BLOG LITTERAIRE

Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

18 avril 2007

AH ! TENSION...

AH ! TENSION...

Relevé sur le bloc-notes mensuel de Philippe Meirieu cette phrase intéressante à propos de l'actualité de l'éducation nationale :

"Et le malaise est là : moins dans le niveau qui baisse que dans la tension qui monte." (Philippe Meirieu, Education : contre le caprice mondialisé).

Certes, je suis assez d'accord avec le diagnostic, et il me semble à moi aussi que "la tension monte." Soyons clair : cette tension est si palpable que les pouvoirs publics font tout pour favoriser l'apprentissage et le développement des C.F.A (Centres de Formation des Apprentis) de manière à vider peu à peu les Lycées Professionnels d'une population d'élèves qui, dans les prochaines années, risque d'entrer en conflit ouvert avec l'institution puisque celle-ci ne remplit plus tout à fait son rôle initial : préparer les élèves à l'exercice d'un métier. (1)

En cela, je suis donc d'accord avec Meirieu sur cette montée des périls. D'autre part, cette histoire de "niveau qui baisse" me laisse souvent rêveur. En effet, de quoi parle-t-on quand on parle de "niveau qui baisse" ? Il y a dans cette formule un air de nostalgie qui me semble trompeur quant à l'appréciation du niveau dit de "culture générale". Maintenant, comme il y a trente ans, et je soupçonne que cela ne date pas d'hier mais aussi d'avant-hier, l'étude de Racine, de Corneille, des règles de la grammaire latine, et tutti quanti, barbe toujours autant les gamins des Collèges et des Lycées, et si l'on s'imagine que c'est avec plaisir que les mômes, cinq jours par semaine, se tirent de leur lit douillet pour faire parfois jusqu'à trois quarts d'heure de bus et s'aller poser le derrière sur une chaise afin d'écouter toute la sainte journée la bonne parole d'un fonctionnaire plus ou moins convaincu, plus ou moins efficace, ce qu'on se goure...

Donc, quant au niveau dit de "culture générale", je ne pense pas qu'il baisse, puisque, à mon avis, il n'a jamais été tellement élevé (au regard des critères actuels et de la naïveté des théoriciens de la pédagogie) et si nous avons l'impression que les gens font plus de fautes d'orthographe qu'avant, c'est sans doute aussi parce que beaucoup, autrefois, il n'y a pas si longtemps, - du temps où la France était encore une grande nation industrielle autant qu'agricole -, n'avaient pas tant que ça l'occasion de produire de l'écrit ; après tout, on ne leur demandait guère autre chose que d'être de simples exécutants. (2)
Maintenant, évidemment, c'est autre chose puisque, par exemple, pour exercer le métier d'agent d'entretien (femme de ménage), il faut au minimum deux ans d'études (BEP) suivi d'un Bac Professionnel (deux ans encore) : ce qui nous mène à quatre ans d'études pour prétendre savoir manier correctement brosse, balai et serpillière... Alors, du coup, c'est sûr, qu'en quatre ans, on a l'occasion de s'en rendre compte, des difficultés d'apprentissage dit "général". Il y a quelques jours encore, j'ai constaté, ayant eu à prendre une charge une classe qui n'était pas la mienne, que des élèves de deuxième année de BEP, semblaient, - à quelques semaines de l'examen -, peiner sur la simple reconnaissance d'un monologue de théâtre. Leur professeur de français est pourtant l'un des meilleurs que j'ai jamais pu croiser depuis treize ans que j'enseigne. Ce n'est pas ici le pédagogue qui est en question, mais la très grande faculté d'oubli des élèves quant au contenu des cours dits "d'enseignement général".

Mais si l'on évoque le niveau de spécialisation des élèves, alors là, je pense que, oui, effectivement, le niveau baisse. Autrement dit, si le niveau de culture générale des générations, quelle que soit la manière dont on s'y prenne, ne monte que fort peu (Cauet a remplacé Guy Lux, mais c'est toujours la même daube), par contre, l'aptitude des élèves à exercer une fonction sociale (un métier) semble dangereusement baisser en qualité. J'en veux pour preuve le nombre très élevé d'emplois non pourvus (300 000 dit-on) dans le bâtiment, l'hôtellerie, la restauration, et d'une manière plus générale, dans les emplois dits "de service"... alors que, dans le même temps, des titulaires de certains diplômes, dits universitaires, se retrouvent caissière à Carrefour, manutentionnaire à Auchan, ou chargé de clientèle dans un centre d'appel... (3)

Je donne donc, pour le coup, raison à Philippe Meirieu. Cependant, je reste sceptique quant aux responsabilités que notre grand théoricien attribue au néo-libéralisme dans lequel, il est vrai, nous pataugeons, - avec une certaine amertume d'ailleurs -, et il est à constater que si Nicolas Sarkozy finit par être élu Président de notre République, rarement un candidat aura été choisi avec tant de dépit, de rancoeur même, comme si les Français n'avaient guère d'autre choix qu'un Président par défaut.
Pour ce qui est de cette société marchande responsable de la plupart des maux de notre éducation nationale, je cite Meirieu : "Or, ce qui fait crise aujourd’hui, c’est que la machinerie sociale tout entière, loin de fournir des points d’appui à l’enfant pour se dégager de l’infantile, répercute à l’infini le principe dont l’éducation doit justement lui apprendre à se dégager : « Tes pulsions sont des ordres ». Ainsi « la pulsion d’achat » devient-elle le moteur de notre développement économique. La publicité court-circuite toute réflexion et exalte le passage à l’acte immédiat. La télévision zappe plus vite que les téléspectateurs pour les scotcher à l’écran et les empêcher de passer sur une autre chaîne. Le téléphone portable réduit les relations humaines à la gestion de l’injonction immédiate. Ce n’est pas un complot – celui de soixante-huitards qui auraient décidé de saboter l’instruction du peuple - , c’est une conspiration : tout « respire ensemble » et susurre à l’oreille des enfants et adolescents : « maintenant, tout de suite, à n’importe quel prix… » (Philippe Meirieu, Education : contre le caprice mondialisé).

Brillant certes, et assez vrai... Mais, soyons sérieux : Est-ce que tout cela est si nouveau ? Dans ce Nord-Pas-de-Calais où je suis né et que je n'ai jamais quitté, on sait bien que l'on a toujours beaucoup consommé d'alcool, et l'on en consommait jadis beaucoup plus que maintenant ; c'est que le travail à l'usine et dans les mines était âpre, les hivers froids et les perspectives d'autre chose limitées... Les gens d'hier n'étaient pas plus vertueux ou raisonnables que ceux d'aujourd'hui : on se battait parfois dans les bistrots ; il y avait aussi des rixes dans les bals de village, parfois même des morts.
Ceux dont la condition s'améliorait sacrifiaient aussi à ce "maintenant, tout de suite, à n'importe quel prix..." de la consommation : ils s'achetaient des caravanes, partaient en vacances dès qu'ils le pouvaient (ah ! les années 70 et leurs vacances en Espagne...), vivaient dans ces "choses" dont Georges Perec a, dès les années 60, tant parlé. Alors, oui, bien sûr, les tentations sont infiniment plus nombreuses aujourd'hui, l'offre plus importante, plus variée, et l'on ne cesse de créer de nouveaux besoins (téléphone portable, lecteur MP3, bidulerie technologique Made in Japan et dont le principal avantage est de donner du travail à des centaines de milliers de personnes à travers le monde...) ; alors, oui, bien sûr, les Ouvriers Spécialisés ont disparu, remplacés par des automates, et les industries se délocalisant, beaucoup de salariés se retrouvent sur le carreau ; alors, oui, bien sûr, le pouvoir d'achat des ménages tend à rétrécir comme peau de chagrin alors même que, nous dit-on à la radio, il n'y a jamais eu autant de "riches" en France et que la Bourse ne cesse de battre des records... Alors, oui, bien sûr, cela ne peut que créer des tensions, cela ne peut que faire monter cette tension que, comme vous, Philippe Meirieu, je perçois... Mais je ne pense pas que le but de l'école soit d'affronter cette société libérale que vous semblez détester ; je ne pense pas que l'école doive prendre parti et s'engager dans je ne sais quelle lutte anti-libérale ou anti-consummériste aussi illusoire qu'idéologique tant il me semble clair que le but de l'école n'est pas de "changer la société" (quelle prétention !) mais, plus humblement, - et ce n'est pourtant pas si facile -, de préparer les élèves à déjouer les pièges que la vie sociale ne manquera pas de leur tendre, de préparer les élèves à s'insérer dans un monde qui, de toute façon, n'a besoin d'eux que parce qu'ils y exerceront une fonction.

