BON C'EST PAS TOUT ÇA MAIS

1.
« Éloigné de ses yeux, j'ordonne, je menace,
J'écoute vos conseils, j'ose les approuver,
Je m'excite contre elle, et tâche à la braver.
Mais (je t'expose ici mon âme toute nue)
Sitôt que mon malheur me ramène à sa vue,
Soit que je n'ose encor démentir le pouvoir
De ces yeux où j'ai lu si longtemps mon devoir,
Soit qu'à tant de bienfaits ma mémoire fidèle
Lui soumette en secret tout ce que je tiens d'elle,
Mais enfin mes efforts ne me servent de rien,
Mon génie étonné tremble devant le sien »
(Racine, « Britannicus », v.496-506 [Néron])

Pourquoi le Néron de Britannicus, quand il est « éloigné de ses yeux », « ordonne » et « menace » ? Y a-t-il des regards si puissants que.

Pourquoi il y a-t-il des yeux si puissants que nous en sommes comme désarmés ? La fascination est-elle une manière de voir ?

2.
Les ovnis, si ça se trouve, ce sont des aspirateurs qui parcourent la moquette cosmique en tous sens pour la nettoyer de nos bricoles.

3.
Tout cet argent dépensé dans des programmes éducativo-culturels pendant que des multitudes crèvent de faim. J'aime bien la culture, l'art et tout ça, mais y a quand même des gifles qui se perdent.

Je vois ça que les naïfs et les rentiers de l'art « lien social » et créateur de  « citoyenneté bienveillante » vont d'ici quelques temps se prendre un retour bien contondant du réel.

Vous me direz, Houzeau, faites comme tout le monde, citoyen bienveillant et ouvert dans le monde (ça fait bien) et râlez chez vous (ça compense).

Je me demande pourquoi les gens s'imaginent-ils que les artistes sont forcément bienveillants. Quelle naïveté ! Quelle hypocrisie !

4.
L'autre nuit, Olivier Py sur France Culture. Cultivé et intelligent. Bon, c'est pas pour ça que j'irai au festival d'Avignon (trop d'gens).

5.
« Mais enfin mes efforts ne me servent de rien,
Mon génie étonné tremble devant le sien »
(Racine, « Britannicus », v.505-6 [Néron]

Pourquoi dit-on que les antiques Romains avaient chacun leur « génie » personnel ? Ce génie est-il leur projet existentiel, leur inconscient ?

Je me demande si le « génie » propre à chaque antique Romain parlait en alexandrins raciniens.

M'étonnerait pas que son génie portatif et personnel, au Romain d'l'antique, parlât parfois la langue à Zut, un très sifflant latin bien vipérin.

6.
Pourquoi s'imagine-t-on que chaque génération sera humainement meilleure que la précédente ? La sélection naturelle s'oppose à cette naïveté.

7.
« Mon amour inquiet déjà se l'imagine
Qui m'amène Octavie, et, d'un œil enflammé »
(Racine, « Britannicus », v.484-85 [Néron])

Pourquoi l'expression « œil enflammé » m'amuse-t-elle ? A cause des petits dragons tout rouches noires gueules que j'y vois ?

Des fois, Zut elle a l’œil si enflammé que j'pourrais y cuire des saucisses dis (avant qu'elle me les balance à la figure, évidemment).

8.
« Parmi eux il y a quantité de vindicatifs déguisés en juges, ayant toujours à la bouche, une bouche aux lèvres pincées, de la bave empoisonnée qu'ils appellent « justice » et qu'ils sont toujours prêts à lancer sur tout ce qui n'a pas l'air mécontent, sur tout ce qui, le cœur léger, suit son chemin. »
(Nietzsche traduit par Henri Albert, « La Généalogie de la morale », Troisième dissertation).

Ces « vindicatifs déguisés en juges » dont parle Nietzsche, ces sans cesse la « justice » à la bouche me font penser aux soi-disant « insoumis » et à leur ressentiment.

9.
Rythmes, élancements électriques, blues, funk, soul incitent, excitent, suscitent la fièvre, la jungle, la ville, les corps vitaux.

10.
« Vivre parmi l'effroi que me font mes cheveux »
(Mallarmé, « Hérodiade »)

Faut-y êt' mal coiffée ? Ou l'avoir bien reptilienne, sa chevelure ?

