27 décembre 2008
LES CHIENS, AVEC LEURS BONNES TÊTES DE CHIENS
LES CHIENS AVEC LEURS BONNES TÊTES DE CHIENS
Les chiens, avec leurs bonnes têtes de chiens… Ce cousin du loup (on l’entend parfois rappeler, ça, dans les émissions animalières) fait ainsi bonne figure avec sa gueule de « meilleur ami de l’homme ». Mais qu’il grogne ou qu’il montre les dents et nous voilà face à cette évidence du danger que représente tout être vivant.
C’est que nous vivons dans des drames à venir.
« La vie est belle à proportion qu’elle est cruelle. »
« La vie n’est belle qu’à proportion qu’elle est cruelle. »
Je cite ici de mémoire le Pascal Quignard de Tous les matins du monde. Et cette phrase est elle-même, dans son élégance toute classique, belle à proportion qu’elle est lucide, d’une lucidité de blessure.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2008
22 décembre 2008
A BON ENTENDEUR
A BON ENTENDEUR
C'est que pour celui qui a versé le sang de ses frères humains et qui s'imagine que, bien après que le sable aura mangé son corps, la communauté des vivants se souviendra de lui, il est qu'il se met le doigt dans l'oeil jusqu'à l'os, tant il est vrai que, peu à peu, les noms des tyrans et des brutes s'estompent, s'évanouissent, disparaissent dans la poussière des universités, cependant que les noms des gens de raison ne cessent de nous revenir à la mémoire. Georges Bush et Ben Laden seront bien vite oubliés alors que l'on lira encore Marcel Proust et Claude Simon, et que l'on chantera aussi du Brel et du Brassens.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 décembre 2008
DES CORPS
DES CORPS
Ce sont des lignes énigmatiques, familières et étrangement magnétiques, que les corps qui parcourent les lignes du monde (pays, villes, trottoirs, demeures), se nourrissent, communiquent et produisent tant, qu’il n’est pas douteux qu’un géant intersidéral qui jetterait un œil sur notre planète y verrait grouiller des milliards de petites herbes folles s’agitant et bruissant et s’ingéniant à entretenir entre elles de complexes relations - si complexes que ces herbes sont capables de brûler de désir, de se sacrifier même, comme de se consumer dans des haines atroces - ce qui ne pourrait jamais intéresser notre géant que s’il est entomologiste, ou physicien peut-être.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 décembre 2008
17 octobre 2008
PUZZLE-MAN
PUZZLE-MAN
C'est en r'gardant la télé
Qu'ça m'est tombé dessus, à voir
Des tas de tout, des tas d'histoires,
J'me suis senti soudain à n'pas y croire
La tête ailleurs et le postérieur
Entre mille chaises, me vl'à bien dispersé !
Et que dans ce monde tout zappé,
Je me sens tout décalé,
Tout écartillé d'chez Charlebois,
Tout caracolé d'la corrida,
Coupé, scindé, scié, tout éparpillé !
C'est moi que j'suis l'homme-puzzle,
Le coeur à gauche, la tête à droite,
Au nord, au sud, dans les étoiles,
Vu que j'suis où je ne suis pas,
Vu que je suis l'homme pointillé,
Aux quatre coins me v'là bien dispersé !
Et que dans ce monde tout zappé,
Je me sens tout décalé,
Tout écartillé d'chez Charlebois,
Tout caracolé d'la corrida,
Coupé, scindé, scié, tout éparpillé !
Je suis dans l'air, je suis nulle part,
Et invisible comme le Bon Dieu,
Je vais avec mes morceaux épars
Le long des murs où sont mes yeux
Et mes oreilles ; je suis éclaté
Rapport à ce que j'suis bien dispersé !
Et que dans ce monde tout zappé,
Je me sens tout décalé,
Tout écartillé d'chez Charlebois,
Tout caracolé d'la corrida,
Coupé, scindé, scié, tout éparpillé !
J'entends des voix qui viennent de partout
Y en a qui voudraient bien m'recoller,
Me collecter, me collectionner ;
Tu voudrais bien m'rattraper par tous les bouts
Mais c'est peine perdue car...
Tu vois qu'tu n'me vois plus vu que dans l'air
Je me dissous et comme a dit Bourvil,
Dix sous, c'est pas cher...
Dix sous, c'est pas cher...
Dix sous, c'est pas cher...
(Ad lib.)
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 octobre 2008
16 octobre 2008
SUITE A LA DEGOULINANTE
SUITE A LA DEGOULINANTE
Dégoulinante.
La dégoulinante,
elle glisse au
morne
vertige des
vitres.
Ténèbres.
"Sur l'épaule des ténèbres
Se sont appesanties les paupières du monde."
(Denise Duong, Trop courtes sont les nuits)
Les ténèbres pleines
d'épaules, de cous,
d'éclats de chair...
Paupières
sifflées de fièvre... C'est qu'ils
font les merles, les spectres !
Dégoulinante II
"L'arbre de pluie traçait sa ligne d'ennui"
(Claudie Deboutte, Ma ville perdue d'enfance...)
La dégoulinante,
elle fait des
arbres sur
les vitres, bras
tremblotants,
têtes d'épingles
sans voix ;
derrière, brouillamini
verdâtre.
Furie mandibule.
"Aux routes escarpées
Se mélangent les batailles de la douleur"
(Frédéric Tavernier, Entendre le maïs)
Furie mandibule !
Mille yeux se
croisent...
Mille pattes
s'agitent...
ça s'éventre dans
les escarpements ;
c'est la grande
dévoration,
les perpétuelles
batailles de la
douleur.
Flop Flop.
