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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

07 octobre 2008

QUELQUES NOTES SUR LA CRISE EN COURS

QUELQUES NOTES SUR LA CRISE EN COURS

1)      Les dettes des banques ne peuvent être comparées aux dettes des particuliers en cela que les dettes des banques représentent une valeur inter-bancaire aisément récupérable en cas de retour de la croissance, cependant que l’Etat a justement pour fonction de garantir la pérennité de cette croissance.
En cela, l’Etat est comparable à un assureur auquel les banques payent une prime (sous forme d’impôts et de prêts) et qui, en cas de crise, intervient pour garantir le redémarrage du système.

2)      Le concept d’«économie stable» est une fumisterie. Le monde économique est soumis en permanence à des mouvements complexes, à des tensions, des tentations, des rédemptions, des changements stratégiques et des revirements tactiques. En cela, le monde économique est effectivement comparable aux grandes manœuvres des champs de bataille, lesquelles ne peuvent se faire sans prévisions de pertes et, une fois la crise enclenchée, sans pertes effectives.

3)      La crise actuelle n’est comparable qu’en apparence à celle de 1929. En effet, au début des années 30, les Etats n’ont pu éviter la faillite d’une partie du système bancaire international et n’ont pu maîtriser l’hyperinflation allemande, laquelle amena les nazis au pouvoir et fut probablement l’élément déclencheur de la Seconde Guerre Mondiale. Actuellement, les Etats interviennent les uns après les autres pour soutenir les banques défaillantes et il est fort heureux que Jean-Claude Trichet reste fidèle à la mission principale de la Banque Centrale Européenne : éviter tout risque inflationniste en Europe.
Cependant, il conviendra de prêter la plus grande attention aux Nouveaux Pays Libéraux (Russie et ex-Europe de l'Est) où le manque de transparence de certains circuits d'investissement pourrait jouer de fort vilains tours aux épargnants ainsi qu'aux investisseurs de "bonne foi". La Russie sera-t-elle au début du XXIème siècle ce que fut l'Allemagne au début du XXème ? Espérons que non.

4)   Toute croissance est à la fois continue et discontinue. Elle procède par ruptures successives et réussites spectaculaires, lesquelles ne peuvent se faire sans la critique (la mise en évidence de toute crise dont tout système est constitué) que ses acteurs mettent en œuvre à chacun de leurs choix. L’économie est autant une affaire de gestes techniques (la continuité) que d’actes.

5)      Il est assez vain de croire à une réponse européenne à la crise sur le modèle de l’intervention de l’Etat américain (les fameux 700 milliards de dollars injectés dans le système et qui devraient servir au rachat par l'Etat fédéral des produits financiers "toxiques"). En effet, les Etats-Unis constituent une puissance fédérale capable, en cas de nécessité absolue, d’apporter une réponse claire et sans équivoque alors que l’Europe reste, pour l’heure, un club chic d’Etats-Nations aux intérêts divergents.

6)      Et puis, alors que dans un même pays, les banques ne se font guère confiance entre elles, comment voulez-vous instaurer ne serait-ce qu’une apparence de confiance entre des banques étrangères, de culture et de tradition différentes ? C’est d’ailleurs pour avoir été trop confiantes dans les systèmes de notation américains (et peut-être aussi dans l’illusion probabiliste) que certaines banques européennes ont perdu beaucoup d’argent dans la crise dite des « subprimes ».

7)      Je ne sais pas si les banques françaises sont aussi menacées que leurs homologues anglo-saxonnes, beneluxembourgeoises et allemandes, mais s’il s’avère que la France, comme on le dit, s’en sorte plutôt mieux que les autres en ce qui concerne la crise financière proprement dite (ne dit-on pas aujourd’hui, mardi 7 octobre 2008, que la BNP est devenue, à la faveur de la crise justement, la plus importante banque de dépôt européenne ?), je crains que, par la faute d’un système de formation hypertrophié et prétentieux, la crise de l’emploi qui, inévitablement, suivra la crise financière, ne soit en France plus grave qu’ailleurs.

8)      Ceux qui s’imaginent que la crise actuelle des liquidités sonnerait le glas du capitalisme n’ont probablement aucune idée de l’incroyable richesse du monde : parce que l’on ne peut concevoir le libéralisme économique sans libéralisme politique, il ne se peut que les Etats les plus puissants abandonnent un système qui leur permet de garantir les libertés individuelles tout en gagnant de l’argent sur l’acharnement que mettent les humains à faire du mieux qu’ils peuvent dans le meilleur comme dans le pire.

9)      Il n’est pas douteux non plus que cette crise financière ne soit la première d’une série qui marquera non pas la mort du libéralisme économique, mais la passation des pouvoirs de ce monde de l’Occident à l’Extrême-Orient, du vieux monde à l’Asie toute neuve. La France deviendra peut-être alors une puissance de second rang ; enfin débarrassés de toutes nos obligations de grandeur, nous vivrons mieux sans doute, dans un système social-démocrate à la suédoise, payant beaucoup d’impôts, mais pris en charge, tout au long de notre vie, par un Etat (une Europe peut-être) bienveillant et satisfait.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 octobre 2008

                

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14 septembre 2008

HONDEGHEM ET SES MENTEURS

HONDEGHEM ET SES MENTEURS

Revoici bientôt le temps de la chasse et de ses abrutis en treillis.
Moi, vous me connaissez, je suis d'un naturel tranquille. Seulement, voilà, quoique tranquille,  je n'en suis pas moins haineux. Et, en l'occurrence, en tant que riverain, je n'apprécie guère qu'un dimanche matin, sur le coup de 8 heures 40, deux rigolos qui, par leur apparence, tentent de se faire passer pour des gardes forestiers, et qui ne sont, je cite que : "Le Président du Comité de Chasse du Secteur" (1) et son "garde" m'accostent dans une voiture noire genre land rover du pauvre pour me reprocher que mon chien ne soit pas tenu en laisse sur le chemin (où il n'y a que des champs, de la gadoue, des pesticides et de la vague terre avec herbe) et que, je cite encore : "je dérangeais tout". Les zèbres en kaki avec bande blanche du style "c'est nous qu'on est des gendarmes" ont cru m'impressionner. Je leur ai demandé s'ils travaillaient pour l'administration, le plus avec l'accent belge des deux (il a d'ailleurs évoqué les "gardes fédéraux") m'a répondu qu'il était assermenté. Je lui ai donc demandé par qui ?
- "Par moi-même !" qu'il m'a répondu, le zélé du dimanche, et "par Monsieur le Préfet !" et ce monsieur-là m'a-t-il dit en me montrant le muet (2) à côté de lui est "mon garde personnel" (tu parles !).
J'ai pensé que c'était pour ce genre de crapules démocratiques que je payais des impôts et que, jadis, j'avais patrouillé dans les marais du Lübars, et je me suis dit en regardant s'éloigner dans la paix du village endormi le véhicule assermenté lui aussi sans doute que j'allais me fendre d'un billet vengeur et, éventuellement, d'une missive administrative.