Notes : (1) Les pouvoirs publics ne se donnent plus la peine d'organiser des campagnes publicitaires en faveur des Lycées Professionnels tandis que l'on multiplie les spots vantant les mérites de l'apprentissage.
(2) Par ailleurs, on les incitait aussi à se reproduire et à élever des mômes qui, croyait-on, seraient autant de bras pour l'industrie triomphante et l'agriculture prospère...
(3) Où le niveau de culture générale est parfois plus élevé chez les salariés "de base" que chez leurs superviseurs et autres supérieurs hiérarchiques directs...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 avril 2007
 

 

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23 mars 2007

HOUZEAU SE PREND POUR SOCRATE !

HOUZEAU SE PREND POUR SOCRATE !

Ah ! mais vous verrez qu'ils finiront bien par me le faire boire, leur bol de cigüe !

J'ai quelque peu hésité à faire de ce commentaire grotesque et gnangnan le sujet d'un article, mais, après tout, j'ai trop souffert de la morgue des princes titulaires de l'Education Nationale pour ne pas les brocarder quand ils viennent me chercher, les sots auxquels je n'ai rien demandé et qui furent bien souvent bien contents de m'avoir, le remplaçant, le Maître Auxiliaire sous-payé, quand ils tombaient malades ou que ça n'allait plus, mais alors là, plus du tout !

Donc, voilà, le commentaire d'une "Enseignante" à propos de mes notes de lecture, - parfois farfelues certes mais revendiquées comme telles, assumées, et pas qu'un peu, mon neveu ! -, de la scène 4 de l'Acte I d'Andromaque de Racine :

"Encore un passage que je ne pourrai pas donner à étudier puisque les élèves se précipiteront pour recopier bêtement les éléments de réponse que propose ce blog.
Ce genre de site pourrit la vie des enseignants et le rôle pédagogique de la littérature qui consiste avant tout à réfléchir par soi-même.
Pourquoi ne pas faire cours soi-même si l'on veut tant se rendre utile ? La frustration des personnes qui tiennent ce type de blog ne devrait pas nuire à ceux qui font déjà leur maximum pour l'autonomie de nos chères têtes blondes !

Posté par Enseignante, 23 mars 2007 à 16:54"

Etonnant, n'est-il pas de la part de quelqu'un qui, sans doute, se veut démocrate ?

En tout cas, voici ma réponse à Madame :

SERIEZ-VOUS STALINIENNE ?

Madame,

je suis enseignant moi-même, figurez-vous, et elle m'a chagriné et mis en colère, votre prise de position qui me semble pour le moins corporatiste (les enseignants, surtout ceux des lycées généraux, tiennent tellement à leur statut social qu'ils se donnent facilement l'impression de jouer un rôle réellement efficace, quitte à attirer dans leurs classes certains élèves qui, dans les Lycées Professionnels, ou les CFA, apprendraient
au moins un métier).
D'autre part, Madame, Racine ne vous appartient pas et votre message - même pas signé, quel courage ! - est d'une grande prétention qui prétend soumettre l'auteur de Phèdre aux quatre murs d'une salle de classe ; Racine ne vous appartient pas, pas plus que Villon, Sartre ou Camus, cette littérature, à laquelle beaucoup de vos semblables ont cru bon d'assigner un, - comment dites-vous ?- un "rôle pédagogique" au service d'un humanisme "pastoraliste", une gauche de fonctionnaires béats et pleins d'une bonne conscience qui, parce que cette bonne conscience est tout simplement puante, ont fait de moi un homme de droite.
Enfin, vous qui croyez sans doute servir la Culture, pensez-vous
que c'est en empêchant les gens d'écrire ce qui bon leur semble que vous "servirez" réellement !
Pour en terminer avec vous, si vos élèves n'ont pas plus de sens critique que ça, interrogez-vous plutôt, Madame, sur votre pratique et, parce que, comme
vous, je suis enseignant, je vous invite à ne pas tant vous prendre au sérieux !
Pour ma part, je n'ai pas la prétention de détenir la Vérité sur un texte, et me permets de vous rappeler que tout cela n'est jamais que littérature, c'est-à-dire un luxe et un amusement sérieux, une distraction tragique si vous voulez, mais rien à côté des grands massacres, des grandes flaques de sang qui sont le vrai quotidien de notre planète ; mais je m'arrête là car je pense que votre compréhension n'en pourra guère supporter plus.

En omettant de vous saluer, comme il se doit à un méchant homme de ma sorte,

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 mars 2007

Posté par PATRICE HOUZEAU, 23 mars 2007 à 18:07

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26 février 2007

TROIS ANS DE PERDUS

TROIS ANS DE PERDUS

Avec l'école, ce qui a de bien, c'est que l'on trouve facilement dans la société civile de quoi illustrer ses défauts, à la grande machine à raconter des sottises aux jeunes gens.
Aujourd'hui, je me suis enfin décidé à me faire rafraîchir les cheveux.
Dans les salons de coiffure, maintenant, c'est mixte, - fini le coiffeur viril qui vous tranchait la chevelure, gauloise au bec, tout en commentant le Tour de France ou les divers championnats de football -, de nos jours, c'est le règne gracieux de l'apprentie, de la shampouineuse, de la jeune fille aux ciseaux.
Donc, en voilà une, souriante, affairée, polie, et comme les sujets de conversation, dans les salons de coiffure, finissent rapidement par passer la haie du y a plus de saison, et faudrait pas s'étonner qu'on ait des gelées en mars pour en venir au et vous travaillez dans quoi, si ce n'est pas indiscret, voilà mon Houzeau relançant son monologue persistant sur la dévalorisation des Lycées Professionnels et l'hypocrisie de pas mal de têtes pensantes du pédagogisme dans cette affaire.
En règle générale, les gens qui travaillent dans le privé me donnent raison, - tandis que la plupart des fonctionnaires ne s'autorisent pas à avoir un avis, puisque, après tout, ils ne sont pas payés pour penser, mais pour contrôler, comme chacun sait -. Travaillant dans le privé, la coiffeuse me donne raison et me conte la navrance suivante (je cite de mémoire) :
"C'est comme moi, vous savez, à la fin de ma troisième, je voulais faire un CAP coiffure. Dans mon collège, mes profs m'ont dit non, tu as une trop bonne moyenne, tu ne vas quand même pas aller dans un Lycée Professionnel, tu vas faire une Seconde générale !"
On n'est pas toujours sûr de soi quand on se dandine sur ses quinze ans. Voilà notre demoiselle dans un Lycée à entamer des études générales dont on sait quand elles commencent, mais, quant à leur fin, c'est une autre paire de palmes (académiques, bien sûr).
"J'ai donc passé mon bac, puis ensuite, comme je n'avais pas envie d'aller à l'université, j'ai donc, en fin de compte, passé un CAP coiffure.
- Ah oui ! fis-je, vous avez donc perdu trois ans !
- Et encore, j'ai eu de la chance de trouver une formation privée car impossible de s'inscrire dans un Lycée public, "trop vieille" qu'ils disaient, et même, pour certains patrons, j'étais "trop vieille" pour commencer !"
Chers collègues des collèges qui oeuvrez si efficacement pour que les Lycées Professionnels se vident de leurs forces vives et que les Universités se remplissent d'à peu près étudiants, chers "démocrates de l'enseignement supérieur et de la culture", je vous le demande, entre nous : dormez-vous contents ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 février 2007

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24 février 2007

OH ET APRES TOUT JE SUIS PROF !

OH ET APRES TOUT JE SUIS PROF...

