COMME DE LA NOSTALGIE DE C'QU'ON N'A PAS VÉCU

 

1.

J'aimais bien les souples livres de Simenon des kiosques des gares qu'on voyait dessus des voies ferrées des ports des rues d'on ne sait.

 

Quan je prenais le train, j'aimai bien me plonger dans l'atmosphère des livres à Simenon; y avait come du clair dans les pages à grisaille.

 

Cé bizarre cette impression de poésie qu'elle fait la prose à Simenon que ça vous fait come de la nostalgie de vies qu'on n'a pas vécues.

 

Cé bizarre cete impression de clarté qu'elle fait la prose à Simenon, que pourtant y a come de l'étouffant mes cé come on dit il pleut.

 

Come on dit il pleut cé clair il pleut que silonveut on peut le répéter silonveut il pleut il pleut il pleut il pleut mes ça sert qu'à l'agace.

 

Il pleut. Mets ta capucheuh ! il pleut. Je vais chercher des œufs ! il pleut. Où est passé mon neveu ? Il pleut, il pleut toudis dans c'pays.

 

2.

« Je ne puis quitter ce ton : que d'échos !... »

(Jules Laforgue, « L'hiver qui vient »)

 

Sais pas pourquoi i ne puit « quitter ce ton » come si ce ton l'étot acroché genre thon à sa boîte lui dit que c'est à cause des « échos ».

 

Cé vrai qu'ça grouille d'échos partout toujours enfin je sais pas cé come on était traversé des échos d'autres mondes qon connaît pas.

 

Peutêt' pour la légende y a des invisibles qui se promènent dans le là-bas pis qu'i sèment des échos, jettent des échos à-tout-vent.

 

3.

« Salut, bois couronnés d'un reste de verdure ! »

(Lamartine, « L'automne »)

 

Le poète i comance par saluer les bois vous croyez pas il fau vraiman être poète pour fere ça mes il l'faisot pas en vrai l'étot pas fou.

 

On voit qu'il métaphore le poète que les bois cé des rois pasqu'ils sont « couronnés » puis imparfaits passque c'est juste d'un « reste ».

 

La métaphore chaipas d'où ça vient que peut-être leur fée marraine leur disoit « poète, mets ta phore » que la phore c'étot un abit spécial.

 

P'ttêt' la phore c'étot un abit spécial, dayeur yavot itou l'en-phore ça voulot dire qu'on avot mis sa phore & kiyavot quéque chose dedans.

 

Après faut s'imaginé les « bois couronnés d'un reste de verdure » que ça faisot genre bonshomes à vert tignasse pis qu'i perdoient leurs tifs.

 

Quan je dis faut s'imaginé ça fa drôle que je voi dans ma tête des arbres qui pardent leurs cheveux pis s'désolent d'l'autone qu'il vient.

 

Quand les arbres i s'désolent, ça en fa plein du plaintif souffle qu'on dirot qu'ils jouent d'l'orgue menu, mes on dit que cé le vent.

 

Des fois aux arbres qui s'désolent on artrouve un pendu que moi je dis encore un qui a pas supporté la vie d'son chien qu'il avot.

 

Après on sait pas quan j'étos petiot me disot qu'cétaient p'ttêt' les échos qui grouyent partout toujours qui les faisoient pindre les gins.

 

Après c'est le vent ça, on n'y peut rien, i passe & souffle le vent, qu'vous en avez de drôles dans la tête, pis des disparus.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 mai 2017.