14 décembre 2008
J'AJOUTE QUE
J'AJOUTE QUE
A propos de la très dispensable réforme Darcos (décembre 2008)
J'ajoute que ce n'est pas en tripatouillant les appellations, en bricolant les troncs communs, en inventant des "modules" et autres billevesées que l'on réglera le véritable problème qui se pose à tout système éducatif : son adaptation au marché du travail.
J'entends de plus en plus souvent parler de jeunes gens surdiplômés (bac + 4 souvent) et qui, plusieurs mois après avoir quitté leurs chères études, ne trouvent toujours pas de travail. On dit même que certains de ces jeunes gens, malgré tous leurs diplômes, font des fautes d'orthographe (qui donc m'a parlé de professeurs titulaires dont il fallait corriger les appréciations sur les bulletins ?), et dont les performances à l'oral sont pour le moins déficientes ("commercials" au lieu de "commerciaux" par exemple ; à bac + 4, c'est tout de même fascinant !).
On parle même de surdiplômés sans domicile fixe...
Mesdames et Messieurs des Universités, n'avez-vous pas honte d'avoir accepté de délivrer des diplômes qui ne servent à rien d'autre qu'à justifier vos traitements ?
Monsieur le Ministre, ne trouvez-vous pas grotesque une démarche qui consiste à porter à 4 au lieu de 3 le nombre de conseils de classe, à définir en semestres ce qui était jusqu'ici en trimestres, à déterminer que tel enseignement sera modulaire et tel autre de tronc commun au lieu de vous poser la seule question qui vaille : comment faire pour que l'école retrouve sa fonction première : former chaque élève à l'exercice d'un métier ?
Je dis moi que le seul critère qui vaille quant à l'évaluation d'un système éducatif, c'est le nombre de personnes qui, dans l'année qui suit la fin de leurs études, ont effectivement trouvé un travail correspondant à leur formation et non pas, comme c'est un peu trop le cas actuellement, le nombre de personnes qui obtiennent un diplôme, lequel n'est jamais qu'un bout de papier.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 décembre 2008
REFLEXION D'UN COLLEGUE
REFLEXION D'UN COLLEGUE
A propos de la très dispensable Réforme Darcos (décembre 2008)
Comme je lui demandais des nouvelles de son Lycée, un collègue me répondit que cette année, ça allait mais que, n'est-ce pas, pour l'an prochain, franchement, au niveau des postes, du recrutement des élèves, de l'avenir des filières technologiques, c'est le brouillard.
Cette réflexion, je l'entends partout. C'est incroyable ce qui se passe, on a l'impression que le Ministère Darcos improvise sa réforme au fil des semaines. En ce qui concerne l'enseignement professionnel, beaucoup de collègues affirment qu'ils ne savent que fort peu de choses sur les référentiels à venir (référentiel = programme, je dis ça pour ceux qui ne seraient pas familiarisés avec le jargon des cuistres rectoraux). Ainsi, on ne sait toujours pas si les élèves inscrits dans un bac pro en 3 ans pourront passer un BEP. On m'a même affirmé que ce serait possible mais qu'il ne fallait surtout pas en parler aux élèves (pour ne pas les décevoir sans doute !). On en est même à se demander si certaines filières ne vont pas passer au Bac Pro en 3 ans en cours de route : vous êtes inscrit pour passer un BEP en 2 ans puis un Bac Pro ( 2 ans de plus) et puis yop- la-boum ! vous voilà, sans que l'on vous demande votre avis, dès la deuxième année dans un bac pro 3 ans !
Enfin, certains s'interrogent sur le rôle des syndicats qui auraient un peu vite signé certains protocoles et qui se retrouveraient maintenant coincés par le Ministère. Ma foi, c'est fort possible. Depuis que l'on a découvert que L'UIMM avait été fort large avec certaines organisations, on peut s'attendre à tout de la part de gens qui ont fait de la défense de leurs "collègues" un métier, sinon une rente.
Moi, dans tout ça, je ne vois qu'une chose : un gros cafouillage et dire, qu'avant que quelques imbéciles n'inventent le concept de "80% d'une classe d'âge au niveau du bac", nous avions un des meilleurs systèmes éducatifs au monde...