Vendredi 23 février 2007.
"Vous êtes un bon prof" m'a dit, cette semaine, un de mes élèves (et pas des plus calmes ; un de mes chers collègues titulaires m'a dit de lui ce matin que c'était "un con"  - sic !-, cet élève ; ce qui m'a amusé car, à mon avis, il est loin de se douter à quel point le gamin est malin et habile quand il s'agit de se trouver un petit boulot à faire).
"Vous avez une bonne pédagogie avec les élèves " (je cite tel quel) m'a dit aujourd'hui un élève-infirmier en stage dans l'établissement où le Rectorat a eu l'obligeance de m'affecter.
C'est qu'il a été étonné de me voir travailler en salle informatique avec mes Bio-services et courir d'un poste à l'autre pour expliquer un rythme ternaire chez Racine, un présent de vérité générale chez Rousseau, un vertige de Le Clezio...
Dans les deux cas, j'ai souri.
Ils ne peuvent pas s'imaginer, je pense, que, chaque matin (sauf le jeudi où je ne travaille pas), j'arrive au Lycée en me répétant, dans ma caboche chevelue (il faut que j'aille me faire couper les cheveux, c'est plus possible !) : "Je suis nul à chier, nul à chier, nul à chier."

Cette après-midi encore : "Monsieur, vous êtes un mélancolique !" qu'il m'a dit comme ça, l'élève. Ce qui, à vrai dire, m'a laissé songeur.

L'élève était de mauvaise humeur.
Moi aussi (je n'arrivais pas à mettre la main sur un document que je voulais utiliser dans l'heure ; eh oui, toujours aussi organisé, le Houzeau !).
L'élève souligne sa mauvaise humeur en s'installant au fond, désertant le premier rang, me laissant avec une chaise vide devant le bureau.
Au moindre motif, petite friction, quelques mots acides et regards noirs.
Elle quitte mon cours sans répondre à mon au revoir.
Dix minutes plus tard, elle revient :
- "Monsieur, vous voulez bien me donner le carnet d'appel, je l'ai oublié."
Je lui tends.  Elle me remercie, me sourit.
- "Alors, ça va mieux ?
- Oui " dit-elle (avec mouvement de tête et semi-rotation vers la sortie). Elle ajoute :"Excusez-moi pour tout à l'heure, j'étais pas bien."
J'ai vu que j'lui dis. Vous avez des soucis ? que j'lui dis encore. Oui qu'elle fait. Ah bah ! Allez, c'est les vacances dans une heure. Oui qu'elle fait encore en souriant et passant la porte. Un peu amusé, je la regarde partir, l'élève qui a des difficultés, l'élève qui voudrait tout apprendre par coeur et qui ne retient rien, l'élève pas franchement donnée favorite pour le sprint final de l'examen, l'élève qui a été malheureuse, qui se donne des airs de petite demoiselle parfois, mais qui, quand elle rit, a l'un de ces rires évocateurs des rues pavées et chargées de pluie de Saint-Omer que, forcément, l'on n'est pas dupe, l'on ne peut pas être dupe.
Dans le couloir, très sonore : "Bonnes vacances, Monsieur !" lance-t-elle à toutes les portes ouvertes où mes collègues enfoncent le clou, comme il se doit.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 février 2007

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28 janvier 2007

VOUS REPRENDREZ BIEN UNE LOUCHE DE MEIRIEU

VOUS REPRENDREZ BIEN UNE LOUCHE DE MEIRIEU ?

Sur France Inter, aujourd'hui dimanche 28 janvier 2007, dans l'émission - que j'ai d'ailleurs prise en cours de route, ayant autre chose à faire -, dans l'émission d'Anne Sinclair "Libre Cours" donc, en direct live, Philippe Meirieu pour la promotion de son nouvel opus.
Chouette ! me suis-je dit, je vais pouvoir me payer sa tête une fois de plus !
Ah oui mais non !
C'est qu'il est fort à l'oral, le Meirieu, fougueux, la parole aisée, le verbe prompt à l'esquive, tout ça dans une sorte de ferme bonhomie qui me fait penser à mon banquier quand il me refuse un prêt.
Bon, il a dit deux trois choses intéressantes quand même, notamment lorsqu'il a considéré fort justement que cela relevait de la "pensée magique" de croire que les élèves, lorsqu'ils quittaient la cour de récréation, et donc leurs préoccupations d'enfants et d'adolescents, pouvaient sans remous, sans "rituel", se plonger dès les premières minutes du cours dans Madame Bovary ou le Théorème de Thalès.
C'est très juste, je l'ai souvent constaté ça, que certains élèves, n'ayant pas fini de régler leurs petites affaires, - voir remplir les obligations induites par l'organisation de leur petit commerce parallèle -, avaient du mal à se concentrer tout de suite sur les différences entre récit et discours ou la situation d'énonciation d'un discours de Ségolène Royal (c'est pourtant facile : Qui ? Ségolène. A qui ? A ceux qui sont là pour l'applaudir bêtement. Où ? N'importe où. Quand ? pendant la campagne électorale, sinon personne ne l'écouterait. De quoi ? euh... ? Dans quel but ? Faire croire aux gogos qu'il existe encore une gauche en France.)

Ceci dit, j'ai quand même relevé quelques sottises dans la parlote à Meirieu, et l'une d'elles est d'autant plus pernicieuse qu'elle pourrait apparaître consensuelle et ne mangeant guère de pain :
- Il proposerait, le grand théoricien, d'introduire dans le volume horaire des élèves une (ou deux) heures d'éducation artistique. Ah ! tiens ? Je croyais que ça existait déjà ! Ils sont si nuls que ça, les professeurs d'arts appliqués ?
Bon, d'accord, je suis de mauvaise foi; on comprend bien ce qu'il a voulu dire par "éducation artistique" : il veut parler, bien sûr, d'éventuelles visites de musées, de séances obligatoires de Molière joué et/ou revisité par quelque jeune et dynamique troupe de théâtre de province plus ou moins subventionnée, de visionnages de films des frères Dardenne (lequel est "La Faucille" ? lequel est "Le Marteau" ?) et autres choses amusantes, diversifiantes et absolument instrumentalisées.
Ah bah ! pourquoi pas ? Et même que ça existe déjà : les établissements scolaires regorgent de professeurs qui multiplient les projets plus ou moins "artistiques". Et même qu'ils sont parfois palmés pour ça, figurez-vous.
Mais là où la cocasserie inhérente au bonhomme  remonte à la surface, c'est lorsqu'il balance, sans rire, que ces heures d'éducation artistique doivent être intégrées dans les horaires des Lycées Professionnels et des CFA (Centres de Formation des Apprentis).
Fichtre et syndicalisme ! Moi, je veux bien, à condition que l'on se décide, comme je l'appelle de mes voeux, à ouvrir dans les Lycées Professionnels des sections préparant aux métiers artistiques (métiers liés à l'audiovisuel, métiers des Arts du Spectacle, etc...) Alors là, au contraire, j'applaudirai de toutes mes mains si demain je vois s'ouvrir des établissements préparant des élèves à un Bac Pro mention "Métiers du Théâtre" par exemple.
Mais s'il faut ajouter à des programmes d'enseignement général déjà par trop encombrés d'inutilités flagrantes (un chaudronnier ou une employée de restaurant de collectivité ont-ils réellement besoin de savoir qui était Garibaldi ?), s'il faut ajouter donc à tant d'heures qui ne servent qu'à justifier des augmentations d'impôts, des heures à prétention artistique, où va-t-on trouver le temps de former efficacement de futurs professionnels à l'exercice de leur profession ?
Là où la proposition est absolument risible et déplacée, c'est lorsqu'elle vise les CFA.
Bin oui, les CFA, c'est la réponse aux carences du Lycée Professionnel.
Puisque les lycées se montrent trop souvent incapables de fournir la main d'oeuvre nécessaire  - il y aurait tout de même 300 000 emplois non pourvus en France ! (1) -, notre société libérale a réagi en créant les CFA qui redonnent aux élèves la possibilité d'apprendre réellement leur métier en alternant séquences de cours théoriques et périodes de formation en entreprise.
Du coup, si par je ne sais quelle aberration, on laisse entrer les heures "d'éducation artistique" là où elles n'ont rien à faire, - à mon avis, un électricien peut parfaitement vivre heureux sans savoir qui était Yves Klein ou même Goya -, il ne se passera plus beaucoup de temps avant que les professionnels du syndicalisme enseignant n'organisent des grèves et autres mouvements de mauvaise humeur afin que l'on ouvre des postes aux concours,  et donc que l'on crèe des heures de cours d'enseignement général à l'intention des apprentis, et c'est ainsi que les CFA perdront leur âme et leur raison d'être.