(1) Lequel ?
(2) Un Flamand peut-être ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 septembre 2008

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25 août 2008

DU PRINCE BELLIGERANT

DU PRINCE BELLIGERANT

Le Prince qui laisserait ses commandants envoyer au devant d'un ennemi aguerri et déterminé de jeunes soldats à peine sortis des classes (quand bien même elles auraient duré cinq ou six mois) ne se montrerait guère plus avisé que ces commandants inconséquents.
Le Prince qui, tirant la leçon des dix hommes qu'il a dû mettre en terre, comprendrait que, face à un ennemi aguerri et déterminé, ce qui importe, si on tient vraiment à le vaincre, c'est d'isoler les groupes mobiles constituant la guerilla de cet ennemi ; c'est, pour cela, de faire appel à des forces spéciales, et, si besoin est, à des mercenaires ; c'est de tarir la source d'approvisionnement en armes et en argent de cette guerilla, c'est enfin de comprendre que, aussi bien armé soit-on, on ne peut gagner une guerre sur un terrain qui n'est pas le nôtre en multipliant des démonstrations de force aussi inutiles que coûteuses.
La guerilla est patiente. Elle sait que, si elle réussit à perdurer, viendra le temps où elle verra passer le corps de son ennemi. Elle sait aussi qu'un ennemi surpuissant ne peut pourtant qu'occuper des places fortes tandis qu'elle, la guerrilla, se donne pour objectif de rendre des plus périlleuses les voies de communications entre ces places fortes, de s'infiltrer le plus souvent possible aux abords de ces places fortes, de mener une guerre d'usure sans attaquer de front mais en blessant de manière à démoraliser l'ennemi, à le convaincre que rien n'est acquis et que ce qu'il croit gagné n'est que l'apparence de la victoire.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 août 2008 

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18 août 2008

AH LES FAUSSAIRES !

AH LES FAUSSAIRES !
(A propos du grotesque appel en faveur de Philippe Val)

Un détail me chiffonnait quant à la très instructive affaire Siné-Val (où l’on voit le petit Paris des gens qui croient que l’on s’intéresse réellement à ce qu’ils disent régler leurs comptes sur la blogosphère tandis que l’on s’aperçoit que la presse qui se paie ne sert plus guère qu’à une chose : faire rire d’elle sur Internet), un détail me chiffonnait donc. J’ai pris le temps de vérifier et voilà maintenant que je m’aperçois que les signataires en faveur de Philippe Val ont signé un texte non seulement grotesque (ce que l’on savait déjà), mais je m'aperçois aussi que les rédacteurs dudit texte se sont comportés comme des faussaires.
En effet, voici un extrait du fameux appel « Pour Philippe Val, Charlie-Hebdo et quelques principes » publié par le journal Le Monde (daté du 31 juillet 2008) et tel qu’on peut encore le trouver sur Internet (je fais du copié-collé, comme cela nul ne pourra m’accuser de manipuler les foules) :

"Le 2 juillet 2008, enfin, il y eut cette fameuse phrase sur la prétendue conversion de Jean Sarkozy au judaïsme afin d'épouser "sa fiancée juive", cela étant supposé lui permettre de "faire du chemin dans la vie"." (Pour Philippe Val, Charlie-Hebdo, et quelques principes)

Et voici maintenant la phrase exacte telle qu’on a pu la lire dans le Charlie-Hebdo du 2 juillet 2008 :

« Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de DARTY. Il fera du chemin dans la vie, ce petit. » (Siné)

Vous ne remarquez rien ?

Mais si… Allons… Regardez bien… Bon sang, mais c’est bien sûr ! Dans l’appel en faveur de Val, ils l’ont virée, la virgule que Siné avait pris grand soin de placer entre le mot « fiancée » et  l’adjectif « juive » !

Et alors, ça change quoi ?

Eh bien tout (ou presque) :

En effet, si j’écris la phrase telle que la supposent les rédacteurs de l’appel en faveur de Val, voici ce que cela donne :

« Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée juive et héritière des fondateurs de Darty. »

Où l’on voit qu’ici l’adjectif « juive » serait employé pour désigner une essence, soulignant ainsi le caractère forcément juif d’une éventuelle fiancée de Jean Sarkozy, ainsi, par ailleurs, qu’une supposée « nature juive » des héritiers des fondateurs de Darty.

MAIS CE N’EST PAS CE QUE SINE A ECRIT !

Au contraire, Siné a pris soin d’utiliser l’adjectif non en épithète (laquelle épithète sert souvent à désigner la qualité principale d’un objet, - par exemple : un philosophe prétentieux ; un directeur de journal arriviste, un chroniqueur ennuyeux, un dessinateur talentueux -, et donc l’essence même d’un objet), mais en apposition (on dit aussi « épithète détachée ») laquelle sert à indiquer la qualité existentielle d’un objet (c’est-à-dire non naturelle, mais purement culturelle, par exemple : un philosophe, beau comme une pub pour un après-rasage,… ; un directeur de journal, malin, un peu autocrate (dit-on),… ; un chroniqueur, ennuyeux comme la censure,… ; un dessinateur, talentueux comme Siné,…).

J’ajoute, qu’en outre, Siné a pris soin de mettre la marque DARTY en majuscules, ce qui exprime bien son intention de mettre l’accent non sur la judaïté de la demoiselle, mais sur l’importance que l’on peut supposer à la dot de ladite demoiselle et ne fait qu’illustrer la très populaire expression selon laquelle « l’argent va à l’argent ». Ceux qui y voient de l’antisémitisme feraient bien de relire leurs cours de philosophie de terminale avant de prendre la plume pour démolir des gens de talent.