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 décembre 2008
14 octobre 2008
POUR SOLDE DE TOUT COMPTE
POUR SOLDE DE TOUT COMPTE
Pensée du jour entendue sur Canal + : "N'ayez pas peur d'investir dans une entreprise que même un imbécile pourrait diriger, car vous pouvez être sûr qu'un jour un imbécile la dirigera." C'est ce qu'aurait pronostiqué, en quelque temps de notre épique époque, l'actuel homme-le-plus-riche-du-monde, Warren Buffet.
Ce qui fait écho à ce que j'ai entendu, l'autre matin sur France 2, dans la bouche de Jean-François Kahn s'exprimant sur la crise des prêts hypothécaires et de la bérésina financière qui suivit : "Même un simple titulaire d'un certificat d'études aurait vu que ça ne pouvait pas marcher."
D'où je déduis que la plupart des grands patrons des grandes banques d'investissement, d'affaires diverses et de services rendus, qui en ce mois d'octobre 2008, faillirent faire faillite, ne sont que des imbéciles (C'est marrant comme c'est plaisant à écrire !). Ou des escrocs. Ou les deux. Des pieds-nickelés en quelque sorte.
- Oui, mais, ils sortent des plus grandes écoles, savez-vous ?
- Ah... Et alors, c'est bien ce que je dis !
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 octobre 2008
17 septembre 2008
COLIFICHET
COLIFICHET
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout s'achète.
Paraît que le Ministre Xavier Darcos voudrait remettre à l'honneur les cérémonies à récompenses scolaires (genre foire agricole mais en plus distingué) et, en particulier, pourquoi pas des médailles pour les bacheliers ? Typique des institutions en crise, ça, ça fout l'camp de tous les côtés, alors on reste entre soi et on s'autocongratule, - ça rassure -, et qu'on s'en donne des médailles à la mairie pour les bacheliers les plus honorables ! C'est ça qui fait plaisir ! Au bachelier, oui, bien sûr, mais aussi au Chef d'Etablissement, aux professeurs, à l'Inspecteur, au Maire, au Recteur, à Monsieur le Préfet, au correspondant du canard local qui fera une jolie photo et un article bien consensuel !
Bon, dans les patelins, y aura ni recteur, ni préfet, juste le maire, le Proviseur, et peut-être l'Inspecteur (et encore, c'est pas sûr !), on boira du vin blanc, on grignotera des petits pains au pâté, on les félicitera bien, les Méritants de la République, et voilà tout !
Oui, mais, pour la télé, la gloire et l'honneur des institutions, dans les villes moyennes et les plus grandes, c'est qu'il viendra, le préfet, le recteur même avec ses inspecteurs en habits du dimanche, et des doyens, et des émérites, et des honorifiques, et tout le gratin des chefs d'établissement, et tout un tas d'enseignants, et des gens du Conseil Régional, tout autour du maire et du buffet, et là, pas question de vin blanc ! Champagne et whisky, et canapés, et petits fours ! Et qui c'est qui paiera ? Eh bien, tiens, le brave contribuable tout ému de le voir récompensé, son boutonneux (ou sa boutonneuse), de tant d'efforts allez, c'est qu'il faudra en avaler des kilomètres de papier à leçon pour le mériter, son colifichet pédagogique !
Qui c'est qui qui paiera ? Le contribuable !
Ou alors l'UIMM.
Ou ce qui la remplacera.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 septembre 2008
26 juillet 2008
L'UIMM CONSEILLER OCCULTE ?
L'UIMM CONSEILLER OCCULTE ?
Le journal Le Monde daté du 25 juillet 2008 consacre sa page 3 à un article de Gérard Davet sur les "21 344 691 euros" (sic) décaissés "du 19 janvier 2000 au 5 septembre 2007" (resic) par l'UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie) et qui auraient servi en partie à arroser les syndicats de manière à ce que ceux-ci prennent un peu plus facilement la prudente voie de la négociation plutôt que celle de l'affrontement.
On met, à mon sens, un peu trop l'accent (surtout en première page) sur les sommes qui auraient été perçues par la CGT (syndicat proche du parti communiste). La lecture de l'article en page 3 nous apprend que, selon un certain Jacques Gagliardi ("ex-bras droit de Pierre Guillen, délégué général de l'UIMM de 1985 à 1995" nous dit l'article) "concernant la CGT, il [Pierre Guillen] m'avait dit qu'il leur donnait quelques centaines de milliers de francs tous les ans."
