LE CHÂTEAU QUI VOUS PASSE PAR LA TÊTE

1.
« Mais tout était obscur, insondable, et c'est en vain qu'il cherchait à s'orienter au sein de ce labyrinthe, véritable travail de taupes. »
(Jules Verne, « Le Château des Carpathes »)

Des fois tout est obscur, et pourtant on est en plein jour que c'est comme si les ombres dans les têtes envahissaient le réel.

Et toutes ces ombres qui sortent des têtes pour envahir le réel, c'est de l'insondable, z'en voyez pas l'bout, ça vous fait des idées noires.

Des fois toutes ces ombres qui sortent des têtes, elles labyrinthent & dédalent, que vous pédalez dans la semoule dedans à chercher en vain.

Des fois même vous leur demandez votre chemin aux ombres qui sortent des têtes, elles vous répondent clairement que c'est obscur.

Les ombres qui sortent des têtes et envahissent le réel, je les appelle les Absconses. On les voit pas mais c'est quand même bien obscur.

Des fois certaines ombres qui sortent des têtes, elles aboient. Alors vous vous dites que c'est vot' black dog pis qu'vous déprimez sec.

Jules Verne écrit que le personnage, il est « au sein de ce labyrinthe » que c'est comme ça les romans, du labyrinthe tout mis en phrases.

Jules Verne écrit que ce labyrinthe était un « véritable travail de taupes », que donc ça se passe souterrainement, là-bas, près des Ombres.

Le réel, voyez, il est tout troué d'galeries, d'invisibles dédales où des fois vous vous perdez, où des fois vous y creusez votre trou.

Des fois vous y creusez votre trou ou votre tombe, même que ces galeries qui trouent le temps et le réel, y en a plein les rues et les gens.

2.
« Soudain, le bruit d'une glace qui se brise se fait entendre, et, avec les mille éclats de verre, dispersés à travers la salle, disparaît la Stilla... »
(Jules Verne, « Le Château des Carpathes »)

Dans le roman, il y a une « glace qui se brise » ça fait qu'il y a plein de « mille éclats » partout comme si le réel s'était dispersé.

Et si le réel suivait une continuité à lui, faite de bris de glaces, de ruptures d'êtres, une géométrie de l'incompréhensible.

Le réel, pli selon pli, il plie les êtres, les déplie, les déploie, les fait se promener dans les maisons, les rues, les trains, les cimetières.

3.
« Il semblait, vraiment, que le Château des Carpathes aurait pu se défendre rien que par la seule impraticabilité de ses approches. »
(Jules Verne)

Il est de ces châteaux, même sans plus personne dedans, ils se défendent tout seuls. Vents et parois abruptes y veillent.

L'aurait pu se défendre tout seul, le Château, dans le maquis des phrases, que parfois on y entendait une voix monter chantante hantante.

Des fois, il y a « impraticabilité » dans les « approches » que pour y arriver, au secret du château, il faut tout un roman de Jules Verne.

4.
« Aussi Franz cherchait-il à surprendre le bruit d'un pas, qui se fût approché de l'une ou de l'autre porte... »
(Jules Verne, « Le Château des Carpathes »)

Dis, qu'on serait dans un roman mystérieux, il y aurait des bruits de pas dont on saurait pas qui c'est qui marche ainsi derrière les portes.

Franz, l'était aux aguets, car il collait son oreille partout d'où pouvait marcher un bruit de pas derrière les portes du Château mystérieux.

J'aime bien les châteaux mystérieux dans les romans, les films, les bédés, ça nous change du mystère de où j'ai mis ma deuxième chaussette.

Les châteaux mystérieux des romans, c'est le genre de truc qui vous distrait la tête mais bon faut bien la retrouver, la deuxième chaussette.

Comme c'était le Château mystérieux, avec lueurs la nuit & voix étrange que pourtant y avait personne dedans sauf Franz qui y était retenu

Comme c'était le Château mystérieux, Franz écoutait tout ce qui se passait car comme il était retenu dans le mystère, il voulait savoir.

Le problème c'est que comme j'avais des chicons au gratin au four, Franz j'ai dû le laisser dans le mystère du roman que donc je sais pas.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 juin 2017.