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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

10 octobre 2007

ARCAS au sommeil cassé RECONNAÎT SON ROI

ARCAS au sommeil cassé RECONNAÎT SON ROI

  ARCAS
"
C'est vous-même, Seigneur (1) ! Quel important besoin
  Vous a fait devancer l'aurore (2) (3) de si loin ?"
  (Racine, Iphigénie, vers 3-4)

(1) Le Seigneur, c'est Agamemnon. D'ailleurs, il s'annonce lui-même dès le troisième mot de la pièce :

"Oui, c'est Agamemnon, c'est ton roi qui t'éveille."

Probable donc que le dénommé Agamemnon, roi grec de son état, va jouer un rôle plus que pas négligeable dans l'intrigue qui, implacablement, s'apprête à nouer ses serpents sous nos yeux.

(2) On est donc en pleine nuit, cette série d'heures des mystères pendant lesquelles l'humanité dort, nique et fornique, et veille, si elle est insomniaque, ou gardienne.
On est donc en pleine nuit et voici qu'il s'avance, le Roi des Rois, avec sa barbe et sa jupette, et qu'il éveille de sa voix que l'on peut supposer formidable -"Viens, reconnais la voix qui frappe ton oreille"- le conseiller Arcas, lequel était probablement en train de roupiller comme un bon et de rêver quelque commerce amoureux avec une jolie grecque frisée et toute brune.

(3) "Devancer l'aurore" : titre possible pour un récit où il serait question de prendre le jour de vitesse, type : Le condamné meurt à cinq heures ou Si tu ne te pointes pas à la gare à six heures trois du mat', tu pourras toujours aller te brosser un oeuf". (4)

(4) "Aller se brosser un oeuf" (VAR: "Aller se faire brosser un oeuf") : expression familière qui date du temps où, dans les cités minières, il y avait encore des gares, et dans ces gares des trains et des gens à mettre dedans. En ce temps-là, celui qui avait malencontreusement manqué son train du matin n'avait donc plus que la seule ressource d'attendre le train suivant en avalant oeuf dur, café noir et deux ou trois genièvres au buffet de la gare (ils étaient encore ouverts en ce temps-là) ou au bistrot d'en face (il y en avait encore en ce temps-là).
Les mines étant par définition généreuses en poussière, il s'avérait parfois nécessaire de passer un coup de chiffon sur la coquille de l'oeuf à servir. D'où l'expression si typiquement locale, si imagée : "aller se faire brosser un oeuf".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 octobre 2007

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24 avril 2007

CHANT DU BOUC

CHANT DU BOUC

1.

C'est un roi qui parle
puisque la tragédie est
aux puissants comme aux ombres
Qui parle
puisque la tragédie est une brûlure
commune aux prétendants du soleil
Qui parle
d'une royauté immense que souligne le souffle
Qui parle
dans cette nuit qui appartient aux dieux
Qui demande
qu'on reconnaisse
sa voix de l'ordre aux ordres soumise
Qui parle dans sa nuit.

2.

C'est le roi on le reconnaît dans la pénombre
où brûlent les torches des veilles
Leurs yeux seuls sont ouverts dans la nuit de l'Aulide
C'est le roi on s'inquiète
de ce peu de sommeil
de la rumeur de l'ombre
Se pourrait-il que les vents aient levé leur veto
Mais tout dort.

3.

C'est un roi qui parle
et qui regrette de n'être pas un homme dans la foule
Il déteste soudain sa couronne
et tout l'or et tout l'argent du temps
C'est un roi qui parle
et qui regrette de n'être pas cet invisible
que les dieux ont oublié.

4.

Quel corbeau parle-t-il ainsi sous la couronne ?
Qui est cet homme qui déplore son palais ?
Le conseiller nocturne est tout à ses questions
sur le dépit du roi et l'énigme des dieux.

Roi, je ne suis plus le roi.
Père, je ne suis plus le père
Epoux, je ne suis plus l'époux
Fils, je ne suis plus le fils.

La nuit, ce sont les dieux qui se jouent des humains
comme de simples guignols sur les tréteaux grecs ;
ce n'est plus la Grèce ici, mais la bipèdie,
la bipèdie à fils, le jeu cruel des dieux,
le sujet préféré du Bouc et de son chant.




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