Bref, et pour conclure, le Grand Homme, une fois de plus, ne m'a pas déçu ! Et c'est tout de même agréable pour un persifleur de ma sorte d'avoir, et cela très régulièrement, quelques réfexions de Meirieu à se mettre sous la dent.

(1) Heureusement qu'il y a les Polonais, les Bulgares et les Roumains, et même les Chinois ! Si, si, regardez bien autour de vous !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 janvier 2007
   

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30 octobre 2006

NOTULE SUR LA LECTURE GLOBALE

NOTULE SUR LA LECTURE GLOBALE

    On sait que nous, les adversaires des pédagogistes, sommes contre la lecture globale.
A vrai dire, jusqu’ici, je m’en tamponnais le coquillard avec une bonne conscience d’inspecteur d’académie, de la lecture globale.

    Je savais vaguement qu’il s’agissait d’une méthode qui consistait à faire reconnaître aux élèves la « forme » d’un mot, à arriver donc à une lecture synthétique en quelque sorte qui s’opposait au déchiffrage analytique induit par la méthode traditionnelle dite « syllabique ».

    Que l’on fasse l’économie de l’analyse pour passer directement à la synthèse m’étonnait un peu, mais comme la plupart de mes élèves jusqu’à il y a deux ou trois ans avaient été initiés à la lecture par des instituteurs chevronnés et assez habiles pour dire amen à leur inspecteur, lui donner le change le temps d’une inspection et cependant, une fois que l’inutile à diplômes eut disparu, assez expérimentés pour continuer à travailler comme ils l’avaient toujours fait, -c’est-à-dire en ne tenant pas compte de Meirieu et de ses merveilleuses inepties -, eh bien, ma foi, mis à part les habituels problèmes des élèves en grande difficulté, ils ne se débrouillaient pas si mal, mes chaudronniers et mes agents de service.

    Mais vint le temps des « professeurs des écoles », ces jeunes recrues formatées par les IUFM à la solde des pédagogistes et des théoriciens des prétendues "sciences de l’éducation".

    Du coup, les instituteurs partant en retraite, mes élèves actuels ont été formés par ces fameux « professeurs des écoles » si dociles et bien appris.

    Fatalitas ! Je n’ai jamais vu autant d’élèves de Lycée Professionnel en difficulté dans ce qui constitue pourtant le minimum requis pour suivre un cours, la maîtrise de la lecture.

    Ah ! Vous m’en direz de la reconnaissance de la forme, les voilà qui racourcissent les mots, les gamins, puisque reconnaissant la forme « champion » ou « camion » dans le mot « champignon », ils en viennent à lire : « Nous sommes allés cueillir des champions » ou « il faut s’assurer de la comestibilité des camions avant de les consommer » ou encore « Ségolène nous avait préparé une délicieuse poêlée de lampions, avec de l’ail et des lardons. »

Comment voulez-vous qu’ils comprennent les énoncés d’exercices après ça ?

    Autre chose : on se souvient que sur son blog, l’ineffable Philippe Meirieu avait considéré qu’il était exagéré de parler d’émeutes à propos des troubles dans les banlieues de l’automne 2005. S’il n’a pas changé d’avis, je lui suggère d’aller exposer ses théories à la famille de l’étudiante sénégalaise qui se trouve actuellement entre la vie et la mort après avoir été brûlée à plus de 60% dans un bus auquel des salopards cagoulés ont flanqué le feu, à Marseille, samedi dernier (28 octobre 2006). Sans nul doute, elles ne manqueront pas de susciter l’intérêt des personnes concernées.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 octobre 2006

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01 octobre 2006

POUR EN FINIR AVEC PHILIPPE MEIRIEU

POUR EN FINIR AVEC PHILIPPE MEIRIEU

Vu ce soir, dimanche 1er octobre 2006, sur France 2, un reportage édifiant !
Figurez-vous, qu'excédés par le mensonge organisé sur le niveau réel des élèves, quelques instituteurs (gloire à eux qui se parent encore de ce titre méritoire au lieu du boursouflé "professeur des écoles" qui  fait rire plus d'un âne), quelques instituteurs lucides et courageux ont décidé, en ce qui concerne l'orthographe et la grammaire, d'y revenir, à l'enseignement traditionnel, celui des dictées et des règles à apprendre, celui des leçons au lieu des pédagogies modernistes dont l'illustre Philippe Meirieu et tous ses cireurs de pompes se sont fait une rente.
Cela se passe à Roncq, dans ce Nord qui a bien besoin, en effet, que l'on revienne à la réalité après les mensonges et les menées de certains syndicats.
L'institutrice - décidément, quel beau mot ! -   s'appelle Françoise Candelier et ce qu'elle dit dans l'interview qui lui est consacrée pourrait en étonner plus d'un : elle montre d'abord le bulletin scolaire d'une élève arrivée d'une autre école, une de ces écoles où le structuralo-marxisme et la pédagogie à la Meirieu ont laissé des traces. Pas de notes sur ce bulletin (pour ne pas traumatiser l'enfant sans doute, ou pour mieux berner les parents) mais des couleurs, des petits points verts ou rouges ou de la couleur des oranges encore (comme si l'école était un jeu télévisé). Sur ce bulletin, il y a ainsi une dominante verte, ce qui tendrait à faire croire que l'enfant est en situation de réussite...
Et pourtant, à la première dictée donnée par Françoise Candelier, le nombre de fautes, non seulement d'orthographe d'usage mais aussi de syntaxe, est si élevé que, visiblement, l'on a affaire non pas à une élève qui apprend mais au contraire à une enfant qui commence sa scolarité par un gros mensonge sur ses acquis réels.
Eh oui, on ment aux enfants, on ment aux parents en leur faisant croire que le niveau moyen tend à monter alors qu'il baisse, croyez-moi, régulièrement.

Françoise Candelier explique ensuite que les méthodes dites modernes de la pédagogie sont particulièrement inefficaces en ce qui concerne l'enseignement de l'orthographe et de la grammaire.
Elle cite un exemple.
Prenons la phrase: "Le chat mange la souris".
Traditionnellement, à l'élève à qui l'on voulait faire découvrir le sujet du verbe "manger" dans cette phrase, on posait la question suivante :
"Qui mange la souris ?" (Variante à l'oral : "Qui est-ce qui... ?").
Cela marchait très bien, et la plupart des gamins et gamines finissait par bien se débrouiller dans la reconnaissance des sujets grammaticaux des phrases simples et complexes.
Oui, mais voilà... Entre-temps, il y a eu les progrès fulgurants de la linguistique, - progrès indéniables et fort utiles dans le domaine de la recherche de haut niveau mais très souvent inutiles et inappliquables en ce qui concerne l'enseignement des fondamentaux.
Comme tout le monde ne peut pas être un grand linguiste qui passe chez Bernard Pivot et/ou qui enseigne à l'étranger, il n'a pas manqué de zélateurs laborieux pour tenter de se faire un nom en utilisant, en récupérant les découvertes des linguistes et des prétendus spécialistes en "sciences de l'éducation". Ce genre de génie visionnaire est très courant dans les rangs des fonctionnaires
de l'éducation nationale (s'ils travaillaient dans le privé, ils n'auraient jamais osé commettre de bourdesques récupérations pareilles, et s'ils les avaient faites tout de même, cela fait longtemps qu'ils auraient perdu leur place !).
Du coup, il a été interdit, ou très fortement déconseillé sous peine de mauvaise notation administrative sans doute, d'utiliser la question traditionnelle "qui est-ce qui fait l'action de... ?" puisque, n'est-ce pas, les élèves étaient censés faire une "enquête" sur l'identité de l'actant.
Une "enquête" ! C'est-t-y pas beau, ça ! C'est-y pas structurant ! C'est-t-y pas moderne et environnant, ça ! dirai-je en parodiant André Pousse et Michel Audiard.
Pas question, évidemment, dès lors que l'on fait des enquêtes (cela s'appelle la "méthode inductive" savez-vous, et c'est stupide !), pas question de s'abaisser à faire apprendre bêtement des leçons aux élèves ou à leur faire faire des batteries d'exercices assez répétitifs pour qu'ils puissent acquérir les automatismes (les connections neuronales, ce qui semble manquer souvent chez certains pédagogistes) nécessaires à la maîtrise de la langue : nous sommes d'un autre monde, nous, les rénovateurs, les pédagogistes et ne saurions cautionner des méthodes si rétrogrades...
Le problème, mes chers grands loups pédagogistes, c'est que ces méthodes sur lesquelles vous avez tant craché, ces méthodes traditionnelles (la lecture syllabique en est un autre exemple fameux) ont fait leurs preuves (et apparemment, les élèves de Françoise Candelier progressent, eux !) alors que, pour l'instant, nous ne pouvons que constater l'échec cuisant de bien des initiatives "inductives", "globales" et d'autres
encore et des bien sociétales.
Je n'irai pas jusqu'à dire que certains meneurs pédagogistes devraient être jugés pour "haute trahison" (puisqu'ils ont contribué à l'analphabétisation d'une partie de la société française) mais personne, - pas même ceux qui, m'a-t-on récemment rapporté, sont indisposés par mes discours libéraux et favorables au développement de l'apprentissage et  commencent à s'agiter dans mon dos - , je dis bien personne ne pourra m'empêcher de me poser des questions sur les objectifs réels des pédagogistes en général et de Philippe Meirieu en particulier.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er octobre 2006

