DEUXIEME SALVE

 

1.

Je crains que bien des Français de 2017 n'en soient venus à confondre le bel héritage du gaullisme et le populisme de l’extrême-droite.

 

Le gaullisme a fait coexister un secteur privé fort et un service public solide, ce que semble promettre le FN, et à mon avis il ne fait que sembler.

 

On ne peut à mon avis être gaulliste et d'extrême-droite : Londres est bien loin de Vichy.

 

En politique, pour un visage souriant à la télé, combien de couteaux tirés dans les coulisses ?

 

2.

L'Europe est bien trop technocratique pour être populaire, pourtant il est que l'euro et le bloc franco-allemand sont des nécessités.

 

Le bilan de l'Europe est celui de toute institution : beaucoup d'arrangements plus ou moins légitimes et quelques bonnes idées.

 

Le problème inhérent à toute institution c'est que, règlement après règlement, certains finissent par perdre de vue ce pourquoi ils travaillent.

 

3.

Le Revenu Universel serait une idée libertarienne ; elle aurait pour but de dégager l'individu de certaines formalités administratives.

 

Il est assez curieux que le Revenu Universel soit repris par la Gauche : l’administration française renoncerait-elle à ses guichets ?

 

Dans la bouche de certains, le Revenu Universel vous a un air de « Demain on rase gratis » qu'il faut être drôlement naïf pour y croire.

 

4.

Les Français font-ils payer à leurs dirigeants le fait que beaucoup de ces grands serviteurs vivent largement au-dessus de leurs moyens ?

 

L'habitude de l'argent finit par déconnecter bien des politiques de la réalité que la perruque poudrée finit par leur pousser sur le crâne.

 

Les politiques ont su se rendre si indispensables que bien des gens commencent à penser que l'on pourrait s'en passer.

 

5.

Tous déplorent la médiocrité du personnel politique actuel mais, curieusement, peu reprochent à l'ENA d'avoir formé de si mauvais serviteurs.

 

Et je ne parle même pas de Sciences Po : faites-moi pas rire !

 

Les primaires à la française, de la guignolade ! Et dire que ce sont d'hyper-diplômées têtes pensantes qui ont pondu cet œuf pourri.

 

Les primaires à la française illustrent ce que Guy Debord appela «la société du spectacle » : on amuse l'électeur avec quelques pantins.

 

Il est vrai que le peuple est souverain et n'est-il point qu'un « Roi sans divertissement n'est qu'un homme plein de misères ? »

 

Somme toute, on a remplacé l’État-nation par l’État-spectacle, et Jeanne d'Arc par sa légende.

 

6.

Il n'est pas de bon ton de rappeler l'angélisme de la Gauche, lequel a pourtant rendu possible qu'au pays de Voltaire s'installe le salafisme.

 

La question est de savoir si le regroupement familial a été du point de vue de nos intérêts une réussite ou un terrible échec.

 

Je note aussi que bien des électeurs de gauche pensent, sans parfois le dire trop haut, que le regroupement familial a été une erreur.

 

Si Marine Le Pen devient présidente, on pourra dire alors que le modèle d'intégration à la française est un échec cuisant.

 

Que la France, située au « finisterre » de l'Europe, soit vouée aux flux migratoires est aussi évident que la mortalité de toute civilisation.

 

7.

Je note aussi qu'aucune lénifiance sociologique ne peut remplacer ce que vivent les gens au quotidien : en effet, l’Ecole française fonctionne mal.

 

Le pédagogisme en substituant à la formation professionnelle le blabla citoyen, a, objectivement, favorisé la montée des extrêmes.

 

La question est donc : Dors-tu content, Meirieu ?

 

Lorsque les Français comprendront que le pédagogisme fut une hénaurme machine à décerveler, craignez, politiques, leur colère.

 

Soyons clairs : ce que veulent les élèves, ce n'est pas toujours plus d'années d'études, c'est du boulot.

 

8.

Mélenchon est un orateur hors-pair et avec lui la Gauche a retrouvé une voix capable de rivaliser en style avec le fort bon français des barons de l'extrême-droite.

 

9.

De même que la crise de 1929 a permis la montée des fascismes, la crise de 2008 a largement favorisé les populismes.

 

10.

Il se peut que Fillon l'emporte, mais qui désormais pourra croire en sa parole ?

 

11.

Pendant ce temps-là qu'on cause glose et mensonge, un peu partout dans le monde, y a comme des crimes contre l'humain j'vous dis moi.

 

12.

« Tout ça pour ça » dira-t-on plus tard, quand on en sera revenu aux nécessités du secret bancaire et du commerce de l'armement.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 février 2017.