Si cela est vrai, on constatera que cela n'est rien, ridiculement rien, à côté de ce qu'ils ont probablement touché, les autres syndicats et oeuvres plus ou moins "sociales" et l'on peut s'interroger sur la vitesse avec laquelle certains journaux de l'audiovisuel ont eu tôt fait de demander des comptes à un parti communiste soudain promu en bouc émissaire d'une espèce de scandale qui n'en finit pas de ne pas éclater.
Une phrase dans l'article a particulièrement retenu mon attention :
"Ces versements ont été faits à des gens très honorables, liés à des organisations qui font partie de notre vie sociale, et je ne crois pas, très sincérement, qu'il soit de l'intérêt général de procéder à un grand déballage" aurait déclaré Denis Gautier-Sauvagnac au Juge.
Cela m'a rappelé une émission de France Culture dans laquelle le Recteur Claude Pair, qui fut, au début des années 80, (de 1981 à 1985), en charge des Lycées au Ministère de L'Education Nationale, dit à peu près ceci, - je cite de mémoire -, et cela concerne les désormais trop fameux "80% d'une classe d'âge au niveau du bac"- que, selon ses souvenirs, les représentants de l'UIMM lui avaient d'abord déconseillé d'aller dans une telle voie, prédisant, avec raison [c'est moi qui commente], que cela ne serait pas sans créer de la frustration chez des étudiants qui, obligés de continuer des études après un baccalauréat dévalué, finiraient, pour beaucoup d'entre eux, par trouver un emploi déqualifié par rapport à l'investissement de plusieurs années d'études supérieures. Puis, Claude Pair ajouta que, quelques mois plus tard, la même IUMM opéra un virage à 180 et, arguant du fait que la France d'alors pourrait manquer de techniciens supérieurs, d'ingénieurs même, et que d'ailleurs, la concurrence étrangère exigeait que le niveau moyen des élèves montât rapidement, il s'avérait urgent d'investir dans l'enseignement supérieur et de donner à l'ogre universitaire de quoi se nourrir en élèves tout frais des écoles, bien tendres et naïfs.
D'où les 80% au niveau du bac et la débandade actuelle de l'enseignement professionnel public, les emplois déqualifiés, le chômage des trop diplômés, la construction d'universités qui ne servent à rien (mais, à mon avis, l'argent qui y a été englouti, dans ces constructions nouvelles, n'a certainement pas été perdu pour tout le monde), et beaucoup de sottises donc.
Du coup, il m'apparaît de plus en plus clairement que ce pauvre Philippe Meirieu, que j'ai tant attaqué, n'a peut-être pas toujours eu le rôle qu'on lui prête habituellement. Il a peut être souvent servi, malgré lui certainement, de paravent au bénéfice d'une organisation (l'UIMM) dont l'influence dans l'Education Nationale fut sans doute prépondérante, à l'égal de ce que fut jadis, et dans les mêmes ministères, l'influence de la franc-maçonnerie, tout cela n'ayant bien sûr rien que de "très honorable".
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 juillet 2008
20 juin 2008
AH LES BOURSOUFLES !
Ah les boursouflés !
Voilà le genre d'instructions qui fait bondir ou se gausser pas mal d'enseignants : figurez-vous que ces jours-ci, - nous sommes en juin 2008 - arrive dans les ordinateurs des établissements, parmi tant d'autres missives électroniques plus ou moins utiles, un mail demandant aux pédagogues de considérer que, désormais, l'orthographe "boursouffler" avec deux f - comme dans affreux ! affreux ! affreux ! - doit être autorisée, et même défendue comme étant logique, puisque, n'est-ce-pas, il est vrai que le verbe "souffler" en prend deux, de "f".
On sait que, depuis 2007, d'éminents linguistes et de spécialistes de la chose éducative, en l'occurrence, "l'Association pour l'information et la recherche sur les orthographes et les systèmes d'écriture" (ah les cuistres !), ont comme prérogative, et par instruction officielle s'il vous plaît, la recommandation aux enseignants d'une orthographe simplifiée, vu que, avec le niveau qui monte - un miracle de Saint Philippe Meirieu, n'en doutons pas -, nos élèves sont maintenant aptes à avaler n'importe quoi et donc profitons-en, camarades, pour en finir avec cet orgueil petit bourgeois de la bonne orthographe et rationalisons tout de manière égalitaire et démocratique : les inspecteurs, après tout, étant payés pour rappeler au maître un peu trop attaché à un savoir désuet quel est le sens de l'Histoire et ce que c'est que d'oeuvrer au renversement de la pyramide sociale.