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01 août 2006

Et on a vraiment besoin de tout ça pour former un maçon ?

ET ON A VRAIMENT BESOIN DE TOUT ÇA POUR FORMER UN MAÇON ?

Allez, je ne résiste pas au plaisir de citer encore une fois l'homme emblématique de la rénovation du système éducatif français, l'idéaliste subventionné, le lyrique pédagogue, le trop efficace Philippe Meirieu dans ses oeuvres :

À mes yeux, cette école obligatoire doit permettre à tous les enfants, sans exception (1), d'acquérir « les fondamentaux de la citoyenneté » (2). Nous ne pouvons pas nous permettre de renoncer à cette ambition, difficile mais essentielle politiquement, de mener tous les enfants de France vers les connaissances, les savoirs, les compétences et les capacités qui leur permettront d'exercer leur pouvoir de citoyen : comprendre l'environnement naturel (3), humain et institutionnel dans lequel ils vivront, communiquer avec leurs semblables et participer aux débats démocratiques, s'insérer professionnellement (4) et être capables d'avoir une vie personnelle équilibrée (5), agir avec discernement dans les situations largement imprévisibles qu'ils vont rencontrer (6), échapper à toutes les formes d'emprise sur les esprits et d'aliénation de leur liberté, au profit des sectes (7), des marques (8), de la norme télévisuelle (9), des bandes, clans et tribus de toutes sortes. Bref, conformément à la maxime de Kant définissant les Lumières : «  Sapere aude  », « Ose penser par toi-même » (11). (Philippe Meirieu, , http://www.meirieu.com/DICTIONNAIRE/missionsdelecole.html).


NOTES :
-

(1) Don Philippe contre les moulins à vent ! Le principe de base de l'école républicaine est de s'adresser à tous et n'a pas attendu les pédagogistes pour lutter contre l'exclusion !
(2) "Les fondamentaux de la citoyenneté" : c'est joli et plaisant à dire en cours ou en conseil d'enseignement mais est-ce bien le travail du professeur que de se mêler de cette notion de "citoyenneté" ? J'entends bien que les cours d'instruction civique sont nécessaires afin que les futurs électeurs que sont les élèves comprennent comment fonctionne la nation mais la notion de "fondamentaux de la citoyenneté" me laisse songeur tant elle donne à penser que le pédagogue pourrait ainsi relayer un "politiquement correct", une vision idéaliste des rapports humains qui tiendrait plus de je ne sais quelle évangélisation sociale (Je vous annonce la Bonne Nouvelle : Lionel Jospin est parmi nous !) que de la prise en compte de l'âpreté inéluctable - et d'ailleurs nécessaire (la vie est de toute façon une lutte, mon cher Philippe, et pas un chantier de jeunesse !) - âpreté donc dans laquelle beaucoup de nos concitoyens se débattent.
(3) Une formation à l'écologie ? A la théorie des climats ? Aux enjeux de l'industrie agro-alimentaire ? Eh bien ! il me semble que tout cela fait partie des programmes, non ?
(4) Euh ? C'est quand même l'objectif numéro 1 de l'école : préparer chaque élève à un métier pour qu'il puisse vivre dignement et nourrir son chien, ses chats et son poisson rouge en coûtant le moins de sous possible à l'Etat, c'est-à-dire aux contribuables. A force de penser dans les hautes sphères des prétendues "Sciences de l'Education", on finit parfois par perdre de vue l'essentiel...
(5) Et si le dit citoyen n'en veut pas de cette "vie personnelle équilibrée" (c'est fou ce que ce genre d'expression sent son infirmière scolaire à deux pas et son psychologue à deux sous !) ; s'il préfère boire de la bière en regardant Johnny et Drucker à la télé, avoir cinq ou six maîtresses, feuilleter Playboy en se grattant les genoux, qu'est-ce que ça peut bien leur fiche, aux pédagogues ? En quoi ça les regarde ?
(6) Quand on lit Meirieu, on a souvent l'impression qu'avant sa venue sur terre, les instituteurs, certifiés, agrégés et enseignants non titulaires n'étaient que d'aimables zozos qui passaient leur temps à faire copier des poèmes de François Coppée ou de Paul Fort ainsi que les noms des fleuves et des monts de notre Douce France, les tables de multiplication et les étranges règles d'une syntaxe si merveilleusement illustrée par Maurice Genevoix et l'Académie sans se soucier du développement de l'esprit critique de leurs ouailles. Heureusement, le Grand Meirieu est arrivé et depuis, n'est-ce-pas, tout va mieux !
(7) Par définition, un professeur qui se respecte est contre toute forme d'embrigadement. Ce n'est pas une découverte et bien entendu que les élèves doivent être mis en garde contre le danger des sectes. Ceci dit, je me souviens aussi de certains professeurs un peu trop à gauche qui, dans les années 80 encore, tentaient de nous "inciter à penser" que les pays communistes, c'était pas si mal que ça tandis que les jours du capitalisme américain étaient comptés !
(8) De quoi que j'me mêle ? Chacun est libre de s'habiller comme il le veut ! De plus, cette question relève de la sphère privée et donc de l'autorité parentale.
(9) Il insiste ! Mais, - nom d'un Schtroumpf ! -, au nom de quelle transcendance allez-vous décréter ce que doivent regarder, écouter et lire les gens ? Qu'est-ce que c'est que cet autoritarisme culturel ?
Bien évidemment, le littéraire se doit d'étudier les textes essentiels de la littérature.
Bien évidemment, le musicien se doit d'étudier les partitions essentielles de l'histoire de la musique.
Bien évidemment, l'analyse de l'image, - et certaines oeuvres cinématographiques - (10) , se doivent de figurer dans les programmes des Lycées.
Aucun professeur, même le plus crypto-poujadiste que vous pourriez traquer, n'ira contre cela.
Mais est-il si nécessaire qu'un futur chaudronnier ou une future esthéticienne se farcisse textes littéraires, pipeau poétique et  projets "cinéma" qui font mousser collègues et documentalistes et font rigoler les élèves des LP ?
(10) Voilà un vrai combat à mener : la création d'un CAPES de filmologie qui permettrait de former des professeurs capables d'enseigner l'histoire des pratiques et techniques cinématographiques aux classes littéraires des Lycées généraux ainsi qu'aux classes de préparation aux métiers de l'audio-visuel qu'il faudrait créer dans les Lycées Professionnels lesquels doivent retrouver leur véritable fonction : préparer des gens à exercer un métier. Car, à mon sens, cette nécessaire revalorisation des Lycées Professionnels passe aussi par les métiers liés au développement culturel : former des décorateurs de théâtre, des ingénieurs du son, des scénaristes, des dialoguistes, des cameramen, etc... En ce qui concerne les arts appliqués au sens large (stylisme, audio-visuel, décoration,...), pourquoi attendre que les élèves aient passé un bac général avant de les orienter vers des formations dites supérieures ? Pourquoi ne pas redorer le blason des Lycées Professionnels - que les menées des pédagogistes, via la rénovation des BEP et des CAP, mènent à leur perte au profit des bien plus utiles CFA, Centres de Formation des Apprentis -, en y ouvrant des sections de formation à certains métiers liés aux pratiques culturelles ? Voilà, Meirieu, et ses suiveurs, ce pour quoi vous auriez dû vous battre au lieu de pondre du discours à n'en plus finir et de rêver d'une école idéale où chaudronniers et secrétaires comptables chanteraient du Aragon (musique de Jean Ferrat) en tapant sur des bouts de métaux ou des claviers d'ordinateur ! 
(11) C'est d'ailleurs ce que les gens font, comme on l'a vu aux élections de 2001. Pas besoin de convoquer Kant pour cela.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er août 2006