On me dira : «Mais, mon bon Monsieur Houzeau, pourquoi diable Siné a-t-il employé cette épithète détachée, soulignant ainsi la judaïté de la supposée fiancée de Monsieur Sarkozy Junior ? »

Eh bien, voyez-vous, si Siné ne l’avait pas employée, cette épithète détachée, on aurait pu l’accuser de suggérer au lecteur l’idée selon laquelle évidemment, elle ne peut être que "juive", la fiancée de Monsieur Sarkozy Junior et par ailleurs héritière des fondateurs de la marque d’électro-ménager bien connue. Ainsi, si l’on enlève l’épithète détachée, nous lisons :

« Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, héritière des fondateurs de DARTY. Il fera du chemin dans la vie, ce petit. » (d’après Siné).

Il va de soi que le lecteur, dès lors, ne peut que penser que la dite héritière est « forcément juive » puisque Jean Sarkozy serait prêt à « vouloir se convertir au judaïsme avant de l’épouser ». Le caractère implicite, suggestif, d’une telle phrase pourrait effectivement être assimilé à de l’antisémitisme latent, et même rampant.


MAIS CE N’EST PAS CE QUE SINE A ECRIT ! Et, en conséquence, le procès d'antisémitisme qui est fait à Siné, dessinateur de talent, aimant le jazz et les chats, par des gens dont on peut légitimement se demander s’ils n’ont pas cherché à se débarrasser d’un employé de manière à ne pas être obligés de lui verser des indemnités de licenciement, ou de rupture de contrat, par exemple, ne peut être considéré, en l'occurrence, que comme nul et non avenu.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 août 2008

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02 août 2008

JE ME SOUVIENS

JE ME SOUVIENS

Je me souviens de ce que m’a dit mon père. Qu’un jour, dans la France du début des années 60, il s’était trouvé face à face avec un Algérien blessé. Qu’il lui a proposé de le conduire à l’hôpital. Que l’homme refusa, lui demandant de le conduire chez un médecin dont il lui donna l’adresse. « Pose pas de questions, Monsieur… Surtout, pose pas de questions » qu’il lui répétait sans cesse, l’homme. C’est ce que mon père m’a dit.
Je me souviens de ce collègue polonais qui me dit un jour : « Les Russes, en Pologne… pire que les Allemands, les Russes. »
Je me souviens – c’était dans un Lycée privé -, je finissais l’appel : « Mademoiselle x… n’est pas là ? » Du fond de la classe une voix me répondit : « Non, la juive n’est pas là ! ». Je me souviens de ma colère et d’avoir prévenu que la prochaine fois que j’entendais ce genre de chose, ce serait la porte.
Je me souviens de ces jeunes gens au teint basané avec qui je buvais un verre : « Nous, on est siciliens, pas arabes, hein ? Siciliens… on nous confond souvent avec des arabes, c’est pour ça qu’on précise. »
Je me souviens de ce chroniqueur qui dit un jour : « L’extrême-droite française est abjecte, mais elle a toujours eu d’excellents orateurs. »
Je me souviens que c’est à Jean-Marie Le Pen que l’on doit la formule « président pling-pling » (ou bling-bling, - il avait même dit, me semble-t-il, "bling-bling tralala") à propos du style « m’as-tu-vu » de la première année du mandat de Nicolas Sarkozy. Je me souviens d’avoir ri.
Je me souviens de ce professeur d’Histoire-Géographie (plutôt brave, un peu bohème, assez à gauche) qui nous raconta un jour une « blague juive » (le cliché du juif avare). On a souri. J’ai pensé : « Celui-là, quand il ne prépare pas ses cours, il ne sait plus trop quoi dire. »
Je me souviens de ces élèves qui me dirent : « Et comment vous pouvez être sûr que c’est pas les Américains qui ont inventé tout ça ? » - « Tout ça quoi ? » - « Et bien, tout ce que vous dites, là, sur les chambres à gaz, tout ça, quoi… »
Je me souviens de ce proviseur adjoint qui m’assura de son soutien alors qu’une élève contestait sa note : elle avait refusé de répondre à une question sur les leçons que l’on pouvait tirer de la Seconde Guerre Mondiale, et plus particulièrement sur la notion de génocide, arguant que je n’avais pas à lui demander son avis et que « chacun avait ses idées ».
Je me souviens de ce cousin belge qui me dit : »Alors, Patrice, il paraît que tu travailles à Paris ? » -« Non ! A Dunkerque ! » -« Mais qu’est-ce tu fais là-haut ? Pourquoi tu ne reviens pas par ici ? » (la frontière franco-wallonne)
Je me souviens que ma mère a pleuré le jour des funérailles du Roi Baudouin.
Je me souviens que mon grand-père maternel, pendant la guerre, afin de leur éviter le STO en Allemagne, fit embaucher dans l'usine où il travaillait le plus qu'il put de jeunes gens de son village.
Je me souviens de cet élève fils de harki qui, poussé à bout par une série de provocations, déclencha une bagarre. Il fut renvoyé du Lycée.
Je me souviens de "Sur le chemin de l'école, en passant par le bois, j'ai vu soudain dans les branches, des têtes, des troncs, des membres..."
Je me souviens de cet étudiant grec tout content d’apprendre que les Américains venaient de bombarder la Libye (c’était au début des années 80).
Je me souviens de ce sergent qui me dit : « Ils sont partout, Houzeau, ce sont eux qui ont le pouvoir, croyez-moi, ils sont partout. »
Je me souviens de cette élève d’origine kabyle qui me dit : « Les Arabes, je les aime pas ; ce sont des fous, les Arabes. »
Je me souviens de ce Berlinois qui me dit (c’était en 1988) : « Heureusement que vous êtes là, vous, les Français, sinon, ça fait longtemps que Berlin serait soviétique ! C’est bien ! Mais nous, à Berlin, vous savez quoi, notre problème, ce sont les Turcs… comme vous, en France, avec les Arabes… »
Je me souviens de ce copain d’école, fils de mineur polonais, qui me dit : « Tu as rendez-vous avec Rose ! Alors, tu les fréquentes ! » Je me souviens de ne pas avoir compris tout de suite.
Je me souviens de ce Belge ivre qui criait dans un café : »Vous n’avez qu'à boire l’eau du Canal Albert ! C’est ça qu’ils nous disaient, les Français, en 40, qu’on n'avait qu’à aller boire l’eau du Canal Albert. Ils n’ont qu’à faire pareil, les Français, maintenant ! »
Je me souviens de la colère de mon père quand il apprit que l’instituteur m’avait enlevé 1 point parce que j’avais répondu « Pétain » au lieu de «Le Maréchal Pétain ».
Je me souviens de « Tu sais, Patrice, eux aussi, on les a chassés de leur pays ; l’OAS n’avait pas tout à fait tort. »
Je me souviens d’avoir entendu dire que l’une des raisons de la haine de certains Flamands pour les Français remonte au début du XXème siècle, au temps où les riches familles de Lille embauchaient et traitaient mal des gens de maison venus des Flandres belges, alors très pauvres régions.
Je me souviens de cette patrouille à l’arsenal. « Je vais vous montrer le dernier trou dans le grillage. Ils ont attrapé le gars. Le tout, c’est de l’attraper avant que le chien le chope… C’était un Polonais… un civil, bien sûr… Ils prennent toujours des Polonais… ils sont pauvres ; ils leur donnent un peu d’argent, et voilà comment ils testent nos systèmes de sécurité. »
Je me souviens de : « Alors, Yvette, tu vas épouser un Français… Les Belges ne sont pas assez bien pour toi, sans doute ? »
Je me souviens de ces élèves qui, adresses internet à l’appui, tentèrent de me convaincre que c’étaient les services secrets israéliens qui étaient responsables du 11 septembre.
Je me souviens de cet aide de camp qui disait : « Quand on a enterré plusieurs dizaines de jeunes gars de 20 ans au Liban, on n’a plus trop envie de punir pour des prunes ni d’être autoritaire pour le principe. »
Je me souviens de : « Vous devriez venir en Tunisie, Monsieur, vous verrez, c’est le plus beau pays du monde ! »
Je me souviens de : « Vous n’avez qu’à me dire, Monsieur, et on vous accueille au Maroc, vous verrez, vous serez comme un roi ! »
Je me souviens d’avoir voté Mitterrand en 1988 (moi qui suis de droite) parce que l’on parlait beaucoup à l’époque d’un rapprochement entre la « droite classique » et le Front National.
Je me souviens d’avoir pensé qu’en effet il serait bon de rendre obligatoire dans tous les Lycées la diffusion de Nuit et Brouillard.
Je me souviens de : « Tu travailles dans les Flandres ; c’est curieux, je te voyais pas dans les Flandres… »
Je me souviens de : « Tu veux visiter la Belgique ? D’accord, mais alors, l’après-midi, qu’est-ce tu vas faire ? »
Je me souviens que Font et Val me faisaient rire quand j’écoutais leurs sketchs, au début des années 80, sur Radio Campus.
Je me souviens de ce que l’on dit de la mort de mon grand-père. Mai 40 : les avions allemands bombardent et mitraillent les routes. Civils et militaires fuient devant la blitzkrieg. Mon grand-père est blessé, un éclat. Il est à terre. Un lieutenant arrête une ambulance militaire. Refus des ambulanciers. Ce fut donc arme au poing que le lieutenant leur ordonna, aux ambulanciers, d’emmener mon grand-père à l’hôpital le plus proche.
Je me souviens de cette élève qui, me fixant droit dans les yeux, me dit : « Et vous, Monsieur, vous êtes de quelle origine ? »

