COMMENT ÇA JUPITÉRIEN ?

 

1.

« Que savaient-ils, ces messieurs, de la terrible aventure ? - Presque rien, l'essentiel demeurant son secret. »

(Georges Bernanos, « Sous le soleil de Satan »)

 

Y en a des qui l'ont vécue dans leur chair, la « terrible aventure » et l'indicible de l'horreur qui porte des fois des noms d'homme.

 

Des fois des noms d'homme, l'horreur, et gradée, et pleine de diplômes et médaillée comme un dictateur à qui on vend des armes.

 

Dans les yeux des gens, des fois, beaucoup de passé, du qui remonte des abîmes.

 

Ah tiens, dans la prose de Bernanos cet alexandrin pis rythmé en plus : « Presque rien / l'essentiel / demeurant / son secret ».

 

On a beau savoir, apprendre, étudier, creuser, il est dans bon nombre d'expériences humaines une part d'indicible, la part de l'être sans doute.

 

Quand je dis « la part de l'être » faut être honnête, je sais pas ce que je dis qu'on comprend quand même que j'évoque l'irréductible hein.

 

C'est quelque chose qui veille en nous, un guerrier silencieux, le maître de nos armes ; parfois, il se fait foudre.

 

Parfois, il se fait foudre et dévotion qu'il crache les noms de tous ses dieux pour qu'ils lui viennent en aide dans la bataille.

 

2.

Tout l'art des populistes est de convaincre les gens de voter contre leurs intérêts. C'est d'ailleurs ce que font la plupart des politiques.

 

La politique est obscène par définition. Elle finit par plus ou moins nécessairement se mêler de ce qui ne la regarde pas.

 

Tiens, un ex-diplomate de Sarkozy passe en jugement pour je n'sais quoi. M'a l'air d'un drôle de gus. On dit ça qu'moi j'dis j'm'en tamponne.

 

M'en tamponne mais bon ma voix, Les Républicains, ils l'auront plus : too much c'est too much comme disaient les cocogirls.

 

Un parti politique finit toujours par se corrompre, par s'acoquiner ; ça doit être à cause des humains qu'il y a dedans.

 

3.

Bilan. Mélenchon, méchant ; Le Pen : inaudible ; Fillon, peu honnête ; Hamon : inconsistant ; plus trois-quatre candidats folklos.

 

Macron : jupitérien (on voit qu'il a fait du théâtre). Apparemment, Macron est aussi un littéraire. Ah, ça nous change des incultes.

 

4.

Les gens critiquent le PS d'avoir trahi des valeurs auxquelles la majorité des gens ne croit que par convention.

 

5.

« Ce mystère, ajoute Baudelaire, est dans le ciel », c'est-à-dire dans l'espace, berceau des nombres, et milieu naturel où peut se manifester concrètement la fécondité multipliante. »

(Jean-Pierre Richard, « Profondeur de Baudelaire », in « Poésie et profondeur »)

 

Les écrivains parlent souvent du mystère ; ils pourraient parler de la façon dont ils mangent les crêpes, mais qu'le mystère ça fait songer.

 

Qu'le mystère ça fait songer mais moi, j'aime bien manger des crêpes en écoutant des histoires mystérieuses le soir dans ma tête.

 

Jean-Pierre Richard écrit sur Baudelaire qui écrit sur le mystère que donc Jean-Pierre Richard il écrit sur le mystère (vu par Baudelaire).

 

Voilà exactement le genre de phrase qui n'apprend rien du tout sur la culture de l'olive mais que j'écris passque j'écris.

 

Baudelaire il a écrit qu'il « est dans le ciel », le mystère. L'aurait-i des ailes, le mystère ? Parle-t-il la langue des zoziaux ?

 

Le mystère, jacte-il le latin des anges ? Cause-t-il l'alien intergalactique ? Ou bien est-il aussi muettement bleu que la tombe d'un dieu ?

 

Les habitants du ciel croient-ils aux habitants des mondes terrestres ? Vouent-ils un culte aux puissances du sol ?

 

Jipé Richard écrit que l'espace à Baudelaire, c'est le « berceau des nombres » que l'air, plein de multiplications, ça donne-t-i mal à la tête.

 

Curieux tout cet infini des nombres qui circulent partout dans l'air que je sais pas pourquoi je pense qu'il doit être plein d'improbables.

 

Y en a pour essayer d'y mettre de l'ordre là dans les nombres mouches autour d'nos pommes: on dit alors qu'ils « brassent de l'air ».

 

D'ailleurs Téléphone ils auraient pu dans leur chanson faire danser les nombres aussi bien que les « ombres du monde ».

 

Téléphone, c't'un groupe de rock plus ou moins intéressant. Leur meilleur album c'est leur premier. Après j'écoute pas, j'étais déjà trop vieux.

 

C'est qu'un nombre dans l'infini allez donner sa définition qu'il est là et puis dans son double qui lui-même et jette le rat y a du salami.

 

Même que chaque geste qu'on fait, il s'inscrit dans une infinité du même geste qui est infiniment semblable et infiniment différent.

 

Zavez remarqué que j'aime bien les paradoxes, ça c'est parce que je ne suis pas très intelligent, mais moi, au moins, je le sais.

 

J'aime bien les paradoxes à cause de leur air de tendre vers l'infini que ce sont juste des élastiques et qu'à force de tirer dessus hein.

 

Puis J.P. Richard évoque la « fécondité multipliante » du ciel qu'c'est genre un trucmuche qu'on défroisse pis qu'en sortent des tas d'astres.

 

Qu'le ciel il est plein de gros ventres qui enfantent des mondes et des mondes encore que Dieu i sait plus quoi enfer !

 

Dieu il serait polygame que ça m'étonnerait pas. C'est pour ça qu'il y a plein de mondes dans la maison du Père.

 

Je me demande si les aliens de l'aut' côté du cosmos là, i zont la même Bible que nous ou alors i savent pas lire si ça se trouve.

 

L'infini n'arrête pas de tendre vers lui-même mais i peut pas se rejoindre tout à fait qu'ça ferait comme si i s'cognait à lui-même (chaos).

 

Je dis ça d'idiot que chu qu'un idiot d'm'imaginer l'infini se rejoignant lui-même genre l'infini c'est l'ombre de l'infini ça n'a pas d'sens.

 

L'infini est une suite qu'en finit plus de si pis de conditions tendant à l'être nécessaire et suffisant (genre haut fonctionnaire).

 

Donc Baudelaire se baladant en ville parfois il regardait le ciel et le voyait tout fécondant multipliant, ah ça c'est sûr c'est curieux.

 

Sous son ciel tout fécondant multipliant, Baudelaire, l'avait pas le vertige des fois ? pis dedans des drôles d'idées à tomber dans l'escalier.

 

Un ciel multipliant, c'est pratique, surtout pour Dieu Leper qu'il peut le transporter partout avec lui suffit d'le plier en tout petit et voilà.

 

Vous me direz s'il multiplie le ciel dins s'poche, Dieu Leper, comment fait-il après hein qu'il a plus d'ciel ? Euh chais pas, chuis pas théologien.

 

Y a peut-être d'autres ciels derrière le ciel que Dieu Leper c'est comme s'il était dans un mille-feuille de ciels tiens.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 mai 2017