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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

24 octobre 2007

PRESENT D'EFFONDREMENT ET FUTUR DE VANITE

PRESENT D'EFFONDREMENT ET FUTUR DE VANITE

I) PRESENT D'EFFONDREMENT

"On nous tient des chevaux en main sûre aux faubourgs ;
  Et je sais un vieux mur qui tombe tous les jours (1) :
  Nous pourrons aisément sortir par ses ruines (2)."
  (Corneille, L'illusion comique, Acte IV, Scène 6, vers 1219-1221)

(1) Ce présent me plaît qui exprime le lent effritement d'un "vieux mur". J'appellerais bien cela un "présent d'effondrement" mais les agrégés de grammaire et l'ensemble de la cuistrerie du beau langage pourraient me le reprocher (notez que je distingue ici les deux corporations puisque l'on peut bien être cuistre sans être grammairien, et même être grammairien et aimer la plaisanterie).

(2) Que ce "présent d'effondrement" permette l'évasion d'Isabelle et de Clindor, de Lyse et de son geôlier, me ravit, évidemment.

II) FUTUR DE VANITE

"Je n'écouterai plus cette humeur (1) de conquête" (Corneille, L'illusion comique, Acte II, Scène 4, vers 425)

1) "Ecouter ses humeurs", c'est peut-être prêter attention à cette rumeur de ce que l'on nomme "âme". Bah ! Ce n'est jamais que l'indifférent frou-frou de l'écume.

2) Voilà donc Matamore qui prétend renoncer à son appétit de conquête. Cependant, n'étant conquérant de rien, il ne renonce à rien d'autre qu'à la grandiloquente affirmation de sa matamoresque identité.
Du reste, j'ai parfois l'impression de vivre un présent d'effondrement, effectivement, tandis que de fort bonnes âmes continuent à nous bercer des illusions d'un futur de vanité, je le crains.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 octobre 2007

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07 octobre 2007

FRONDE

FRONDE

ADRASTE
Ce belître (1) insolent (2) me fait encore bravade.

LYSE
A ce compte, Monsieur, votre esprit est malade ?

ADRASTE
Malade, mon esprit ? (3)

LYSE
                                       Oui, puisqu'il est jaloux (4)
Du malheureux agent de ce prince des foux. (5) (7)
    (Corneille, L'illusion comique, Acte II, scène 8, vers 565-568)

(1) Quand je ne peux plus supporter mon visage, je l'arrache. Je le froisse et le mets en boule et le jette dans la corbeille à visages. Aussitôt sur ma face de sang je prends un visage tout neuf ; je fais dès lors une toute autre figure. Cela n'a qu'un temps, bien sûr.

(2) Je suis plein d'insolences comme un chien grouille de puces. Partant, je suis mauvais chien et mauvais camarade.

(3) La vivacité des répliques est une des plus jolies choses de L'illusion. Ici, le chiasme ("votre esprit est malade" / "malade, mon esprit") construit cette vivacité ; ce sont attaque et parade de savante escrime. Le gentilhomme Adraste est peut-être assez épaté que la servante Lyse lui parle avec une telle franchise. Il est vrai que les servantes sont bien plus puissantes que les valets de comédie et ont ce pouvoir de faire progresser l'action.

(4) Lyse aussi est jalouse. Elle se sent dédaignée par Clindor et va dans cette scène révéler à Adraste, amoureux d'Isabelle, que celle-ci la belle en pince pour le valet Clindor : "Si j'ose vous le dire / Ce n'est plus que pour lui qu'Isabelle soupire." (vers 577-578). L'esprit de Lyse est donc tout aussi malade de jalousie que celui d'Adraste.

(5) Comment en effet être jaloux de ce qui n'est jamais qu'un complément : "Oui, puisqu'il est jaloux / Du malheureux agent de ce prince des foux." Ce vers 568 définit de façon dépréciative l'apparence de Clindor : un complément d'objet ("du malheureux agent") suivi d'un complément de nom ("de ce prince des foux"). Clindor est ainsi réduit à sa fonction : il n'est jamais que le valet d'un nom ridicule, - celui de Matamore -, et est ainsi déterminé à n'être que l'ombre d'une ombre. (6)

(6) En grammaire française, le complément de nom est aussi appelé complément de détermination.