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 août 2008

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01 août 2008

GROTESQUE APPEL EN FAVEUR DE PHILIPPE VAL

GROTESQUE APPEL EN FAVEUR DE PHILIPPE VAL !

Pour en finir avec l'imbécile bataille Siné contre Val, je dois dire que l'appel en faveur de Philippe Val, signé par une vingtaine de personnalités et publié dans Le Monde du  1er août 2008, est grotesque : citations tronquées et hors contexte à en friser la délation, amalgames divers, formules sans nuances, sans style, sans panache, volonté de discréditer non seulement une oeuvre mais aussi tentative de museler un homme .
Si c'est ça votre conception de l'Histoire et de la Philosophie, Messieurs les Censeurs, je vous les laisse ! (1)

Voici ce que j’avais d’abord écrit, - et j’étais même allé plus loin en disant que cet appel était « répugnant », ce que je corrige ici, - j'ai remplacé par "grotesque" -, ayant un peu plus le sens de la nuance que les rédacteurs de cet appel qui n’hésitent pas à mettre publiquement au pilori un homme en allant chercher dans l’ensemble de son œuvre (car Siné a une œuvre figurez-vous) quelques citations bien glauques de manière à alerter le bon peuple sur la nature supposée du pamphlétaire caricaturiste dessinateur (de grand talent) militant dans le genre enragé.

Je passe donc sur la bassesse qu’il y a à attaquer ainsi un homme en le vouant à la vindicte  comme « antisémite » et « homophobe », pour en arriver à cette dernière et malheureuse phrase :

« Lorsque la raison aura repris ses droits, quand on acceptera de lire et entendre, vraiment lire et entendre, ce qu'a écrit et dit Siné depuis trente ans, alors chacun pourra constater que le seul tort de Philippe Val aura été de ne plus supporter ce qui, en réalité, n'était plus supportable depuis longtemps. »

Voilà, Messieurs-Dames les signataires de cet appel (et parmi vous, il y a des gens pour qui j’ai le plus grand respect), qui dissimule mal le mépris que vous avez pour le peuple ignorant et stupide sans doute qui « depuis trente ans » s’est émerveillé des dessins de Siné, a été choqué parfois par Siné (sans pour autant demander sa tête), a été intéressé par Siné. Je note cependant que l’expression « depuis trente ans » semble donc distinguer deux Siné (celui d’avant 1978, - 2008 – 30 = 1978 -, acceptable sans doute, et celui d’après 1978, épouvantable peut-être).
Le mépris n’en reste pas moins, le mépris pour tout ce qui n’est pas dans la ligne, dans la norme, dans la politesse mondaine des donneurs de leçons et des rentiers de la morale, le mépris pour l’humour qui déborde, pour la gueule ouverte, pour l'humour vache et potache, pour le talent d’être contradictoire et de se moquer du monde, - heureusement que le grand Gainsbourg était ce qu’il était (il a plusieurs fois raconté comment il avait échappé à la « Rafle du Vel D’hiv ») sinon je pense que vous n’auriez pas hésité à demander l’interdiction de Rock Around The Bunker -, le mépris en fin de compte pour tous ceux qui jusqu’ici avaient la naïveté de croire que l’on pouvait rire de tout, que l'on pouvait dénoncer en bouffonnant, que l'on pouvait être volontairement de mauvaise foi afin d'en finir avec la bonne conscience paralysante, qu’il y avait même des journaux pour ça, pour la déconnade pure, pour la liberté d’en rire afin de ne pas avoir à en pleurer...