"l'envol lourd des busards à l'aplomb des vieux mornes
la chatière carnassière où hennissait le vent"
(José Le Moigne, Enfance, ma liberté)
Flop !... Flop !... font
les ailes noires,
familières des
vieilleries, au
vent henni, plein
de blanc dedans,
vide comme s'il
n'était plus
qu'entrailles.
Ennuyés si patients.
"bousculés par le vent
les mains froidies
les oreilles brûlées
et la salive coupant
les mentons
nous allions
si chauds dedans"
(Jean Le Boël, Enfants de mon âge un jour de pluie...)
Ennuyés si patients,
agacés par le vent,
zig-zagués par la
pluie, nous
allions
nous
manger
de l'être entre
deux sonneries...
Remarque : Toutes les citations faites ci-dessus sont tirées du recueil Sur les chemins ouverts, Panorama poétique Nord/Pas-de-Calais, Maison de la poésie Nord/Pas-de-Calais, 2000).
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 octobre 2008
20 août 2008
SALVE DU 20 AOÛT 2008
SALVE DU 20 AOÛT 2008
« Taiseux suis-je. Discourir est une vanité encore. »
(Michel de Ghelderode, La Balade du Grand Macabre)
Tombe.
Voici bien une terre à boire du sang. Sèche comme momie. A coup sûr, les assassins grimpés dans ses montagnes vont l’abreuver du sang de ceux que l’on envoie promener leur haleine et leurs vingt ans sous son soleil. Lequel ne peut être que de plomb, bien entendu.
Ennui.
L’ennui, quel couteau mou ! A vous dégoûter d’entreprendre quoi que ce soit afin de ne point après s’en ennuyer. D’ailleurs, l’ennuyé devient ennuyeux. Fatal comme la facture, et logique, à en amener le hareng saur à se balancer vertical sous une pluie noire et blanche.
Chevalinement.
« J’exprime chevalinement mon plaisir de te voir heureux. »
(Michel de Ghelderode, La Balade du Grand Macabre)
L’adverbe chevalinement est propice à suggérer le hennissement, le grand hennissement de celui qui rit comme un cheval, ou qui raisonne comme un cheval.
Par ailleurs, il a des sabots. On l’entend venir de loin. A le voir déjà.
Nostalgie.
La musique, en voilà de l’autre temps… De la féerie pour une autre fois… A s’en farcir les oreilles de nostalgie. Qu’elles nous semblent précieuses alors, les rengaines d’il y a vingt ans à la radio ! Même les plus scies, même les tartes… Si en plus il y a de l’image, nous voilà pâmés, confits dans la souvenance… C’est qu’elles nous y renvoient, ces rythmiques passantes, à ces visages perdus, que le temps a brouillés, paumés dans des rues qui n’existent même plus.
Nerfs.
Les nerfs, c’est qu’du tricot à tintouin. On se les passe alors, les nerfs qu’on a, sur quelqu’un. Sur l’autre. C’est pour ça qu’on l’aime.
Allergies.
Je n’ai jamais autant entendu parler qu’aujourd’hui de jeunes gens affligés d’allergies pas possibles, à en ouvrir paniqués la bouche pour avaler de l’air manquant soudain.
C’est que nous vivons des temps antibiotiques, aseptiques, hygiéniques, propres sur eux comme des députés, des temps de pollution invisible et de dragons chimiques insinués dans l’air.
Du coup, nous n’avons plus le droit de fumer dans les bistrots où nous nous boissonnons en bons contribuables.
C’est vrai qu’ça fait beaucoup, la clope, en plus de l’atomique nécessité et de la chimie suffisante.
Subprimes
En cette année 2008 (et ce sera sans doute la même chanson en 2009), les Français ne font plus guère attention aux milliards d’euros perdus par nos banques dans la croquignolesque escroquerie des SICAV pourraves. On s’habitue à tout. Même à la haute trahison.
Du prince mortifère.
« Du cadavre aux quatre points cardinaux, dedans, dehors, dessus, dessous. »
(Michel de Ghelderode, La Balade du Grand Macabre)
Le Prince qui envoie des jeunes gens se faire tuer à l’autre bout du monde sous prétexte d’y restaurer des démocraties improbables et qui, dans le même temps, refuse à un jeune homme condamné à la mort lente d’une maladie incurable le droit de mourir dans la dignité, n’est qu’un gueux.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 août 2008
15 juillet 2008
SPECTRAL
SPECTRAL
C'est une nuit bleu d'énigme sur la ville
Qui étire architectures et perspectives
Dans un lointain de pelouses et de grilles
A travers des squelettes habillés de chair.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 juillet 2008
07 juillet 2008
MIROIR
MIROIR
Voici le lieu de tous les êtres
Sans mémoire le miroir pratique
Une telle discrétion domestique
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 juillet 2008
24 mai 2008
SIZAIN
SIZAIN
Il me semble parfois fragile comme verre
Mon coeur cette bouillie que les chiens de la terre
Mangeront quand la boue m'aura pris tout entier
Et que je n'aurai plus besoin ni de souliers
Ni des mots pour le dire encore que j'aimais
Le visage d'Elise et la nuit et l'été.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 mai 2008
18 février 2008
EN PASSANT
EN PASSANT
Musset dans la dédicace de La Coupe et les Lèvres, à propos de l'écriture :
"Au moment du travail, chaque nerf, chaque fibre,
Tressaille comme un luth que l'on vient d'accorder.
On n'écrit pas un mot que tout l'être ne vibre."
Surtout si l'on a bu beaucoup trop de café ! (1)
(1) On sait que j'ai le coeur moqueur et fort sceptique...
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 février 2008