Oui, mais c'est idiot.
Pourquoi ?
Eh bien, ma première remarque est que, voulant lutter contre la discrimination qui favoriserait les bons en orthographe et handicaperait les moins bons, les réformateurs ne vont pas faire mieux que de susciter une orthographe à deux vitesses :
- D'un côté, nous aurons les personnes à orthographe traditionnelle qui, grâce à des maîtres assez libres pour ne pas obéir aux officiels, apprendront à écrire comme écrivent encore, - et c'est heureux -, les écrivains, les journalistes, et, somme toute, la plupart des gens qui, sans être des champions de l'usage de la langue - tout le monde fait des fautes, le tout c'est de les corriger -, sont tenus d'écrire quotidiennement dans la pratique habituelle de leur profession.
- D'un autre côté, nous aurons les personnes à orthographe flottante, errant entre usage traditionnel, orthographe autorisée par les cuistres condescendants, et fautes par ignorance pure et simple, dysorthographie, ou inattention.
Les forts en thème de la réforme ont beau dire, les recruteurs préféreront toujours la première catégorie à la seconde et ne manqueront pas de s'étonner que l'adjectif "boursouflé" puisse prendre deux "f".
En outre, les linguistes si acharnés à débarrasser la langue de ses bizarreries, semblent oublier un principe de base : c'est l'usage qui fixe la règle et non l'inverse. Je comprends que l'usage a condamné à l'oubli l'orthographe "cuiller" au profit de "cuillère" à tel point, que moi-même ayant écrit le mot "cuiller" au tableau, j'ai provoqué l'étonnement et le questionnement suspicieux de quelques élèves. Mais, prenons le verbe "mitonner" par exemple, qui est une réelle création verbale de ces dix dernières années. Ce verbe est employé par les jeunes gens pour signifier le fait de mentir, d'affabuler. Il fut créé à partir de l'abréviation "mytho" (pour "mythomane"), laquelle abréviation fut fort en vogue dans les collèges et lycées des années 90. Si l'on suit la logique de la réforme de l'orthographe, il faudrait donc aligner la graphie "mitonner" sur "mytho" et écrire "mythonner" ! Ou alors c'est le mot "mythomane" qu'il faut aligner sur l'usage en en supprimant ce "y" fort étrange et ce "h" inutile" : "mitomane". C'est pas joli, mais c'est fonctionnel, ça, Madame.
On aura l'obligeance d'observer que les jeunes gens utilisateurs du verbe "mitonner" ont bien le droit de donner à ce mot l'orthographe qu'ils jugent correcte cependant qu'il n'y a aucune raison de changer l'orthographe d'une de nos entrées du dictionnaires sous prétexte que, de nos jours, on mitonne moins de bons petits plats que de gros mensonges.
En vérité, le seul argument valable en faveur de cette réforme de l'orthographe réside dans la difficulté que les personnes d'origine étrangère ont à maîtriser notre langue. Comme il ne fait pas de doute qu'il y aura de plus en plus d'étrangers en France (il faut vraiment être très naïf pour croire que Brice Hortefeux et ses préfets dociles vont empêcher les inévitables et nécessaires flux migratoires), il me semble qu'évidemment nous serons amenés à être plus tolérants avec l'usage de la langue qui sera fait par nos futurs collègues et employés à faire les boulots que les Français, grâce à la méthode mirifique du docteur Meirieu, - recommandée par l'Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie et vu à la télé ! -, seront dans l'incapacité d'accomplir. Ne croyant pas que la tolérance s'ordonne par décret, je ne vois donc pas l'utilité de réformer l'orthographe d'usage.
On me dira : voyez l'Allemagne, les Pays-Bas, d'autres encore... ils ont réformé leur orthographe, éliminé les archaïsmes, ils sont modernes, efficaces, logiques !