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29 juillet 2006

L'ILLUSION INTEGRATIONNISTE

L'ILLUSION INTEGRATIONNISTE

Entendu hier, vendredi 28 juillet 2006, sur France Culture, le philosophe Michel Onfray établir un distingo intéressant entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin.
En effet, selon Michel Onfray, les deux hommes s'opposent radicalement sur le terrain de l'intégration.
Contre l'intégrationnisme assez naïf de Dominique de Villepin (1) et d'une grande partie de la gauche, Nicolas Sarkozy aurait parfaitement compris que l'on ne peut sans dommages masquer les spécificités des communautés. Il est donc assez vain de proclamer que, par exemple, tous les élèves, quelque soit leur origine, peuvent à plus ou moins long terme se fondre dans le modèle laïc et républicain si vanté par les pédagogistes à la Meirieu (Philippe) et dont on a vu le succès éclatant lors des violences urbaines de novembre 2005 (2).
A mon sens, ce modèle laïc et républicain est souvent dommageable aux communautés. Ainsi, les homosexuels et les lesbiennes furent longtemps victimes d'une vision républicaine et scolaire centrée autour de la famille et qui donc excluait, ou plutôt refusait de voir que les moeurs étaient un domaine infiniment plus complexe que ce qu'en disaient les prêtres et les leçons de morale. De même, les filles furent longtemps cantonnées aux études courtes et les égalitaristes de la pédagogie ont longtemps nié l'existence d'enfants au développement intellectuel précoce et s'opposèrent même parfois à la création de cours adaptés aux cas des surdoués, lesquels surdoués n'arrivaient pas toujours à s'intégrer et souffraient donc terriblement dans leurs petits collèges bien étriqués et si "familiaux", n'est-ce pas ? (3)

On me dira : Oui, mais Houzeau, les choses ont bien changé et les pédagogistes que vous détestez oeuvrent justement dans le sens de la tolérance et du respect d'autrui.
Eh oui ! justement, ils font de la tolérance et c'est bien ça qui m'importune !
Je m'en fiche moi de leur tolérance de "bonnes âmes" ! Je n'en veux pas du pédagogue au grand sourire bien humain, avec barbichette syndicale en option, qui expliquera à ses élèves que l'homosexualité n'est pas une déviance mais une orientation sexuelle aussi naturelle que l'hétérosexualité (4).
Cet aimable prosélyte intégrationniste, je le mets dans le même sac que le facho de base qui pense qu'il faut les interner, les tantouzes et les gouines et, pour ma part, - et je sais que je vais vous choquer -, je n'en veux pas d'amis homosexuels ou lesbiennes because je les supporte pas, c'est tout.
Et je réclame aux pédagogistes et aux républicains si généreux avec la tolérance des autres le droit de ne pas apprécier les homosexuels, les lesbiennes, les gens qui ne parlent pas la même langue que moi, ceux qui viennent d'un autre pays que le mien, ceux qui ont une autre religion que la mienne.
Oh bien sûr, ne vous inquiétez pas, je n'ai rien contre toutes ces personnes et la richesse même de notre société occidentale dépend  de leur présence, de leur apport, de leurs différences elles-mêmes - et cela apparaîtra avec de plus en plus d'intensité au fur et mesure que les problèmes liés à la mondialisation se feront de plus en plus aigus -.
Je le sais, je le comprends, je l'admets.
Mais, soyons francs, qui d'entre nous ne pense pas quand il parle avec un protestant que ses paroles, justement, sont bien austères. Et quand nous nous rappelons que notre beau-frère est d'origine italienne, nous nous disons, pour nous-mêmes, à voix cachée, que c'est bien là une attitude de macho méditerranéen que de refuser à sa femme le droit de se promener toute seule dans la rue. Et ainsi de suite pour les Bretons têtus, les Flamands bouffeurs de patates, les Espagnols si fiers, les Polonais si buveurs, les Américains si ignares, les Japonais si polis et les Chinois si jaunes.
Tout cela, nous le pensons mais ne le disons pas.
Sauf quand on est en colère ou que l'on a trop bu.
Aussi, je suis parfaitement d'accord avec la vision communautariste que Michel Onfray suppose à Nicolas Sarkozy. L'on se doit de considérer les individus, et donc les élèves, non en fonction de je ne sais quelle lutte de classes - modèle marxiste auquel certains pédagogistes semblent continuer à adhérer en dépit de l'échec total de toutes les expériences collectivistes -, mais en fonction de leurs qualités et spécificités particulières, lesquelles dépendent moins du conditionnement social que du conditionnement culturel.
En ce sens, je donne raison aux Anglais qui considèrent que le turban porté par les élèves Sikhs ne dénonce en rien le contrat scolaire passé entre l'institution et son public. Quant au voile des élèves musulmanes, je trouve personnellement assez normal qu'elles puissent le garder en classe (5). Au moins, comme ça, les choses sont claires et l'on évite une partie de ce double discours que tout le monde se croit obligé de tenir afin de sauver les apparences.

NOTES :

(1) On peut ainsi faire une lecture intégrationniste des projets du CNE (Contrat Nouvelle Embauche) et CPE (Contrat Première Embauche) que Dominique de Villepin a initiés. Il s'agissait de chercher à intégrer la communauté actuelle des jeunes demandeurs d'emplois en assouplissant en faveur des employeurs les conditions de licenciement et en allongeant jusqu'à deux ans la période d'essai. On voit à l'énoncé même de ces projets qu'ils étaient destinés à échouer. Il est à noter que la communauté étudiante s'est fortement mobilisée contre le CPE et a même réussi à faire reculer le Premier Ministre. Notons aussi que Nicolas Sarkozy a assez vite émis des réserves sur l'opportunité d'un tel projet.
(2) Philippe Meirieu sur son blog dénonce l'expression "émeutes urbaines" comme étant en l'occurrence exagérée. Certes, rien de comparable avec les antifada palestiniennes mais tous les salariés qui vivent en banlieue et qui ont vu leur voiture partir en fumée ont bien dû penser que ces "violences urbaines" ressemblaient plus à un début d'émeute qu'à un chahut d'étudiants.
(3) Ce refus de différencier les capacités des élèves est cependant plus le fait des "Républicains" que des "Pédagogistes" auxquels on doit une excellente pratique : celle de la pédagogie différenciée. Il s'agit de travailler non pas en fonction d'un ensemble classe que l'on s'obstine à croire homogène, - au besoin en en faisant taire les contestataires -, mais de travailler en fonction des pré-requis et des difficultés de chaque élève. Cette excellente vision des choses amène rapidement l'enseignant à penser en termes d'ateliers pédagogiques en fournissant à chaque élève (ou groupe de remédiation) une batterie d'exercices qui peut lui permettre de surmonter ses difficultés. Une classe est ainsi divisée en autant d'ateliers différents qu'il y a de problèmes. La préparation des exercices étant un travail assez astreignant, l'enseignant est ainsi amené à penser en termes d'équipe pédagogique, de ressources communes, etc...
Ah tiens, oui , je dis du bien des pédagogistes.
Cependant, il me faut ajouter que l'excellente idée de la pédagogie différenciée s'oppose à deux stupidités théoriques de la même école pédagogiste :

