vole (c'est un voleur) sa vedette.

 

4.

Franju dit de « Judex » qu'on a dit que c'était une « féerie mélodramatique » qu'il y a dedans un drôle de mystérieux avec sa tête d'oiseau.

 

5.

Je me demande qui a réalisé « Pleins Feux sur l'Assassin » (je mets des majuscules partout pour faire plus assassin).

 

6.

Pour Franju, c'est « comme si le réel était dans l'image » c'est quelqu'un dans la radio qui dit ça comme c'est curieux.

 

7.

Où j'apprends que « Mirabel, c'est l'aéroport de Montréal » ; il y a aussi Dorval n'est-ce pas (entendu ça dans une chanson de Charlebois).

 

8.

Georges Franju évoquant sa dépression dit « j'avais l'impression de ne jamais être au temps présent » l'humain est un être i s'conjugue dis.

 

L'humain est un être de conjugaison, mais il fait des fautes de temps, et de mode ; il se croit impératif et n'est que conditionnel.

 

9.

Michel Lonsdale lisant le nom Fantômas allonge le « s » pour faire siffler son nom à celui-là qui est « nulle part et partout ».

 

Nous entrons dans l'ère des nulle part et partout des yeux invisibles qui nous voient et des ombres qui nous manipulent.

 

10.

Franju dit : « Je dirais une sainte horreur ».

 

Franju dit « je n'aime pas la nouveauté ; je ne parle pas de langue étrangère ; je n'ai pas le sens de l'orientation ». Le contraire d'un aventurier.

 

Franju dit : « Si, j'aime bien le chemin de fer » Moi aussi. Pourquoi ? Parce qu'on peut y lire les aventures de Fantômas.

 

Le chemin de fer nous relie au passé : ce que nous traversons, ce sont toutes les villes, toutes les gares étranges et autrefois rêvées.

 

11.

Franju dit : « [le monde] i m'apparaît mal… [le monde] i m'apparaît pas souvent. » Du rare et du maléfique quoi, du fantômas.

 

« [le monde] i m'apparaît quand je dois le réaliser. »

(George Franju, qui fut un fameux cinéaste)

 

Franju dit : « et je ne vois les choses qu'à partir du moment où je dois les réaliser ».

 

Franju faisait des films pour « faire apparaître le monde » belle expression qui fait du réalisateur un magnifique Mandrake le Magicien.

 

Le cinéma, un art de faire apparaître les fantômes, de les faire passer de la synchronie des acteurs à la durée de l’œil.

 

A mon avis, Dieu il a voulu faire trop d'films que du coup il a fait plein d'erreurs de montage.

 

12.

Le documentaire « Le Sang des bêtes » de Georges Franju n'a pas obéi à une commande ; ce film fut revendiqué, et de combat.

 

Franju dit : « Si j'ai réalisé « Le Sang des bêtes », c'est parce que j'aime les animaux. »

 

13.

Ah c'est qu'il avait l'insolite sanglant le cinéaste qu'la poésie en traînait des cercueils.

 

Et de ces musiques alors, qu'on dirait qu'en habits d'cocasse qui grince, des spectres y jouent la rythmique comédie.

 

14.

« - C'est là d'sous qu'Napoléon est enterré ?

- T'occupe pas d'Napoléon.»

Ainsi parlaient les êtres suburbains du dialogue d'un « Fantômas ».

 

15.

Fantômas se sert du réel pour dissimuler ses féroces féeries et son fiacre dans Paris la nuit à tombeau ouvert « qu'un mort conduisait ».

 

Chantée par Léo Ferré, la « Complainte de Fantômas », texte de Robert Desnos, musique de Kurt Weill et orgue de barbarie, féerie tout ça féroce féerie.

 

Léo Ferré chantant la « Complainte de Fantômas » il a un ton à faire faire ses devoirs à Toto Chenapan !

 

« Il tua un cocher de fiacre.

Au siège il le ficela

Et roulant cahin-caha,

Malgré les clients qui sacrent,

Il ne s’arrêtait jamais

L’fiacre qu’un mort conduisait. »

(Robert Desnos, « Complainte de Fantômas »)

 

Dans « Fantômas », Marcel Allain fait arpenter le fond de la Seine par le scaphandre d'un pourvoyeur de noyés, ça fait d'étranges lueurs.

 

Fantômas est un nom qui apparaît peu à peu sur un bristol « jusque là d'une blancheur immaculée » i disent Souvestre et Allain.

 

16.

« Il y a la réalité au sol, et puis il y a l'autre » dit-elle dans la radiophonique intitulée « Georges Franju le rêveur immobile ».

 

L'art est une plongée qu'on reste dans le réel pourtant.