C'est justement ce qui me fait le plus peur, à moi, c'est ce sous-bassement idéologique qui condamne les splendides inutilités de nos graphies au profit de la modernité communicante, de l'efficacité laborieuse, de la logique implacable ! Maintenir le "ph" de "éléphant" et de "nénuphar", maintenir les "chapeaux chinois" sur "maîtriser" et "connaître", maintenir un seul "f" à "boursouflé" et deux "f" à "souffler", c'est plus que s'accrocher au passé, c'est plus que mener un combat d'arrière-garde vaguement nostalgico-réactionnaire, c'est affirmer que c'est beau parce que c'est inutile, c'est affirmer que la langue n'est pas seulement un outil de communication mais que c'est toute une conception du monde qui est à l'oeuvre dans chacune des phrases que nous composons, dans chacun des mots que nous choisissons, dans l'élégance un peu surannée peut-être, mais réelle, avec laquelle nous tenons à nous exprimer, à nous distinguer des grands communiquants qui, à force de se vouloir efficaces, finissent, au mieux, par parler froidement, sans âme, sans personnalité et, au pire, par donner l'impression que nous sommes de moins en moins loin de cette "novlangue" qui fera de nous des citoyens parfaitement égaux dans l'asservissement.
Post-Scriptum : ceci dit, il semble que la mayonnaise réformatrice ne prenne guère, si j'en crois un passage du mail en question (pompeusement envoyé sous le générique "Courrier Officiel") :
"Les ouvrages scolaires et les ouvrages de référence (dictionnaires, grammaires mais aussi ouvrages électroniques comme les correcteurs informatiques) se mettent à jour (d'ores et déjà, le Dictionnaire Hachette scolaire, les Guide de Poche Larousse, Vérifiez votre orthographe ! de Robert, etc. prend en compte la nouvelle orthographe [Dieu ! que c'est mal écrit ! note de votre serviteur]. Néanmoins, les dernières éditions n'étant pas toujours celles utilisées en classe, il semble que tous les enseignants ne soient pas forcément bien informés quant à l'existence et au contenu des rectifications orthographiques."
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 juin 2008
12 juin 2008
QUASIMENT !
QUASIMENT !
Dans le numéro 13 de la revue "Innovations" qui fut publié en mai 1989 par le Centre Régional de Documentation Pédagogique (CRDP) de Lille, je lis, dans un article au titre intéressant ("La droite est-elle infinie des deux côtés ?") cette remarque particulièrement lucide :
"Ma question devenait alors : que savent-ils en fait, ces élèves ?
Bonne question, d'ailleurs, je ne sais toujours pas aujourd'hui si les élèves croient réellement ce qu'on leur dit ou s'ils sont simplement habitués à faire croire qu'ils croient ce qu'on leur a dit de croire. Tout cela parce qu'on a réussi à leur faire croire qu'il est important de faire croire qu'ils croient ce qu'on leur dit. Mais enfin, de ce point de vue, l'enseignement marche plutôt bien : ils prétendent quasiment tous que la droite est infinie..." (Christophe Caignaert, "La droite est-elle infinie des deux côtés ?" in Innovations n°13, CRDP de Lille, p.87).
Voilà en tout cas posé le problème de la foi des élèves dans ce qu'ils apprennent. Il n'y a d'ailleurs aucune raison objective pour que les élèves croient plus ce que le professeur leur dit que ce que leur disent leurs parents, leurs copains, la télévision, la radio et maintenant Internet.
Lorsque ces lignes furent rédigées, l'auteur pouvait sans doute affirmer que "l'enseignement marchait plutôt bien" : on était en 1989 alors, et l'on ne parlait pas encore de résurgence du créationnisme (l'anti-darwinisme que l'on retrouve chez certains fondamentalistes musulmans comme chez certains chrétiens intégristes); l'école faisait certes déjà débat mais elle n'était pas encore devenue l'enjeu social, politique, philosophique, commercial, dont tant on nous cause dans le poste et qui en fait couler, de l'encre dans la presse ; beaucoup croyaient alors que l'innovation pédagogique, la démocratisation de l'enseignement supérieur, et les progrès constants des sciences dites de l'éducation allaient mettre collèges et lycées sur la voie de la réduction des inégalités, endiguer cette fameuse "reproduction des élites" dont on nous bassine depuis des lustres (comme si c'était un but dans la vie que de devenir Noël Forgeard, Bernard Laporte ou François Fillon !) et transformer la bête et tarte salle de classe en Temple du Savoir et de la Raison.