Franchement, Messieurs-Dames les Signataires, connaissez-vous un intellectuel assez inconscient pour croire réellement à la moindre ligne de « Charlie-Hebdo » ou du « Canard Enchaîné » puisque justement, leur raison d’être, à ces coin-coins là, est de tourner le dos à l’esprit de sérieux qui caractérise la plupart des grands journaux d’information, de pourfendre l’emphase de ceux qui s’imaginent que leurs écrits ont quelque influence, de coller un poisson d’avril dans le dos des cuistres, de leur balancer une salutaire tarte à la crème. C’est peut-être bien cela qui vous gêne, Messieurs-Dames les Signataires, et que vous méprisez, du haut de votre grandeur d’Historien et de Philosophe (qui s’autoproclame « philosophe » se ridiculise instantanément, ne trouvez-vous pas ?), cette absolue liberté de ton que le peuple des lecteurs de Charlie-Hebdo, de Hara-Kiri jadis (« Journal bête et méchant ») appréciait tant et que vous voulez enterrer à tout jamais.

Alors, soit ! et puisqu’il est donc maintenant venu le temps des Val-Zola (uh ! uh ! excusez-moi, je ne peux m’empêcher de rire, c’est nerveux !), le temps du Charlie-Hebdo politiquement correct et propre sur lui, eh bien, moi aussi, je veux contribuer à la grande édification des masses initiée par Saint-Val (curieux comme on pense à Saint-Just, d’un coup !), et je vous soumets cette petite blague qui, parce qu’elle n’a pour sujet ni juif, ni nègre, ni parpaillot, ni papiste, ni pope, ni communiste, ni pédé, ni gouine, ni arabe, ni barbu, ni auvergnat, ni blonde, ni suisse, ni corse, ni flic, ni breton, ni pute, ni maquereau, ni socialiste, ni écossais, ni flamand, ni wallon, ne pourra que vous plaire, sans aucun doute :

« C’est un Siné sur une échelle qui repeint son plafond. Passe alors un autre Siné qui lui dit alors : « Hé, Bob, j’ai besoin de ton échelle ! ». Alors le Siné lui répond : « Pas de problème, Bob, prends-la, je m’accroche au pinceau ! »

(1) Heureusement, dans le même Monde daté du 1er août 2008, un écrivain, un vrai, Jean-Marie Laclavetine, prend position en faveur de Siné dans un texte qui, mes bons apôtres, est bien plus intéressant que votre déplorable réquisitoire.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er août 2008

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31 juillet 2008

POURQUOI JE SOUTIENS SINE ?

POURQUOI JE SOUTIENS SINE ?

Parce qu'un homme qui, dit-on, aurait dit un jour (ou écrit) qu'il n'aimait rien ni personne sauf "le jazz et les chats" ne peut pas m'être antipathique.
Ce n'est pas que cela dédouane Siné de tout, c'est que c'est le genre de déclaration qui traduit un état d'esprit que j'aime assez, cette misanthropie affichée, désenchantée peut-être.
Aussi parce que Siné, c'est un anar de gauche comme on en fait plus.
Et puis d'ailleurs, moi qui suis de droite, et qui le revendique (je tape assez sur Sarkozy pour qu'on comprenne que, la plupart du temps,  je suis plus de son côté, au petit nerveux, que du côté des salsifis du PS), j'y tiens, à cette vieille tradition de on ne vire pas l'un de ses employés sous prétexte que l'on n'est pas d'accord avec lui, même s'il est vieux - surtout qu'il a plutôt l'air combattif, le Bob, même si on ne peut plus le blairer (c'est humain), on s'arrange avec, et voilà tout.
Ceci dit, il paraît qu'il aurait pas été viré, qu'il serait parti de lui-même, l'outrecuidant. J'ai lu ça quelque part dans la grande lessiveuse à textes. Et aussi le contraire. Qu'il aurait été viré comme un malpropre, trahi, cocu, le Siné. Du coup, on pétitionne. On dramatise. On traumatise. On somatise. C'est que ça en devient grotesque terriblement. Que ça tourne au drôle de pugilat, au  coup bas, au coup fourré, au mauvais film, au navet autour d'un canard, au Sinéma : les châtaignes dégringolent de partout et l'on mélange tout allégrement : Israël, la Palestine, Jean Sarkozy (l'homme qui veut), Nicolas Sarkozy (l'homme qui peut), Bernanos (qu'est-ce qu'il vient faire ici?), Christine Albanel (mais on n'a pas encore demandé son avis à Jack Lang), les "sionistes", les "antisionistes", Denis Robert, Clearstream (Siné serait-il une victime collatérale de la dite "Affaire Clearstream"?), un avocat (parmi d'autres) de Clearstream, L'Assiette au Beurre, Télérama, Font et Val, Val qui rit, Val qui pleure, Desproges contre Siné (?), Bedos pour Siné, Siné condamné pour propos antisémites, Siné appelant à la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français dans la Shoah, Siné ivre, Siné anar, Siné gentil, Siné pas gentil, Siné vieux, Siné historique, Siné patrimonial même, Siné nanti, Siné floué, Siné éructant, Siné pro-arabe, Siné justiciable, Siné stalinien, Siné contre tout, Siné dié, Siné Massacre, Siné qua non, Siné canon, les dernières réactions, les anciennes rédactions, les vieilles feuilles, les vieux fous, les réactionnaires, les Caricatures de Mahomet, Dieudonné, Bernard-Henry Lévy, Gisèle Halimi, Cavanna, Charb, Lefred-Thouron, Plantu, Polac, Céline, Jules Guesde, Dreyfus, les virés de Charlie-Hebdo, les pas virés, les de toute façon dans la presse il y a toujours beaucoup de départs et d'arrivées, ça va, ça vient, c'est le turbin, les oui mais Siné tout de même c'est un des piliers du journal !, les et alors en serait-il pour autant intouchable? - la main-mise sur la presse (quelle blague!),  les on m'a dit que, les je voudrais dire que, les il ne fallait pas dire qu'un tel est juif, les pourquoi ne fallait-il pas dire qu'un tel est juif, les d'ailleurs je m'en fous moi qu'un tel soit juif, pas juif, protestant, orthodoxe, pas orthodoxe, musulman, colombophile, végétarien, accordéoniste, les y a quelqu'un qui m'a dit que, les je me suis laissé dire que, les il faut bien dire que, les tout ça c'est de la faute au net (eh oh, c't'affaire-là, c'est d'abord dans la presse papier qu'elle est sortie, non ? et puis sur RTL, et sur France Culture, même que je l'ai entendu,  Alexandre Adler, et que j'ai eu du mal à les recoller, mes bras, dont j'avais pourtant besoin pour les recoller, mes oreilles, lesquelles, une fois finie la diatribe adlerienne, s'étaient quelque peu désolidarisées de mon corps), et qu'on les fasse valser, les casseroles, les cadavres dans le placard, les fils à la patte, qu'on les remue les vieilles histoires, qu'on les convoque, les Morts, à la rescousse, les Reiser, les Desproges, Zola (Val en Zola, faut oser tout de même !) et les fantômes de la haine ordinaire (les Drumont, les Maurras, mais personne n'a encore osé comparer Siné à Drieu), on mélange tout je vous dis, on carasbitouille, on grenouille à pleine page, on crapaute, on cause on cause mais c'est tout s'qu'on sait faire, on pipe tout, on truque tout, trois lignes à la con dans un canard dont tout le monde se fout (Charlie-Hebdo, c'est pas le Courrier International quand même !), trois-quatre pastagas au bar du coin, et hop, c'est parti mon kiki, qu'on va les régler, les comptes, les solder, les vieilles terrines de ressentiment, en dénoncer des fascismes horribles, en vilipender des épiques chevelus, en apostropher des chauves qui rient, en crucifier des épouvantails, en exorciser des possédés argumentatifs et autres agités de l'éditorial, en déplumer des plumitifs, en agonir des liberticides, en révéler des antisémitismes honteux, en dire des quatre vérités, en enfoncer des portes mal fermées, il faut en profiter qu'on est entre nous, entre gens de plume, d'esprit, de coups de gueule, de grande gueule même, d'estoc et de taille, de toc et de paille dans l'oeil du voisin, faut dénoncer ! faut critiquer ! faut délater ! cracher dans la soupe ! - On ne sait pas ce qui se passe réellement à Charlie-Hebdo ? Et alors, on s'en fout ! faut faire comme le capitaine Conan i dit dans le film : "Allez, mon petit vieux, faut y aller, ça va saigner !" 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juillet 2008

