VIOLONCELLE

 

« Vers les bords du fleuve fatal

Qui porte les morts sur son onde,

Et qui roule son noir cristal

Dans les plaines de l'autre monde »

(Etienne Pavillon, « Lettre de l'autre monde »)

 

Etienne Pavillon… « l'autre monde », çui où nous irons sans y aller, puisque n'y serons plus, nulle part…

 

Etienne Pavillon... « l'autre monde »... sfleuve « fatal » qu'on dit qu'on traverse pour arriver au royaume des absents, furent et regrets.

 

« Vers les bords » toujours d'un bord à l'autre nous autres... débordons pour ainsi dire… d'un bord sur l'autre tombons… à bord puis plus à

 

à bord puis plus à : mort… parmi les furent et les regrets… à s'lamenter muet… seules les folles têtes nous entendent d'là-bas nous lamenter.

 

« du fleuve fatal » : stilal noir oùsqu'on s'noie… aussi sti vers le royaume des absents… ah pas d'chanson d'marin… pas de rhum…

 

pas de rhum… pas d'accordéon, d'boxon… ni moules, ni frites, ni bière… pas d'Amsterdam ni d'Amsterdamer… Tombé l'Grand Jacques.

 

« fleuve fatal », Styx, Achéron, Rivière de Cassis (paraît qu'c'est russe)… frontière entre vif et mort, nous et les muets, inter nos nos osses.

 

Entre nous et les muets… nul éclat, nul écho… y a pas d'sirène serinante dans c't'eau… ça clapote-t-y… ça fait-y dong-dong-dong… glas d'eau.

 

Qu'on embarque dans un grand point d'interrogation… c'te crosse de l'allongement final… un prêtre – koikiveut ? - nous zieute…

 

L'violoncelle siérait… le who-what-where du violoncelle… « Ne chantez pas la mort » Caussimon… ah qu'on poétise…

 

Ah qu'on poétise… hennissement d'cheval… Moteur ! Explosions !… une moto… des masques ! Des chœurs !… Woul'lala ! y chantent…

 

N'est plus temps d'Elise, des lys, d'Hélène, des lèvres, des roses et des rosses... comme emporté qu'on va… « sur son onde », à dos d'onde…

 

A dos d'onde, à dos d'chameau final, de dromadaire funèbre… un coup d'fusil dans le désert… Tombé.

 

Ah qu'on poétise… qu'on est con… surtout depuis qu'des bombes frappent nos villes… qu'on tue des enfants au nom de je n'sais quel dieu…

 

Des fois, je le frapperais le poète...tais-toi… tu vois pas qu'ça meurt… puis je hausse mes os… j'vaux pas mieux… Paillasse.

 

La chambre est sombre… l'onde l'inonde... Pavillon y jette des échos : « bords », « porte », « morts »… y a du « noir cristal »… i « roule ».

 

Y a du « noir cristal »… macache pour le lire son futur… No future… c'est mort… i « roule » quand même… ça s'meut donc la mort…

 

Tout noir l'dedans… opaque bloc, « noir cristal »… faucon maltais… manifestations au Vénézuéla… là aussi qu'ça tombe ah qu'on politise…

 

Y a du « noir cristal »… ombres s'y meuvent… des mains noires s'y agitent… des dieux noirs peut-être… yeux d'crapaud sous les paupières.

 

Puis les « plaines »… s'étagent les plaines… font des cercles… des Dantes y circulent… scribent, prennent des notes… violoncelle !

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 24 mai 2017.