A l'heure où le "Collège unique" vit sans doute ses dernières années, où les IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) semblent irrémédiablement condamnés, où certains BEP (Brevet d'Etudes Professionnelles) ne se maintiennent plus que par habitude, il est certain que la foi des élèves dans ce qu'ils apprennent doit être sérieusement ébranlée et l'on ne s'étonnera pas de cette remarque que me fit, il y a quelque mois, un élève de Première Bac Pro :
- "En ce moment, je cherche des organismes qui donnent des cours d'anglais, parce que ça me sera utile pour mon BTS (Brevet de Technicien Supérieur), alors bien sûr, j'ai une bonne moyenne en anglais au lycée, - 16 -, mais franchement, ça ne veut rien dire !"
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 juin 2008
12 mai 2008
CINOCHE
CINOCHE
La critique tire sa justification de la représentation laquelle, explicitement ou pas, se présente elle-même comme critique.
La représentation, se tenant en aval du conflit, - le territoire prédominant sur le lieu d'être, l'économique sur le culturel -, occulte la production massive d'armement et, au besoin, prend l'apparence du discours le plus critique envers les institutions de manière à ce que la diversion soit la plus efficace possible.
En cela, diversion et divertissement ne font plus qu'un et occupent suffisamment l'esprit pour que l'on ne relève pas trop souvent que les charges de nos chansonniers les plus insolents, que les cours du plus lucide de nos philosophes sont payés avec l'argent des marchands d'armes.
La ruse la plus subtile, - et donc la plus scandaleuse -, étant de faire croire que le niveau de culture générale moyen de la population montant, il y aurait dans cette démocratisation du savoir, dans cet accès du plus grand nombre aux possibles sociaux, une garantie de paix sinon universelle, du moins répandue partout où le modèle libéral avancé, et ses péripéties socio-démocrates, serait suivi.
Mais, justement, crises économiques, concurrence internationale, prévisions pessimistes quant à l'avenir de la mondialisation, sont autant de signaux annonçant des conflits sinon probables, du moins possibles.
L'alibi culturel consiste ainsi à déployer le meilleur de nos stratégies éducatives afin de mieux former, non pas les citoyens d'une cité idéale qui n'existe que dans la langue de bois des politiques, mais les futurs techniciens des guerres électroniques à venir, lesquelles pourraient être essentiellement ce qu'elles sont déjà : des guerres économiques.
C'est ainsi que la fin de l'Histoire est reportée aux calendes grecques, dans une téléologie pour classe d'examen cependant que, encore et toujours, le projet inconscient de l'humanité, pérenniser le réglement de comptes de l'homme avec l'homme, se manifeste dans cet équilibre de la terreur qui lui permet d'affirmer vouloir la paix c'est-à-dire préparer la guerre.
Il y aurait-il une primitivité pacifique, une société ayant opté pour les qualités de son statu quo et ayant donc renoncé à la création de nouveaux besoins (société "primitive" rêvée sans doute par les écologistes les plus enragés), sa destruction est inéluctable eu égard aux nécessités de l'organisation du commerce mondial.
La représentation est donc un nécessaire passe-temps de cette nouvelle aristocratie de fait constituée par les grands pourvoyeurs d'armement.
Jadis, la noblesse de la vieille Europe, qui fut duelliste et cavalière, pieuse et trucideuse, lorsqu'elle se trouvait désoeuvrée, prenait alors le goût des sciences, des fêtes et des spectacles. Elle cultiva ses jardins, ses théâtres, ses académies et parfois même ses perversions. Revinrent alors les masques, le rire ancien et le Chant du Bouc.
La bourgeoisie, singeant la noblesse, pour mieux, en des temps futurs, la supplanter, se piqua également de sciences et de techniques. Elle fit si bien que ses fils obtinrent le droit de recevoir eux aussi une éducation de qualité.
Quant au peuple, on l'occupe en le faisant travailler à la place des machines que l'on n'a pas encore inventées, et on lui octroie le droit de s'amuser aux divertissements que la bourgeoisie lui fabrique. Pour veiller au grain : le gendarme, le prêtre et le maître d'école, qui, en tant que représentants de l'ordre, de l'église, de l'institution scolaire sont certes contestés (la critique trouvant sa justification dans la représentation) mais répondent cependant toujours présents, sous une forme ou une autre.
