QUATRE PIECES DONT UNE AVEC ESCALIER

 

1.COMME S'IL NE LUI SUFFISAIT PAS

 

« Comme s'il ne lui suffisait pas de cueillir, aux épais massifs de la rive, les nèfles mûres qu'il noie dans le courant. »

(Aloysius Bertrand, « Jean des Tilles »)

 

« Comme s'il ne lui suffisait pas »

que parfois ça ne nous suffit pas &

qu'on a des envies d'autres chose &

qu'on rêve alors et lui c'qu'il lui

 

suffit pas c'est de « cueillir » et

on a dit « cueillez dès aujourd'hui

les roses de la vie » que les roses

c'est cher dans les magasins pis on

 

a pas tous des rosiers chez soi car

surtout quand on vit en appartement

pour cueillir les roses de la vie i

faut se dire que c'est une image et

 

vrai qu'des images on en a plein la

tête & on s'balade dans la rue avec

tout un puzzle là dans le mentalier

que lui du poème là c'qu'il cueille

 

« aux épais massifs de la rive » je

m'imagine bien chaipapourkoi une de

ces longues larges mains d'ondin de

l'eau jaillissant pour les attraper

 

ce sont des « nèfles mûres » que ce

qu'on a à la place des roses pouvez

voir que c'est des « nèfles » qu'on

dit ça quand on a rien du tout d'ce

 

qu'on voudrait que du coup qu'c'est

que des nèfles stilal du poème là i

les « noie dans le courant » que si

c'étaient des roses il les noierait

 

pas il les offrirait à sa copine et

la copine de l'ondin c'est l'ondine

elle serait bien contente et j'vois

pas bien ce que je pourrais ajouter

 

2.

J'ENTENDS A LA RADIO « SULTANS OF SWING »

 

J'entends à la radio « Sultans Of Swing »

de Dire Straits qu'ce morceau j'aime bien

qu'les « s » de « sultans » & d'« swing »

 

fassent façon écho à ces cymbales qui en

ma tête susurrent et sonnent souples pis

il y a la guitare aussi qui brode s'fait

 

comme son chemin traversant les cymbales

et la basse que les morceaux de pop/rock

souvent j'aime bien leurs grondements de

 

l'orage tapi sous la basse & les claires

syllabes des cymbales et la dentelle des

notes d'la guitare que zavez compris non

 

3.

QUE SI « QUELQU'UN MONTE » ET QU'ON SAIT

 

« Quelqu'un monte. Quelqu'un monte lentement – non : posément ; peut-être avec circonspection ? »

(Alain Robe-Grillet, « Les Gommes »)

 

Que si « quelqu'un monte » et qu'on sait

pas qui c'est eh bien c'est qu'peut-être

on est pas chez soi mais si ça se trouve

 

dans le chaipaoù de bien des romans dans

une pièce à écouter qu'on dirait qu'il y

a quelqu'un qui « monte lentement » & il

 

y a donc un escalier sinon tomberait çui

qui monte « lentement – non : posément »

que l'inconnu il monte sans se presser &

 

c'est comme s'il avait tout son temps et

que rien ne le pressait d'arriver & puis

arrivé en haut on verrait personne qu'on

 

a monté tout cet escalier pour rien donc

dans cette maison il n'y a personne puis

c'est même pas une maison parce que j'la

 

range très bien dans ma bibliothèque pis

après je sors car franchement une maison

qui s'appelle « Les Gommes » moi chaipas

 

mais j'aurais trop peur d'y demeurer que

l'on finirait par me retrouver effacé et

aussi l'escalier & tous ceux qui montent

 

dedans & qu'on entend monter « lentement

- non : posément ; peut-être avec » qu'a

écrit Robe-Grillet dans son vieux roman.

 

4.

PIS SOUDAIN

 

Pis soudain y a comme un henniiiiiiii

sssssssssssssssssssssssssssssssssssss

ement d'bête étrange c'est la guitare

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 1er avril 2017