EN DEPIT DE

 

« Deviens ce que tu es : mais il n'y a rien qui ait à devenir : Nous ne sommes rien de ce que le langage désigne. »

(Pascal Quignard, « Abîmes »)

 

Je n'ai jamais très bien compris la célèbre

formule « Deviens ce que tu es » et même ai

parfois pensé qu'elle avait un genre slogan

 

un genre m'as-tu-vu comme je sonne bien dis

pour être vraiment sensée même si j'y crois

deviner la fidélité à soi-même ou peut-être

 

la prédestination que du coup tu deviens ce

que tu es forcément puisque tu l'es déjà ou

peut-être aussi cette liberté paradoxale où

 

l'on est toujours libre de choisir qu'après

coup on voit bien que faire autre chose non

on pouvait pas puisqu'on est devenu c'qu'on

 

est que ça ça c'est vraiment toi ça se sent

que c'est toi comme dit la chanson et qu'on

a du projet existentiel plein l'inconscient

 

que c'est pas la peine de nier hein si t'as

le projet de manipuler les autres alors mon

pote t'auras l'air franc tu te verras comme

 

le roi de la franchise et de l'honnêteté et

qu'en fait mon cochon t'auras manipulé avec

les meilleures intentions du monde que t'en

 

auras fait du dégât mon beau salaud superbe

lion généreux magnifique et pourtant chaque

fois que tu vas les persuader de les autres

 

tu t'dis pas un peu que tu leur crées comme

des obligations des redevances mais tu t'en

fous tellement t'es sûr d'être un type bien

 

qu'enfin on n'est pas aut'chose qu'un genre

de type ou de fille une « espèce d'espace »

j'aime bien cette formule de Pérec « espèce

 

d'espace » que même il y en a des pour dire

que la vie vient de l'espace qu'elle serait

tombée avec une météorite la turlututute de

 

nos origines & pis v'là qu'on colonise tout

terres mers airs qu'on mondialise tout puis

universalise tout qu'on s'rait fichu d'leur

 

casser les pieds avec Rousseau et l'Egalité

les p'tits autres de là-bas des confins des

étoiles qui eux si ça se trouve s'en tapent

 

leurs trois yeux de la philosophie que pour

eux le fin du fin d'l'intellect c'est faire

des jeux de mots vaseux qu'on pourra jamais

 

les traduire tellement que (je vous dis pas

comme je suis de mauvaise foi encore)Pascal

Quignard dit aussi que « mais il n'y a rien

 

qui ait à devenir » que je pense idem qu'il

n'y a jamais rien qui ait à & nulle volonté

consciente dans l'infinie tribulation de la

 

matière & qu'il n'y a que la conscience qui

se donne des airs d'avoir à (sinon a s'vide

de sens comme l'évier d'son eau d'vaisselle

 

)- bin faut bien que j'ferme la parenthèse-

ce qui me fait penser à aile de vaisseau et

aux goûts extra-terrestres pour les jeux de

 

mots sidérants Il dit aussi Pascal Quignard

:«(le :« on dirait 2 petits yeux surmontant

une moue moustachue)euh non Pascal Quignard

 

ne dit pas ça i dit:«Nous ne sommes rien de

ce que le langage désigne» que pas la peine

de nous appeler corbeau bureau chameau peau

 

que tout ça ce sont des mots qu'on colle au

grand indicible qu'on est & même qu'on sera

ce qu'on est irréductiblement autre absurde

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 juin 2017.