On saupoudre tout cela de chansons à bons sentiments, d'indignations d'autant plus spectaculaires qu'elles sont télévisées, publiées, débattues ; on y ajoute de la charité bizness, des jeux à gratter, loteries incroyables, greluches à poil, démocratisation de l'enseignement supérieur, coupes du monde en tout genre, quinzaine du blanc et promotions diverses et, dans ce moins mauvais des mondes possibles, on a quelque chance de passer sa vie relativement tranquille en attendant que nos descendants aillent faire tonner le canon et s'entr'égorger pour du pétrole, le développement durable ou l'aide aux industries nécessiteuses.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mai 2008
01 février 2008
DISCUSSION AVEC UN AGREGE
DISCUSSION AVEC UN AGREGE
Cette semaine, j'ai eu l'occasion de discuter avec un collègue agrégé en histoire-géographie. Contrairement à beaucoup de ses corécipiendaires, il n'est pas trop fier et accepte donc de tailler la bavette avec l'infâme maître-auxiliaire que je suis.
Il n'en reste pas moins d'une naïveté confondante.
A mes remarques sur la relativité des jugements concernant le "niveau qui monte", il me fit observer que, certes, la presse écrite était en pleine déconfiture, mais qu'on ne prenait pas assez en compte le succès phénoménal des journaux gratuits.
J'en déduis donc que :
1) Le niveau de culture générale monterait à hauteur du contenu des quotidiens d'information gratuits.
2) Le niveau des finances baisserait quant à lui assez sérieusement pour que les consommateurs (pourtant plus éclairés que leurs aînés) renoncent à se payer Le Monde ou Libération.
3) Un niveau qui monte et des salaires en baisse : de quoi alimenter une crise sociale, ça, Madame !
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er février 2008
12 janvier 2008
DES SERVITEURS
DES SERVITEURS
"A mesure que le programme de l'instruction primaire est devenu plus vaste, la tâche du maître et sa dignité ont grandi d'autant" écrivait Ferdinand Buisson en 1888 (cf Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, articles "Instituteurs", éd. Hachette).
Certes.
Ce qui est frappant, en ce début de XXIème siècle, c'est que ce vaste champ des possibles pédagogiques, entrevu par Ferdinand Buisson, s'est généralisé à l'ensemble des filières, de la primaire à l'enseignement supérieur. Les missions de l'école ont pris aujourd'hui un tel caractère d'urgence sociale que le débat public (en particulier dans sa dimension médiatique) en a fait l'une de ses pâtées favorites, et bien des intellectuels se font une rente des livres que, réguliérement, ils se croient obligés de broder sur le motif.
Mais, cependant que l'on cause, que l'on glose, que l'on pousse à la réforme, à la contre-réforme, à l'archi-réforme, le prestige du professeur ne cesse de se dégrader, et il est de plus en plus souvent utilisé, non plus comme un spécialiste de sa matière, mais comme un agent administratif à qui l'on demande des comptes, que l'on place et déplace au gré des circulaires, des tendances, des mesures de carte scolaire.
Il n'est pas non plus douteux que la grande sottise démagogique de "l'enfant placé au coeur de l'école" a contribué à relativiser la légitimité du Maître au profit d'une administration de plus en plus sourcilleuse quant à ses prérogatives.
Ce n'est d'ailleurs pas avec les Maîtres que les ministères discutent mais avec leurs intendants (1) et leurs syndicats.
C'est ainsi que, petit à petit, circulaire après circulaire, mot d'ordre après mot d'ordre, l'on en arrive à une école non plus dispensiatrice de savoir, mais de réglementation, non plus productrice de culture, mais de politiquement correct, non plus révélatrice de science, mais de mensonges érigés en vérités. (2)
Notes :
(1) Lesquels, en ce qui concerne les chefs d'établissements, ont reçu une prime en fin de la défunte année 2007 pour les récompenser du "travail accompli". Assez vexants tout de même, ces quelques billets distribués et qui les entérinent dans leur rôle d'agent administratif, de bons serviteurs de l'Etat. En bref, le navire a beau faire eau de toute part, et a beau être patent, - en nombre d'emplois non pourvus et d'emplois déqualifiés -, l'échec d'une grande partie du système, cela ne change rien et l'on récompense la fidélité des cadres à une politique éducative de plus en plus, en l'état actuel des choses, boiteuse.
(2) Et où l'on "distribue le baccalauréat comme un droit de l'Homme" ai-je lu récemment dans un tract d'un syndicat de droite.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 janvier 2008