(7) "jaloux" / "foux" : rime pour l'oeil. Il est assez révélateur que la poésie, et même la plus classique, la plus respectueuse en apparence des règles, n'hésite pas à bousculer l'orthographe pour les besoins de sa cause. La poésie est une fronde sans doute au beau royaume du langage.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 octobre 2007


      

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24 septembre 2007

CADEDIOU !

CADEDIOU !

MATAMORE
Cadédiou (1) (2) ! ce coquin a marché dans mon ombre (3) ;
Il s'est fait tout vaillant d'avoir suivi mes pas (4) :
S'il avait du respect, j'en voudrais faire cas.
    Ecoute, je suis bon (6), et ce serait dommage
De priver l'univers (7) d'un homme de courage.
Demande-moi pardon et cesse par tes feux (8)
De profaner l'objet digne seul de mes voeux (9) :
Tu connais ma valeur, éprouve ma clémence.
    (Corneille, L'illusion comique, Acte III, scène 9, v.942-949)

(1) D'après les Classiques Larousse (édition de Marc Fumaroli) "cadédiou" est un "juron gascon" qui signifie "tête-Dieu".
"Cadédiou ! Ses valets feraient quelque insolence" s'exclame Matamore au vers 745. Le juron, marqueur de virilité, annonce cependant chez Matamore le refus d'en découdre, ou même la simple crainte d'avoir à en découdre.

(2) "Cadédiou ! " fit-il en espagnol et en roulant les "r". C'est mon professeur de français de classe de première qui disait cela, de temps à autre, pour nous faire sourire, nous les ennuyés de l'adolescence.

(3) Mon ombre est toute agitée et gigue toute seule !
      Regardez la à swinguer sous le jazz haut des feuilles ;
      Sûr que je n'aurais pas dû boire tant de café :
      Voilà mon ombre sur les murs qui s'met à skater.

(4) Les rues sont pleines de pas
      Pas perdus pas pressés pas
      Un chat dans les rues l'hiver (5)

(5) L'hiver, en lisant Desnos, j'aime à désosser
      Les chevaliers qui s'bousculent dans l'escalier
      Puis dans le ciel froid je vais à la poste d'hier
      Télégraphier tibias, rotules et fractures.

(6) L'hiver, il faut s'en mitonner, de bons
      Petits plats et faire chauffer le vin.
      "Ecoute, je suis bon", c'est moi l'jambon
      Que l'on met dans les pâtes au gratin.
        (Philippe Meirieu, Prolégomènes à un référentiel des Bio-services)

(7) L'univers, paraîtrait qu'il pourrait tenir tout
      Entier dans quelque grain de sable ou de raisin.

(8) Et le jambon, c'est bon aussi avec des oeufs
      Que l'on cuit sur le plat, franchement c'est fameux !
      Avec des pâtes ou des frites, délicieux
      Qu'c'est ! Mais vrai ! aucun rapport avec le mot "feux".

(9) Dieu, dit-on, de peur d'oublier quelque chose, fait parfois aux étoiles quelques noeuds. C'est ainsi qu'il crée les constellations.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 septembre 2007
      


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17 août 2006

IL ETAIT LA AUSSI LE PATERNEL

IL ETAIT LA AUSSI LE PATERNEL
Tout ce qui figure ci-dessous entre guillemets est de Pierre Corneille (L'Illusion comique), le reste est de ma pomme.