- la progression commune par niveau qui tend à obliger les professeurs d'une même discipline et d'un même établissement à établir au début de l'année une progression commune de leurs séquences pédagogiques afin que toutes les classes, à la fin de l'année, aient suivi le même programme, étudié les mêmes textes et subi les mêmes épreuves (dites "épreuves communes"). Je me souviens d'avoir officié dans un collège difficile où mes très obéissants collègues suivaient à la lettre ce dogme de la progression commune. Donc, en début de semaine, je trouvais dans mon casier les polycopiés tout prêts avec leurs exercices et synthèses de cours. L'étude suivie d'une oeuvre portait sur Cyrano de Bergerac de Rostand  (marrant parfois, assez niais souvent et sans réelle profondeur mais bah ! les professeurs de français ont souvent mauvais goût en matière littéraire). Le hic c'était que ma classe était une fausse classe de troisième générale ; elle l'était certes administrativement mais en fait, c'était une classe de type troisième techno (avec ses qualités et ses défauts). Du coup, - et je les comprenais parfaitement -, ils en avaient rien à secouer de Cyrano et d'ailleurs de la plupart des objectifs fixés par le collègue superviseur qui lui avait en charge - évidemment ! -, la classe des latinistes.
J'ai donc rapidement envoyé balader la progression commune. Mes très obéissants collègues s'en sont émus, m'en ont fait grief puis devant ma nonchalance méprisante, sont allés cafter auprès du principal d'où embrouilles, coups de gueule et mauvaise humeur de part et d'autre.
Rien de plus éloignée donc de la pédagogie différenciée que cette progression commune.

- La progression par objectifs n'est pas moins stupide et a d'ailleurs été dénoncée par himself Philippe Meirieu dans un éclair de lucidité et un entretien accordé au Monde de l'Education, il y a quelques mois, et si je ne m'abuse, à l'occasion de la publication de Lettre à un jeune professeur (le titre à lui seul indique le degré d'humilité de l'auteur ainsi qu'une tendance  au paternalisme  qui me donnent évidemment, immédiatement, irrépressiblement envie de lui rire au nez !). La progression par objectifs est l'antithèse de la pédagogie différenciée : il s'agit de fixer des objectifs à atteindre en se basant sur les pré-requis des élèves. Autrement dit, la classe progresse par paliers successifs (le formatif que ça s'appelle chez les utilitaires de la pédagogie) et l'on ne peut passer au niveau suivant tant que la majorité de la classe n'a pas atteint le niveau requis, c'est-à-dire n'a pas réussi à obtenir la moyenne de classe au contrôle (le sommatif qu'ils appellent ça, les comiques subventionnés). Philippe Meirieu lui-même a déclaré (si ! si ! je l'ai lu) que cette progression par objectifs ralentissait très souvent le rythme des classes et pouvait même décourager les meilleurs élèves obligés d'attendre leurs petits camarades moins doués (ou plus distraits). C'est d'autant plus vrai que les pédagogistes sont en faveur de l'hétérogénéité des classes afin sans doute que les plus rapides se rendent compte de la chance qu'ils ont d'être ainsi si vifs alors que tant de gamins ne viennent à l'école que parce que c'est prévu par la loi et les allocations familiales.
Bon, Philippe Meirieu a fait amende honorable, - c'est bien ! - mais, au nom de cette vérité d'hier devenue erreur aujourd'hui,  combien d'enseignants un peu trop individualistes se sont-ils faits rappeler au bon ordre de la progression par objectifs par des inspecteurs aussi théoriques que pontifiants ? Combien de professeurs se sont-ils vus reprocher par leurs chef d'établissement de ne pas afficher des moyennes trimestrielles positives alors que, n'est ce pas, si la progression par objectifs avait été faite comme il le fallait, nul doute que même la plus rétive des classes aurait dû réussir à la comprendre, cette chanson de Cabrel qu'on a donnée en épreuve commune ! Jusqu'au relativement inutile et souvent très mêle-tout C.O.P. (Conseiller d'Orientation Psychologue, - Attention, danger !) que j'ai vu ramener sa fraise en conseil de classe pour reprocher aux enseignants de décourager les élèves en leur mettant des notes trop basses !
(4) D'ailleurs, ce caractère "naturel" des orientations et pratiques sexuelles me semble sujet à caution.
(5) Sous réserve évidemment que ce port du voile soit la conséquence d'un choix délibéré de la part de l'élève et non l'effet d'une contrainte familiale ou communautariste (contrainte qui me semble, concernant le port du voile, assez inévitable). Pour faire amende honorable, il semble qu'en France l'ensemble des dispositifs sur l'interdiction du port de signes "distinctifs" ait fonctionné assez bien et qu'il ait permis d'éviter bon nombre de conflits. On observera donc la plus grande prudence dans ce domaine ; il serait stupide que, par idéologie, l'on supprimât un dispositif qui a fait ses preuves pour le remplacer par des décisions aventureuses et dogmatiques. Laissons cela aux socialistes : ce sont des spécialistes de ce genre d'erreurs.

Lien utile : Si ce sujet de l'intégration vous intéresse, je ne peux que vous renvoyer au très intéressant texte de Véronique De Rudder que vous trouverez à l'adresse suivante :
http://www.islamlaicite.org/article111.html

Patrice Houzeau mais-non-je-ne-suis-pas-fasciste
Hondeghem, le 29 juillet 2006

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25 juillet 2006

L'INDIVIDUEL ET LE SOCIAL

        L'INDIVIDUEL ET LE SOCIAL 

       Note sur quelques écrits de Philippe Meirieu

         L'apprentissage ne se décrète pas... et rien ne permet de l'imposer à quiconque. Tout apprentissage s'effectue, pour chacun, à sa propre initiative et requiert de sa part un engagement personnel : c'est le principe de liberté. (Philippe Meirieu, Bloc-notes à la date du 6 mai 2006, http://www.meirieu.com/)

Je n’ai pas de haine pour Philippe Meirieu. Si je le brocarde souvent, c’est qu’il fait autorité dans le paysage actuel de l’éducation nationale et qu’il est toujours assez vivifiant de se moquer de ceux qui font office de puissants.

Je n’ai pas de haine pour Philippe Meirieu mais, évidemment, moi qui me méfie beaucoup de l’Etat éducateur, j’ai donc presque toujours tenu en piètre estime cette immense machine à faire carrière que l’on appelle « Education Nationale » et le discours de ses idéologues, de droite comme de gauche d’ailleurs, m’insupporte.

Je n’ai pas de haine pour Philippe Meirieu mais il  paraît tellement « belle âme » parfois dans ses écrits, tellement convaincu que l’objectif des professeurs (les « pédagogues ») est de changer la société par la culture, le pipeau et le travail en équipe que je ne puis m’empêcher de sourire à certaines de ses phrases (par ailleurs, il écrit bien et rédige probablement ses livres tout seul au contraire des hommes politiques qui l’attaquent et qui signent parfois des textes qu’ils n’ont même pas lus; d'ailleurs, il ne fait pas de fautes d'orthographe, alors que moi, parfois...).