11.
Pourquoi, selon Mallarmé, « Un coup de dés jamais n'abolira le hasard » ? qu'en tout cas tout est tellement hasardeux qu'on s'y perd en chemin.

12.
Pourquoi dit-on que nous poursuivons nos rêves alors que ce sont nos songes qui nous traquent ?

13.
Pourquoi des fois je dis « bon, c'est pas tout ça » et qu'des fois je dis « et tout-ci-tout-ça » ? Pourquoi est-ce que j'aime bien les chats ?

14.
Pourquoi appelle-t-on « easy music » ou « easy listening » des musiques parfois si savamment agencées ?

15.
Pourquoi le son de la flûte me fait penser au mot « os », à de l'herbe noire (il fait nuit), ou à d'la lune envoûtée ?

La proximité sonore des mots « Mond » et « Mund » aura j'suis sûr fait jaillir dans bien des têtes quelque rapport entre lune et langue magique ?

16.
Est-ce par nostalgie d'une clarté rêvée que j'aime tant la ligne claire du dessinateur Jean Ache et les aventures de Nic et Mino ?

Je me souviens d'avoir ressenti de l'enthousiasme à l'idée de cette clarté rêvée en lisant une préface de Bernard Dort à une édition du « Cid ».

17.
Pourquoi est-ce que je peux passer tant de temps à résoudre un problème d'ordinateur alors que je suis une poutre en informatique ?

18.
Pourquoi est-ce Bob Dylan qui a eu le prix Nobel de littérature et pas Leonard Cohen ? Question idiote : j'aime bien les deux.

Pourquoi lorsque Bob Dylan est passé de la gratte sèche à l'électrique a-t-il choqué tant de gens ? Autre question idiote car je m'en fous.

19.
Étonnant qu'avec la dévalorisation des diplômes et la déqualification des emplois, les universités ne connaissent pas plus de troubles.

Il faut sans doute renforcer les horaires de formation professionnelle pratique dans les LP, même si cela passe par une réduction des horaires d'enseignement général.

Il faut donc faire du Bac professionnel un examen essentiellement professionnel (ce qu'il est déjà) mais surtout un diplôme d'excellence.

A partir du moment où le Bac pro devient un diplôme d'excellence, il faudra donc inciter les collèges à favoriser l'orientation en LP (plutôt qu'en lycée général).

Cette excellence du bac professionnel sera renforcée par le recours à l'apprentissage (et donc un partenariat plus étroit entre CFA et LP).

Ce qui signifie, évidemment, l'abandon de l'illusion de l'amélioration du niveau par l'allongement des études post-bac (notamment en BTS).

Ce qui signifie qu'il faut faire du CAP un diplôme qui permettra aux élèves qui ne pourraient pas suivre en terminale bac pro de ne pas sortir du système éducatif sans diplôme.

L'illusion d'un LP qui formerait des élèves qui passeraient d'abord un CAP puis un BAC PRO et enfin un BTS doit être bien sûr abandonnée.

L'accès au BTS pour les titulaires du bac pro ne doit être encouragé qu'en cas de réussite vraisemblable (et non hypothétique).

Du reste, si le Bac Pro devient réellement un diplôme d'excellence, le nombre de candidatures légitimes en BTS augmenterait.

L'adaptation des LP au marché du travail ne peut se faire que par la diversification des filières et la modernisation des offres de formation.

Pour l'évaluation des élèves, arrêtons les frais : la moyenne générale de l'année et une épreuve professionnelle terminale devraient suffire.

Il y a quelque chose d'insultant et de condescendant dans ces fameux CCF qui relativisent les moyennes annuelles et sont si facilement « adaptables » aux nécessités administratives d'une « hausse du niveau ».

21.
L'être renverse. Semblant exclure l'existant, il en devient la condition. Concierge invisible, la condition de la présence est dans l'absence.

L'absolu naît de cette condition. Entre l'être et l'existant, le seul lien est la conscience. Ainsi, l'être est-il sensible et inaccessible.

Le désir naît de cette inaccessibilité. Ce n'est pas l'autre que nous désirons, mais l'être de l'autre.

Ce n'est pas la vie que nous voulons mais l'être-en-vie. Le goût que j'ai des chicons au gratin naît de ce vouloir. Bon, c'est pas tout ça mais.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juin 2017.