Il était là aussi le paternel, vu que c'était lui qui en avait besoin des mirobolantes facultés du mage, rapport à ce qu'il avait paumé son grand fils, Clindor, un peu dans la nature.
Il larmoyait donc, parlant de son "cher fils", "ce cher objet" de ses "inquiétudes" qu'avaient "éloigné" de lui "des traitements trop rudes".
C'est vrai qu'il avait pris ce pli, le Clindor, d'aller chaque samedi draguer des poufiasses en boîte de nuit et, la semaine, d'écouter toute la nuit de la musique à faire fuir les honnêtes gens et leurs vaches en jouant à des imbécilités de jeux de panpan t'es mort ! sur son ordinateur que même que c'était sa tata Phèdre qui lui avait offert avec les droits d'auteurs de son dernier bouquin (Le jour n'est pas plus pur, Agamemnon and Co Editeurs).
Du coup :
- "Sous ombre qu'il prenait trop de licence,
Contre ses libertés je roidis ma puissance ;
Je croyais le dompter à force de punir,
Et ma sévérité ne fit que le bannir."

Mais, évidemment, une fois que le grand couillon se fut tiré, il en est resté comme deux ronds de flan, le Pridamant (c'est le nomine du pater) :
- "Je l'outrageais présent et je pleurais sa fuite,
Et l'amour paternel me fit bientôt sentir
D'une injuste rigueur un juste repentir."

Bref, il s'était mis à l'amérement regretter, la chair de sa chair, l'oeil de son oeil, le poulet de sa couvée, le veau de son pré, la mie de son pain, la rime de son coeur, la raison de ses nuits sans sommeil et de ses maux d'estomac, il se mit donc en quête du rejeton évanoui.
Pendant dix ans qu'il courut donc la France et ses auberges, et ses musées, et ses touristes allemands en bermuda qui s'épatent devant la Joconde et Jean-Paul Gaultier.
Il alla même jusqu'aux enfers des officines les plus marabouteuses, devineresses, cartomanciennes, gloglomanciennes où il pauma beaucoup de sous et pas mal d'illusions vu qu'il n'en apprit rien des zélateurs de l'occulte, muets soudain comme un président américain devant un texte de Kafka quand il leur fallait répondre ou ne répondant rien qu'afin de le "confondre".
Bref, il entendit causer d'Alcandre, le fameux mage dont on faisait grand cas dans certains milieux, - surtout ceux du théâtre -, et décida donc de s'en remettre à lui.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 août 2006

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16 août 2006

DONC, IL S'AGISSAIT D'UN MAGE

DONC, IL S'AGISSAIT D'UN MAGE

Donc, il s'agissait d'un mage, et pour le présenter, il fallait d'abord évoquer l'espèce de "grotte obscure" où il demeurait :

"La nuit qu'il entretient sur cet affreux séjour,
N'ouvrant son voile épais qu'aux rayons d'un faux jour,
De leur éclat douteux n'admet en ces lieux sombres
Que ce qu'en peut souffrir le commerce des ombres".
    (Corneille, L'Illusion comique, vers 3 à 6)

Autrement dit, il faisait noir, sombre, obscur et c'était là le domaine des ombres ; du coup, valait mieux pas s'approcher rapport à ce que le périmètre était sérieusement piégé : pièges à loup, attrape-couilles, griffe-mollet, disques de rap, féticheur jeteur de mauvais oeils, marabout cadavéreur, psychologue scolaire, bref de quoi assassiner son chrétien aussi bien qu'un discours d'un leader d'extrême-droite, et même que "cette large bouche" qui ouvrait la grotte n'était en fait qu'un "mur invisible" fatal à tout outrepassant because l'air y était aussi vicié que dans une réunion d'amateurs de cassoulet.
Vous fûtes prévenu et zut tant pis pour vous si vous êtes mort.
Cependant, il n'est de Paris sans bon bec (j'aime bien ce genre d'expression dont le sens m'échappe mais qui sonne juste assez vieillot pour faire savant), il n'est d'université sans parlote, ni de Mère Michel sans son chat, ni de Père Ubu sans sa gidouille, ni de fonctionnaire sans tampon encreur non plus que d'homme politique sans promesses, il ne fut donc non plus d'ermite sans promenade et nous en fûmes avertis :

"Chaque jour il se montre, et nous touchons à l'heure
Où pour se divertir, il sort de sa demeure."
    (Corneille, L'Illusion comique, vers 17-18)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 août 2006

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D'ABORD, IL EVOQUA

D'ABORD, IL EVOQUA
Où l'on voit que l'auteur est quelque peu remonté.