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29 juillet 2008

POUR UN COMITE DE SOUTIEN A CE BON MONSIEUR VAL

POUR UN COMITE DE SOUTIEN A CE BON MONSIEUR VAL

Eh bien moi, je suis d'accord avec Monsieur Philippe Val : c'est vrai que c'est insoutenable, insupportable, obscène, parfaitement obscène, porno hard, terrible, affreux affreux affreux, méchant, pas gentil, nauséabond comme il a dit l'autre sur France Culture, pas citoyen, incorrect, incivil, incommensurable, atroce, répréhensible, tabou, digne de la potence, pas invitable (même pas chez Ardisson), pas publiable (à côté, Céline, c'est du Yves Duteil), pas vivable, pas consensuel, pas éligible, pas constructif (c'est vrai que Charlie-Hebdo est connu pour ses prises de position constructives), pas de gauche, pas écolo, pas anti-militariste, pas anthologisable chez Flammarion, pas présentable (pas chez Poivre, pour sûr ! et pas chez Picouly non plus), pas éditorial, pas dans la ligne, pas professionnel, pas durablement développable, pas hygiénique, tout à fait hyène, tout à fait Vieille France des Vieilles Familles (celles qui pensent tout bas que la famille Sarkozy, c'est rien que des rastaquaouères qui ont réussi, que l'on doit faire avec, bien sûr, - voyez-vous, ma bonne Catherine, c'est peut-être que Dieu punit la France d'avoir choisi Mitterrand en 1981 -, tout en conservant à l'esprit que leurs valeurs, à ces gens-là, et nos traditions chrétiennes, ça fait deux), tout à fait puant dans le genre banlieue où on fait rien qu'à penser qu'il faut s'en méfier, des feujs, et que d'ailleurs, le prof, là, Houzeau, il a beau dire mais qui nous dit que c'est pas les Américains qui ont tout inventé, que même qu'on l'a bien vu, Monsieur, - si vous voulez, je vous montrerai -, sur un site que le 11 septembre, c'était un coup des services secrets israéliens, non, vraiment, ce qu'il a sous-entendu, l'horrible, le monstrueux, le fangeux, l'asocial Siné, que pour rentrer dans certaines familles, il serait préférable de se convertir (tout le monde sait que ça n'existe pas, ça, les familles catholiques qui découragent les unions avec des gens pas de chez nous, ni non plus les familles juives où l'on n'apprécierait pas trop que les filles de la famille s'amourachassent de chrétiens, et encore moins de musulmans, et d'ailleurs, le curé de mon village, - un noir ! y a plus assez de volontaires chez les blancs pour encenser les ouailles -, m'a bien dit qu'il y en avait de plus en plus de mariages interconfessionnels et que c'est bien connu, que les imams ne demandent que ça, que les petits musulmans de France épousassent de petites juives de France, tout ça sous le regard bienveillant de la République laïque et obligatoire), et qu'en conséquence, il ait osé se demander, l'infâme Siné, si Jean Sarkozy, lui qui est si brillant qu'il n'a qu'à lever le petit doigt pour réussir tout ce qu'il n'a même pas commencé à entreprendre, allait se convertir au judaïsme afin d'entrer dans une famille dont on nous dit qu'elle est juive (voyez comme on peut se tromper, j'ai toujours cru qu'il n'y avait que les Saxons de Germanie qui savaient y faire en matière d'électro-ménager), qu'il ait osé se demander cela, l'odieux dessinateur, cela n'a pas de nom, et si cela n'a pas de nom, cela est innommable, et considérant que Charlie-Hebdo (magazine des familles, bientôt disponible dans la salle d'attente de votre dentiste) n'a pas vocation à se faire l'écho de l'innommable (il y a déjà TF1 pour ça), eh bien, je considère que Monsieur Philippe Val a eu parfaitement raison de virer comme un malpropre ce Siné là, que ça doit être un pseudonyme encore ça, Siné, que son vrai nom, il doit pas être prononçable, encore tellement il doit être antisémite à le prononcer, son nom, à Siné, ça doit être quelque chose comme Valjean, ou Hugo, ou Rousseau, ou Diderot, ou Fontenelle, ou pire encore : Voltaire ! et que d'ailleurs, il faut former tout de suite un comité de soutien (et de salut public) afin de faire front contre les attaques injustes dont Monsieur Philippe Val est actuellement l'objet, et ne nous arrêtons pas là mais demandons qu'à tout jamais soient bannis de nos salles de cinéma, des video-clubs, et de la mémoire de toutes les cinémathèques ces insupportables brûlots antisémites que sont Les Aventures de Rabbi Jacob (odieux, cette façon de ridiculiser la communauté juive de Paris !) et surtout l'impensable Papa veut pas que je t'épouse, pure obscénité qui ne pourrait qu'encourager les gens du peuple ignorant à penser de travers, de travers comme Siné ! car il est pourtant vrai qu'il y a en encore beaucoup, dans le peuple, de gens qui n'ont pas l'heur d'être bien instruits par les chroniques si avisées du bon Monsieur Val sur France Inter, la radio qui ne s'autorise qu'à penser que ce qui est correct de penser, pas plus, pas moins non plus, faut s'qui faut !

