BLASSERIES

 

1.

« L’âge a du fou joyeux fait un sage fort rude. »

(Victor Hugo, « Ruy Blas », v.1013 [Don Manuel Arias])

 

Jadis j’eus l’âge joyeux, agité, j’allégrai, nageai dans l’léger, foufou (fort), puis la sagesse m’a fait les dents qui maintenant me manquent. Chu viu.

 

L’âge rend sage des fois qu’il faut faire un usage modéré d’ses osses.

 

Faut bien qu’la faux fauche pis qu’au bout ne restent qu’os et le chien du temps.

 

2.

« Donc je marche vivant dans mon rêve étoilé ! »

(Victor Hugo, « Ruy Blas », v.1291 [Ruy Blas])

 

Tant qu’à faire, autant marcher vivant, parce que mort, « rêve étoilé ou pas », on va pas très loin.

 

Dong dong (une cloche, et c’est pas moi) ; hi-han (là, c’est moi), je marche dans mon rêve de contempleur d’étoiles.

 

3.

« Je patauge à travers vos toiles d’araignée. »

(Victor Hugo, « Ruy Blas », v. 1934 [Don césar])

 

Des fois, tout gourd, la tête dans s’poche et les pattes dans s’bauge à ours, pis réveillé qu’on patauge dans les toiles d’araignée.

 

4.

« On reconnaît, malgré le mot dont on le nomme,

Que ce laquais était l’enveloppe d’un homme ! »

(Victor Hugo, « Ruy Blas », v.1457-58 [Ruy Blas])

 

Dans la phrase « On reconnaît le cocu aux cornes qu’on lui suppose », quel sens peut-on donner à la forme « on reconnaît » ?

 

Il y a quelque chose de sartrien dans ces deux vers de Victor Hugo, surtout si l’on remplace laquais par serveur et qu’on boit un demi.

 

5.

« Elle remet la lettre et la dentelle dans sa poitrine. »

(Victor Hugo, « Ruy Blas », didascalie, II, 2)

 

Si Hugo n’avait pas existé, il aurait fallu que je l’inventasse ! Epatante, cette reine à la poitrine fourre-tout !

 

6.

Bonaparte prit promptement presque toute l’Europe puis perdit tout à Waterloo. Il eut du mal à digérer son bicorne. L’en est mort.

 

7.

« Il sort soudain de l’ombre et puis il s’y replonge »

(Victor Hugo, « Ruy Blas », v.1505 [Ruy Blas])

 

Énigme pour sphinx : quel est l’animal qui sans cesse « sort soudain de l’ombre puis s’y replonge » ? Réponse : le clair-obscur.

 

Le clair-obscur est un obscur clerc qui, pâle et pourtant sombre, sort soudain de l’ombre, agite quelque papier et replonge dans son morne sort.

 

Le clair-obscur - oh l'obscur clerc dont je me suis souvent demandé combien au juste il en dévorait, dans sa fosse à ours, des harengs saurs.

 

8.

« J’irai, sous mon vrai nom, chez vous, traînant ma queue

D’affreux vauriens sentant le gibet d’une lieue »

(Victor Hugo, « Ruy Blas », v.1601-02 [Don César])

 

« J’irai, sous mon vrai nom, chez vous, traînant ma queue » dit le Don César du Ruy Blas que défois, Victor Hugo, c’est bizare quanmême.

 

9.

« Que fais-tu dans ta tombe, ô puissant empereur ? »

(Victor Hugo, « Ruy Blas », v.1140 [Ruy Blas])

 

Du tombeau une voix sombre alors s’éleva 

Répondant à çui-là dont le nom est Ruy Blas :

Et toi, quand le soir tombe, elle fait quoi, ta sœur ?

 

10.

« Lune aux trois quarts rongée et qui décroît encore »

(Victor Hugo, « Ruy Blas », v.1149 [Ruy Blas])

 

Des fois, la souris dans les étoiles elle en croque du fromage la lune, que le fromager du ciel il est obligé d'en remettre à l'étalage.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 31 mai 2017.