"Ce mage, qui d'un mot renverse la nature,
N'a choisi pour palais que cette grotte obscure."
    (Corneille, L'Illusion comique)

D'abord, il évoqua je ne sais quel mage qui "d'un mot renverse la nature", - je compris que c'était un de ces hommes qui s'amusent avec l'analogie, mettant en haut ce qui est en bas et en bas ce qui est en haut, ou alors un tempestaire, un des ces légendaires qui commandent aux vents de souffler, à la pluie de tomber, à la foudre de frapper.
Ce qui était curieux, c'est que ce si puissant, qui, grâce à ses dons, aurait pu vivre comme un pacha, - pas difficile de faire du racket quand on sait l'art de déchaîner les éléments -, n'avait "choisi pour palais que cette grotte obscure".
C'était donc un solitaire, un de ces misanthropes qui préfèrent l'enfer des banlieues aux cercles mondains et l'humble demeure où l'on se fait oublier aux plus brillants des hôtels particuliers.
Il est vrai que pour bien se perfectionner dans un art, il vaut mieux savoir rester seul, - comme Monsieur de Sainte-Colombe avec son instrument de musique à faire revenir les morts - et je me demande d'ailleurs si nos politiques actuels ne doivent pas leur médiocrité obstinée à cette obligation que les médias leur font d'être toujours "sur le devant de la scène" comme on dit. C'est qu'ils en oublient souvent de réfléchir, à répondre sans cesse à des journalistes forcément complaisants (sinon, ils se font virer comme des malpropres ou de vulgaires thierry ardisson (1)), c'est qu'ils en oublient souvent que être pauvre, cela signifie, Monsieur le Sous-Préfet, ne pas savoir payer sa facture d'eau ou d'électricité, être obligé d'aller faire des sourires à son interlocuteur bancaire que l'on déteste mais que l'on est bien obligé d'aller voir vu qu'on est dans le rouge trois semaines sur quatre, cela signifie que malgré que l'on soit bien brave, pas méchant et tout, parfois on se dit que y en a marre des impôts, locaux ou pas, des crédits incroyables accordés aux universités, tout ça pour former des caissières de supermarché ou des animateurs socio-culturels, ou des professeurs de pas grand chose en attendant que les chiffres du chômage baissent et que les communistes se rachètent des cervelles, qu'il y en a marre d'être toujours pris pour des vaches à lait tandis que de bonnes âmes bien associatives nous expliquent que nous devons tous être solidaires. Pour ma part, je suis solidaire de mes couilles et de mes chiens ; le reste, je m'en bats l'oeil, sauf pour ce qui est des praticiens étrangers, sous-payés et interdits de Conseil de l'Ordre alors qu'ils font le boulot que beaucoup d'étudiants français ne veulent plus faire, préférant émarger à l'éducation nationale ou aux impôts plutôt que de devenir chirurgien ou anesthésiste (2).

Notes :
(1) Ne vous inquiétez cependant pas pour eux, les journalistes virés et autres présentateurs vedettes, rien qu'avec leurs indemnités de licenciement, vous pourriez payer largement toutes vos dettes et mêmes les études de sociologie de l'aîné(e) qui vient d'avoir son bac parce que sinon ça prouverait que l'éducation nationale ne fonctionne pas bien et que Meirieux est un âne (tiens, ça faisait longtemps !).
(2) C'est vrai qu'avec les primes d'assurances qui, dans le secteur médical, grimpent à toute allure (jusqu'à des 20-30 000 euros par an, qu'elles disent les blouses blanches aux informations), on comprend que beaucoup de bacheliers se disent :"Bof, je vas aller faire semblant d'être efficace à France Telecom ou à la Poste, moi, c'est moins risqué que d'opérer à coeur ouvert des gens qui, si ça se trouve, n'ont pas payé leur taxe d'habitation et votent Le Pen ou Besancenot" (3).
(3) Olivier Besancenot : activiste intérimaire.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 août 2006

Posté par patricehouzeau à 14:16 - BRICOLES AUTOUR DE L'ILLUSION - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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