Post-Scriptum : Ceci dit, franchement, ce qu'a écrit Siné à propos d'une éventuelle conversion au judaïsme de Jean Sarkozy est en soi-même assez peu intéressant. Je vous laisse juge :

« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

Tout cela sent le ragot plus ou moins bienveillant à plein nez, et puis, qu'est-ce que ça peut faire ? Le fils Sarkozy peut bien se convertir à ce qu'il veut, moi, je m'en balance. Ce qui est exaspérant là-dedans, c'est la vitesse à laquelle on a taxé Siné d'antisémitisme, comme si certains sujets ne pouvaient plus être évoqués qu'avec des pincettes. A force de vouloir être politiquement corrects, on finit par s'affadir et c'est ainsi que, petit à petit, procès après procès, exclusion après exclusion, la presse se condamne elle-même à l'insignifiance, à la pensée unique et floue, à la sclérose (étonnez-vous après qu'elle perde ses lecteurs, la presse). Ceci dit encore, il est vrai que ces quelques lignes de Siné peuvent retentir bizarrement ; elles ont un drôle de mauvais goût, ces lignes, mais qui a jamais prétendu que Charlie-Hebdo était un canard de bon goût ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juillet 2008

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25 juillet 2008

STRATEGO

STRATEGO

En ce mois de juillet 2008, il arrive ce qui auparavant - en tout cas depuis quelques lustres -n'arrivait jamais qu'au compte-gouttes, en marchant sur les oeufs du jeu le plus politiquement correct qui soit, la décision d'un vaste redéploiement des forces armées du pays.
Considérant (peut-être un peu vite) qu'il n'y a désormais plus rien à craindre du côté de l'Est de l'Europe, considérant que la France se doit de jouer un rôle plus important encore que par le passé au sein de l'OTAN (amenée à être d'année en année plus large quant au nombre de ses membres), considérant que la menace est maintenant beaucoup plus diffuse, sans front réel, sans déclaration de guerre, mais se situant dans un conflit où terrorisme, luttes d'influences, économie parallèle, espionnage industriel, haute technologie, entrisme, risquent effectivement de mettre en péril la sécurité nationale, considérant qu'il y a, pour faire face à ces nouvelles menaces, nécessité de développer le secteur du renseignement, de moderniser l'outil armé et donc, puisqu'il s'agit aussi de faire des économies, de limiter le nombre d'unités de type traditionnel au profit d'unités plus aisément adaptables aux nouvelles donnes des périls extérieurs, considérant qu'à cet égard, l'essaimage des unités sur l'ensemble du territoire pourrait s'évérer moins profitable qu'une mutualisation (mot à la mode) des moyens au sein de regroupement d'unités dans des bases qui, logiquement, devraient être relativement peu nombreuses mais disposant d'une ample puissance de feu (1) , considérant que l'armée n'a pas pour fonction première d'aider à l'aménagement du territoire (ce qui est vrai, d'autant que maintenir des troupes trop longtemps au même endroit n'est sans doute pas d'une très grande prudence), il est que le gouvernement Sarkozy-Fillon a décidé de redessiner la carte militaire du pays.
Du coup, on licencie.
Du coup, on mute.

C'est que deux conceptions stratégiques s'opposent ici :

- la première tend à favoriser la présence sur l'ensemble du territoire d'un nombre important d'unités mobiles. En cas d'attaque extérieure, chacune de ces unités joue un rôle précis dans un plan de parade et de riposte immédiate, et cela d'autant plus facilement que ces unités se trouvent déjà "engagées", pour ainsi dire, sur le terrain. Le territoire national est ainsi quadrillé et les forces armées peuvent ainsi faire face à n'importe quelle attaque, d'où qu'elle vienne.

