LEBLANC AVEC DES BOUTS D'FATRASIES

 

1.

« Des objets s'en vont, d'autres arrivent. »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

Incessant va-et-vient, le réel. Tout troué d'autoroutes à objets, de routes où les choses vont avec leurs gens.

 

Je me souviens qu'au milieu d'un article de philosophie du genre écriture grise soudainement l'expression « trouer le temps » me sauta à la.

 

2.

Le krautrock à longues séquences bidulées en boucle m'est souvent tombé des oreilles. Mais « Cyclone » de Tangerine Dream me semble sous-estimé.

 

A y songer, « Cyclone », c'est un bon titre pour de la musique à cycles et vibrements.

 

J'aime bien le terme « krautrock » pour qualifier les boursouflures électronico-séquentielles de certains complaisants du clavier.

 

Krautrock : rock choucroute ; il serait cependant malveillant de dire qu'il fût joué par des saucisses.

 

3.

Mai, voilà la saison du retour des mouches et de leur Seigneur, invisible et omniprésent.

 

C'est le retour des mouches !

Faut qu'je me mouche 

Allons dans l'été

Voir si nous avons encore des pieds

Oh yé !

 

4.

« Il l'attendait à ce détour de route, à la lisière de ce bois, au sortir de ce village. »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

Le Diable s'en vient qui est déjà là. Il prend son temps, puisqu'il l'a gagné.

 

5.

« Il est si rare que les faits ne portent pas en eux-mêmes leur explication. »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse » [Beautrelet])

 

M'étonnerait pas que le réel, c't'ogre, i s'nourrisse des explications qu'on pense y trouver.

 

Curieux nom que celui de « Beautrelet » : dichotomique le patronyme, non ?

 

J'aimerais me faire plus rare. Parfois, je suis un peu fatigué de me voir.

 

6.

« Et ses yeux ne quittent pas ses yeux dans le miroir »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

Le réel ne se quitte pas des yeux sous peine d'effondrement ontologique : il faut savoir rester à hauteur de masque.

 

Un moment d'inattention pour ne pas dire d'inconscience, et vous voilà disparu du miroir.

 

Et ses yeux on dirait des œufs

Euh euh

Cuits sur le plat de son visage

A ma voiture il manque un pneu

Eu euh

J'vas pas pouvoir sortir du village.

 

7.

Méfiez-vous des autres ; vous n'êtes pas plus pour eux qu'ils sont pour vous.

 

8.

« la question s'offre à son esprit toute sèche, toute nue, avec la rigueur d'une équation. »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

Ah ! Avoir le cerveau capable de produire à partir du chaos oùsqu'on patauge de telles puretés !

 

Des fois j'ai des questions si sèches

Qu'elle me raclent la cervelle

alors je mange une pêche

avec du thon pis j'sors la poubelle.

 

9.

L'album « Cyclone » de Tangerine Dream se conclut par un hommage à la musique baroque, jusqu'au dépouillement de quelques notes violonnées.

 

Ç'aurait été rigolant si Tangerine Dream avait enregistré un album intitulé Red Nightmare, mais j'l'aurais pas acaté non plus.

 

10.

« les précautions que moi, Valméras, j'eus à prendre contre moi, Lupin »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

L'humain est ce qui jette de la confusion dans l'humain, et, pour plus de clarté, on appelle cela le Diable.

 

Des fois, je sors un diable de ma boîte, pis je le regarde se contorsionner dans le réel : on dirait moi en pire.

 

11.

Mon dieu, tous ces gens qui croient que c'est à la lueur d'une allumette qu'on met à jour ces complots dont leur ennui ou leur impuissance se nourrissent.

 

Les gens aiment songer qu'il y a des complots ; ça les console vaguement de leur impuissance à changer leur destin.

 

12.

« J'ai relevé cette bizarrerie, fit le juge. »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

Des fois on relève des bizarreries… et puis qui répond ?… des voix dans le couloir, une musique lointaine, des échos dins s'tête.

 

J'ai relevé cette bizarrerie

Que fait cette oreille dans mon riz

Elle risque de réveiller le tigre du tapis.

 

Vous me diriez que c'est pas une façon

De terminer

Que je vous répondrais poil au nez

Chu fatigué.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 mai 2017.