 

On plonge dans l'art qu'on est loin, loin de la surface des choses qu'le réel i brille là-bas où ? là-haut vaguement lumineux grisé flouté.

 

Peut-on plonger dans un chiasme genre dans un étang qu'on serait tout diffracté puzzlé multiplié d'l'image comme dans « La Dame de Shangaï ».

 

« La dame de Shangaï » (Orson Welles, 1947) est un film que j'ai vu il y a longtemps je devrais le revoir tiens.

 

Plonge-t-on dans l'art ? et plonge-t-on dans l'étant ? dans l'être ? en soi-même non ça c'est n'importe quoi.

 

Des fois Zut elle est féroce comme une féerie qu'on songe quand on songe à Fantômas.

 

17.

Franju dit que Fantômas « sort une longue aiguille, cherche scientifiquement la place du cœur ».

 

18.

« On teintait en bleu les films pour montrer que c'était la nuit »

(in « Vol AF 033 Paris-Montréal via Fantômas, ou Georges Franju, le rêveur immobile », féerie radiophonique de Jean-Daniel Lafond, 1985).

 

19.

« Mais un acteur, très bien grimé,

A sa place est exécuté. »

(Robert Desnos, « Complainte de Fantômas »)

 

Dis des fois qu'on serait d'l'acteur « très bien grimé » comme dit Desnos pis qu'la guillotine a fait rien qu'à nous courir après.

 

20.

Fantômas est d'autant plus fascinant qu'il est insaisissable, aussi insaisissable que le sens exact de nos actes.

 

21.

« Sur les paupières mi-closes du voyageur, un autre film prend forme. »

(in « Georges Franju, le rêveur immobile » [le narrateur])

 

Des fois qu'un « autre film prend forme » avec une musique ironique et savante qui revient du temps pour nous dire J'existe.

 

Il est de ces musiques anciennes qui semblent détenir les clés de fêtes à vertiges aux apparitions rythmiques.

 

22.

« La différence qu'il y a entre le fantastique et l'insolite, c'est que le fantastique est dans la forme et qu'il se crée, alors que l'insolite est dans les situations, et il ne se crée pas, il se révèle. »

(Georges Franju)

 

Le réel est plein de légers troubles, d'inattendus tragiques, d'invraisemblables situations, le reste n'est que fantastique.

 

Lorsqu'on s'aperçoit qu'un réel au-dessus de tout soupçon se met à dérailler dans l'anormal et le caché, alors il apparaît, l'insolite.

 

23.

« Christiane... ton masque... prends une fois pour toutes l'habitude de porter ce masque... où l'as-tu caché ? »

(Georges Franju, « Les Yeux sans visage » [le professeur Génessier])

 

Si ça se trouve on porte un masque qu'on dit (on fait l'finaud, l'philosophe) qu'en fait c'est pas l'bon que not' vrai masque, il est caché.

 

Tu n'as aucune raison de douter de moi qu'il a l'air de nous dire le réel et pourtant… et justement…

 

24.

« Quand je suis devant la glace, j'ai l'impression d'être devant quelqu'un qui me ressemble, et qui revient de très loin.»

(Georges Franju, « Les Yeux sans visage » [Christiane])

 

C'est alors qu'il apparut.

 

25.

J'aime les voix… j'aime entendre jouer les voix… ce sont autant de sphinges et de sphinx révélés par leurs rôles. J'ai envie d'un croissant.

 

26.

A la fin de cette première partie, on entend l'étonnante musique de marche de diable boiteux dans un monde si familièrement mélancolique.

 

27.

Où l'on apprend que pour Franju, la comédienne Edith Scob était toujours à la fois « une personne et un personnage ».

 

«...j'avais l'impression très fortement aussi que son regard me créait. »

(Edith Scob parlant de Georges Franju)

 

« Franju dit : « Edith, c'est moi, c'est le personnage du mystère ; elle ne m'inspire pas, elle m'habite. »

(in « Georges Franju, le rêveur immobile » [le narrateur])

 

Ce n'est pas l'autre que nous désirons, c'est le mystère de l'autre ; ce que nous voulons, c'est vivre dans le climat du mystère de l'autre.

 

« Qu'il est grand le mystère de la foi » dit la messe… oui, une religion sans contes ni légendes ne nous tenterait guère sans doute.

 

28.

« qui entrelace la chimère et le réel » ça je le pique au narrateur d'la radio ; ah c'est que nous en tressons des drôles de filets à songes.

 

29.

Fin et générique de l'ACR (1) avec ses drôles d'oiseaux d'orgue répétitifs cocasses qui me rappellent un morceau de Pink Floyd.

 

ACR : Atelier de Création Radiophonique.

 

A suivre…

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 janvier 2017.