Evidemment, je me demanderai toujours en quoi le travail de l’enseignant devrait aider à changer la société ? J’ai l’impression que Philippe Meirieu a une vision un peu collectiviste, - ou coopératrice ? -de l’éducation ; je cite :

-          Dans l'apprentissage, il est impossible de séparer l'individuel et le social : personne ne peut apprendre absolument seul et la manière d'apprendre révèle toujours une conception de la socialité, des rapports au savoir et au pouvoir. Il n'est aucune connaissance qui puisse être acquise en dehors d'une relation sociale et cette relation peut entretenir l'assujettissement ou, au contraire, permettre l'émancipation : deux démarches sont traditionnellement privilégiés dans l'histoire de la pédagogie pour leur « pouvoir émancipateur » : la démarche expérimentale et la démarche documentaire. (Philippe Meirieu, Bloc-notes)

Pour ma part, et je revendique cette subjectivité, je considère que l’enseignement d’un professeur est tout d’abord un service rendu à l’individu, en tenant compte de ses spécificités individuelles et non de je ne sais quel déterminisme socioculturel, certes bien connu des sociologues, mais dont je me fiche absolument dans ma pratique puisque l’élève en face de moi n’est pas le représentant d’une classe sociale mais un individu avec ses lacunes et ses qualités.
De ce fait, je ne me sens aucunement tenu à je ne sais quelle « démarche émancipatrice » ; mon but étant, sous forme de cours magistral et d’exercices, de donner à penser à chacun de mes élèves, je ne vois pas le rapport entre ce nécessaire développement de l’esprit critique et une quelconque relation de pouvoir autre que celle qui permet le bon déroulement du cours. Ce qui n’implique pas que le cours doive être absolument silencieux ou qu’il ne puisse y avoir débat entre les élèves et moi, mais cette fameuse « démarche expérimentale », fort belle en théorie, n’est jamais qu’un épisode d’un cours bien construit et ne peut tenir lieu de séquence, en tout cas en Lycée général (où j’ai pourtant vu d’étranges choses comme ces notes de cours maigrichonnes prises par des élèves dont le professeur de français ne basait son étude des textes que sur un vague questions-réponses pénible autant pour lui sans doute que pour sa classe ; c’était une classe de première tout de même !) (1).

Quant à la "démarche documentaire", les fameuses « recherches » : on sait à quoi s’en tenir. Faites en-dehors des cours, elles donnent souvent le résultat suivant : un élève cherche et rédige la synthèse ; cinq copient sur le valeureux. Cette « démarche documentaire » n’est réellement efficace qu’en groupe (environ une demie classe) et dans le cadre d’une séance organisée au CDI par exemple. De plus, Philippe Meirieu écrit lui-même que « l’apprentissage ne se décrète pas » et qu’en conséquence « rien ne permet de l’imposer à quiconque ». Voilà une phrase qui me fait plaisir et je me demande bien au nom de quelle bonne conscience professionnelle on irait imposer à un élève une recherche qu’il n’a pas envie de faire. En pratique, beaucoup d’enseignants procèdent de la façon suivante : ils donnent les consignes de recherche à faire, ferment plus ou moins les yeux sur les travaux un peu trop semblables et sanctionnent d’un zéro le travail non rendu, tout en sachant que « oh et bien, ce n’est pas étonnant, celui-là, de toute façon, il ne rend jamais rien ! » ; variante pédagogiste : « celui-là, de toute façon, il ne s’intéresse à rien ! ».

Post-Scriptum : Ce "pouvoir émancipateur" devient même assez problématique quand il s'agit de travailler avec des élèves d'origine étrangère dont les habitudes de pensée, les opinions communautaires s'opposent au contenu même du cours.
Un exemple que beaucoup de professeurs d'histoire-géographie connaissent bien : le rapport des élèves d'origine maghrébine à la judaïté. On pourra donner autant d'éléments de réflexion que l'on voudra, insister, séquences costauds à l'appui (avec diagnostic sur les pré-requis, formatif, sommatif et tout ce qui prend du temps à préparer),
sur le caractère radicalement inhumain de l'antisémitisme, l'on aura au mieux des réponses attendues dans les devoirs, - l'élève évite tout problème avec l'institution en énonçant ce que l'institution est censée vouloir entendre -, mais que l'on écoute un peu les élèves discuter entre eux et l'on verra que, dans les faits, beaucoup tiennent  un double discours. Il m'est arrivé, et ce n'est qu'un exemple, de surprendre au détour d'un couloir cette réflexion d'une de mes élèves à une autre (2)  : "Oui, mais n'oublie pas que c'est une feuj..."
L'on me dira, bien sûr, que Rome ne s'est pas construite en un jour et qu'il faudra du temps avant que les préjugés du racisme ordinaire ne s'effondrent. J'entends bien, mais tout de même, je suis assez surpris que, malgré tant d'efforts de la part de nombreux enseignants idéalistes pour construire un discours tolérant et prêcher la bonne parole "multiculturelle", les replis identitaires soient encore si nombreux et si puissants, et pas seulement chez certains élèves de confession musulmane comme l'a montré en 2001 le recul des idées de la gauche démocratique au profit  d'un vote protestataire en faveur de l'extrême-droite.
D'ailleurs, - et là je suis perfide -, est-on sûr que les professeurs eux-mêmes, - qui généralement ne sont ni "pédagogistes" dans l'âme, ni réellement "républicains" au sens strict (3) dans leur pratique, mais tout simplement obéissants aux consignes qui leur tombent d'en haut -, est-on sûr que certains professeurs ne tiennent pas eux-mêmes un double discours ?
D'où la question que je poserai en conclusion : "ce pouvoir émancipateur" de certaines méthodes doit-il relever de l'école ? Est-ce bien au professeur de se mêler de la complexité  de ce "social" dans lequel, effectivement, nous baignons tous, élèves et maîtres, inspecteurs et familles, athées comme croyants ?

Notes :
(1) En ce qui concerne les classes de première et la préparation au bac français, demander aux élèves de préparer les commentaires de textes est certes utile en tant qu'exercice intellectuel mais ne peut tenir lieu de cours magistral. Les élèves de première ont besoin, et sont d'ailleurs en demande, de cette parole du maître que certains pédagogistes semblent vouloir dénoncer. En effet, en l'occurence, rien ne peut remplacer la parole du spécialiste et le professeur de français en Lycée doit être vu avant tout comme un spécialiste de l'histoire de la littérature française. Demander aux élèves de première de préparer leur épreuve en les laissant "construire leur savoir", selon le mot d'ordre cher aux pédagogistes et que l'on peut retrouver sur le site de Philippe Meirieu, c'est perdre beaucoup de temps, - et l'année est courte pour transmettre un tant soit peu sérieusement les bases de ce que doit être une approche maîtrisée de quelques grands textes de l'histoire littéraire -. De quelque manière que l'on s'y prenne, et le cours magistral est en la matière ce qui fonctionne le mieux, l'élève se présentant à l'oral de l'épreuve de français doit absolument éviter le ridicule en ayant à l'esprit un commentaire structuré et riche d'éléments techniques et historiques que seul le spécialiste, - son professeur -, est en mesure de lui apporter.
L'on me dira que rien n'empêche le professeur  de laisser les élèves travailler en autonomie et préparer, sous forme de recherches documentaires, d'exercices de questions-réponses et autres "débats", leur inéluctable et nécessaire épreuve de français à partir du moment où, en fin de compte, par le biais d'une synthèse ou d'un polycopié récapitulatif, les élèves auront de quoi apprendre et nourrir leur performance.
Oui, mais en général, ce qui semble être une bonne idée, - bien "émancipatrice" n'est-ce pas ? -, tourne à la catastrophe : les élèves sachant qu'en fin de compte, ils auront le précieux "cours" garant de leur réussite ("avoir la moyenne"), ne s'investissent que plus ou moins bon gré dans ces "recherches" parfois fastidieuses que leur bon maître leur donne. On retombe ainsi dans le travers de "pour un qui bosse, cinq copient"; quant aux autres, ils font très consciencieusement semblant de travailler en se disant que, de toute façon, au besoin, ils iront demander au copain d'une autre classe le commentaire qu'il leur manque vu que leur professeur à eux, il leur fait des "vrais cours" et pas des "questionnaires à la con" et que si le copain, y veut pas, eh bien, c'est pas grave, on ira regarder sur internet et on le trouvera, ce fichu commentaire de la scène 2 de l'acte III de Dom Juan.
(2) Et pourtant, elles sont si agréables en cours !
(3) On tend à désigner sous le terme "républicains" les opposants à la mise en application de certaines idées du "pédagogisme". Les "républicains", que, de façon abusive, l'on classe à droite, s'opposent donc à Philippe Meirieu et dénoncent une main-mise du pédagogisme sur les référentiels (les contenus des programmes). Ce terme de "républicains" semble sonner comme un rappel de la nécessité de restaurer l'autorité de l'enseignant, dépositaire des valeurs de la république, face à des classes perçues non comme des ensembles hétérogènes mais comme des "sections" à discipliner, à maîtriser, à contrôler.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juillet 2006

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