- la seconde tend, au contraire, à privilégier des bases plus importantes, des concentrations plus fortes d'unités avec en conséquence une puissance de feu accrue mais éloignée du front. (2)

Dans le cas de la guerre conventionnelle, la seconde option est une ânerie. En effet, rien n'est plus dangereux que de laisser l'ennemi progresser sur un territoire que l'on a pour charge de défendre. Ce qui ne peut manquer d'arriver lorsque les frontières sont trop peu ou mal gardées. De plus, le nombre de grandes bases est, par définition, moins élevé que le nombre d'unités mobiles. L'objectif numéro 1 de l'ennemi sera donc de neutraliser ces bases, en rendant impossible toute communication entre elles tout en concentrant les tirs sur ces bases renforcées afin d'empêcher toute riposte efficace.
Cependant, l'on sait aussi que la guerre moderne est avant tout une guerre de bouclier : la haute technologie de l'armement actuel ne permet plus de contre-attaque à découvert. A cet égard, la couverture des unités mobiles traditionnelles (combinaison artillerie- blindés-avions) est un constant souci et ne peut que demeurer relativement aléatoire compte tenu de l'état des pertes à T (heure de déclenchement de l'offensive) + x. De fait, la concentration des capacités opérationnelles au sein de bases puissantes pourrait garantir la constitution d'un réseau assez puissant pour assurer une couverture mutuelle de ces centres opérationnels. La portée actuelle des missiles ainsi que la précision et la rapidité de transmission des informations, permettraient probablement cette couverture mutuelle et renforceraient sans doute l'efficacité de la riposte et de la contre-offensive.
C'est peut-être là le pari fait par nos dirigeants.
Où l'on voit que rien n'a vraiment changé depuis l'Antiquité : il s'agit toujours d'utiliser le bouclier pour parer le coup et, le plus vite possible, riposter avec le glaive.

Notes :

(1) cf Le Monde daté du 25 juillet 2008, page 7, article de Laurent Zecchini : "... 65 unités bénéficieront d'un "renforcement opérationnel". Ce processus est lié à la création d'ici à 2014 de 80 "bases de défense".

(2) La question se pose donc de savoir ce que cela signifie réellement d'être "éloigné du front". Si l'on considère que le front se situe à portée de tir, il est donc précieux de pouvoir atteindre l'ennemi avant qu'il puisse nous atteindre. L'armée moderne raccourcit le temps et l'espace, s'inscrivant ainsi dans la vaste synchronisation des peuples que l'on appelle "mondialisation". Il est frappant de constater que la guerre technologique que les Américains mènent en Irak marque souvent le pas devant des attentats-suicides, des bombes artisanales, des embuscades, des opérations commandos, des enlévements, bref, devant une guerre occupant un temps technologique autre et un autre espace que celui des ordinateurs.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juillet 2008   

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22 juillet 2008

L'OCCASION MANQUEE DE LA GAUCHE

L'OCCASION MANQUEE DE LA GAUCHE

A force de vouloir à tout prix être contre, on finit par être à côté.
C'est ce qui est arrivé hier, lundi 21 juillet 2008, au parti socialiste qui (à l'exception du très subtil Jack Lang) a voté contre une réforme des institutions qui, par bien des aspects, va plutôt dans le sens des idées traditionnelles de la gauche et tend à éloigner la constitution de la Vème République de sa toute puissance présidentielle :
- Limitation à deux mandats présidentiels consécutifs (ce qui signifie donc que personne ne pourra présider aux destinées de la France pendant plus de dix ans ; plutôt rassurant et qui dément ce goût du pouvoir absolu qui caractériserait Nicolas Sarkozy).
- Limitation de l'emploi du 49.3 (passe-droit que s'octroie le gouvernement pour faire passer une loi sans l'accord du Parlement) : son emploi devient maintenant parfaitement ponctuel (une fois par session en dehors des lois de finances et de financement de la sécurité sociale) :

« L’article 49, troisième alinéa de la Constitution est l’instrument emblématique du parlementarisme rationalisé. Il ne saurait rester en dehors d’une réforme qui se donne pour ambition de donner au Parlement une plus grande maîtrise du travail législatif et un rôle plus important dans la direction de notre pays. L’article 23 du projet en restreint donc le possible usage aux projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale et, pour le surplus, à un texte par session.

(...)

Article 23

Le troisième alinéa de l’article 49 de la Constitution est modifié ainsi qu’il suit :

1° À la première phrase, le mot : « texte » est remplacé par les mots : « projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale » ;

2° Est ajoutée une phrase ainsi rédigée :

Le Premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre texte par session. »
(Projet de loi constitutionnelle de modernisations des institutions de la Vème République dans sa version du 23 avril 2008, publiée le 25 avril 2008 et signée par Nicolas Sarkozy, François Fillon, Rachida Dati).

- Possibilité pour le Président de la République d'intervenir devant le Parlement : loin d'être anti-démocratique, la transparence de la prise de la parole devant les représentants de la Nation est de nature à faire baisser le soupçon de recours aux pressions en tout genre qui caractériserait (plus qu'un autre ?) Nicolas Sarkozy. Evidemment, si les députés ont peur de leur ombre et préfèrent se coucher dès que le patron se pointe, on peut comprendre qu'ils préfèrent rester entre eux à palabrer à l'infini...
- Nécessité pour le gouvernement d'obtenir l'accord du Parlement s'il veut prolonger une opération militaire au-delà de six mois (voilà qui semble mettre fin à la toute-puissance supposée du Président Chef des Armées et qui rééquilibre la répartition des rôles entre Exécutif et Législatif)
- Possibilité pour chaque citoyen de saisir le Conseil Constitutionnel : il ne s'agit ni plus ni moins que l'introduction de la démocratie directe dans un régime dont on a souvent critiqué le caractère formaliste. Que cette saisine ne se fasse pas aisément est une chose, mais le principe est juste et constitue un réel progrès.
- Dans le même sens, la réforme adoptée permet ce que la gauche a tant de fois demandé : le référendum d'initiative populaire. Certes, il ne pourra être proposé sans l'accord d'une partie de l'Assemblée (1/5ème des élus) mais là encore, l'avancée de la démocratie directe - et donc le recul du formalisme - est patent.

Il est tout de même très fort, Nicolas Sarkozy, qui a réussi ce lundi 21 juillet 2008 à changer notablement les institutions de notre chère République sans pour autant en changer le numéro, sans qu'il y ait référendum, ni manifestations, comme ça, en plein mois de juillet...
Il est tout de même très fort, Nicolas Sarkozy, qui a fait jouer à la gauche l'un de ses plus mauvais rôles : celui de l'opposant malgré tout, celui du pire sourd, celui-là qui ne veut pas entendre.
Je ne peux m'empêcher de sourire en pensant que certains députés socialistes, ayant, pour obéir à la consigne du Parti, voté contre cette réforme, ont dû, hier soir, dans le secret de leur domicile, dans le cercle de leur vie privée, se dire :"Ouf ! Elle est tout de même passée !".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 juillet 2008

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