SI JE DOUTE DE CELA AUSSI QUE CROIRAI-JE ?

 

1.

« Le dehors, l'horizon familier, le ciel même appartenaient à son ennemi. »

(Bernanos, « Sous le soleil de Satan »)

 

Ça c'est quand c'est le Diable qu'tout « dehors, l'horizon familier, le ciel même » i sont tellement plus à vous qu'vous en trouillez fort.

 

2.

« On ne veut que plaire. On ne plaît qu'aux sots, qu'on rassure. »

(Bernanos, « Sous le soleil de Satan ») [l'abbé Donissan])

 

Des fois on veut plaire ; pis quand on se rend compte que même les pires bouffons nous méprisent, on l'laisse tomber not' fantoche.

 

Quand je n'dors pas la nuit, je pense à la mort et pis y a des fois où j'dors et je rêve qu'ma mort, on la veut.

 

3.

« Chacun de nous n'est tenté que selon ses forces. »

(Bernanos, « Sous le soleil de Satan ») [l'abbé Menou-Segrais])

 

L'on « n'est tenté que selon ses forces » dit Menou-Segrais et le Diable finit souvent par s'échapper de nos pauvres songes.

 

Le Diable, on le voit parfois voler bien au-dessus d'nos têtes. Alors on se frotte les yeux et l'on s'dit qu'on n'est pas bien réveillé.

 

4.

« Mais, quand il ouvre les yeux, dans la nuit profonde et douce, le misérable connaît tout à coup qu'il est étranger parmi les hommes. »

(Bernanos, « Sous le soleil de Satan »)

 

Parfois, ce n'est que dans la nuit qu'on ouvre les yeux, et que l'on comprend qu'humains, nous ne sommes « qu'étrangers parmi les hommes ».

 

Des fois qu'on ouvrirait les yeux et qu'la nuit ne serait qu'un seul regard, un seul regard peuplé d'innombrables yeux.

 

5.

« Quel dommage, disait-il aussi, qu'un tel homme puisse croire au diable ! »

(Bernanos, « Sous le soleil de Satan » [Loyolet])

 

On croit sans y croire. Les maisons sont pleines de crucifix auxquels on ne pense plus et l'air grouille de diables qu'on ne remarque pas.

 

6.

« L'écho du rire parut retentir jusqu'à l'extrême horizon. »

(Bernanos, « Sous le soleil de Satan »)

 

Des fois que le réel serait secoué d'un rire inextinguible, le rire d'un dieu à la cruelle farce de sa création.

 

Si j'étais croyant, je croirais volontiers que l'humour de Dieu se nomme le Diable.

 

7.

Ce n'est pas Dieu qui divise les humains, mais cette légion de démons qui parcourt les horizons en tout sens et les esprits dans toutes les langues.

 

8.

« Je suis le Froid lui-même. L'essence de ma lumière est un froid intolérable... »

(Bernanos, « Sous le soleil de Satan » [Lucifer])

 

La lucidité jette souvent un regard glacial sur le monde. Ainsi, Cassandre ne peut être crue.

 

9.

« Si je doute de cela aussi, que croirai-je ? »

(Bernanos, « Sous le soleil de Satan » [Mouchette])

 

Sans doute la lucidité finit-elle par douter d'elle-même. Cassandre est une folle au royaume des égarés.

 

Les Romains avaient fait de leurs dieux des êtres politiques : ils leur avaient enfin trouvé une utilité sociale.

 

Le pédagogisme n'est qu'une religion sans dieu, en ce sens qu'il croit sottement au progrès du genre humain.

 

Pour les pédagogistes, le péché originel est l'ignorance. Heureux les simples d'esprit qui croient que la connaissance rend meilleur.

 

10.

Je ne crois pas en l'Espérance. Seule la lucidité me plaît qui voit dans l’œil de chacun un égoïsme qui sommeille. Le libéralisme est merveilleux en ce sens qu'il fait de cet égoïsme un commerce universel.

 

11.

Je n'aime pas les sociétés fermées, troupeaux plus ou moins pacifiques se répétant à l'identique de génération en génération. Quant à notre civilisation ouverte, elle finira dans le chaos et le surnombre ou la surveillance généralisée de chaque citoyen par chaque citoyen.

 

12.

J'ai souvent pensé que je l'avais vu en songe (il s'était même présenté). J'en suis aussi certain que de l'esprit qui hante parfois cette demeure.

 

Patrice Houzeau

Hondehem, le 30 avril 2017.