24 novembre 2008
ACCABLANT
ACCABLANT
"Une chaleur accablante régnait." (Fitz James O'Brien, La Chambre perdue)
L'accablant régnait. Paumé le frisé d'or dans le ciel imprégné... Obscurci des nuages, poussé par la tombante aux étoiles qui s'en vient, doucement... Brûlures quand même encore, archipel lépré invisible... Air immobile. Les feuilles, taches multipliées, treille de taches, jonchaient ma fenêtre constellée d'acacia, cachée la fenêtre, - bernique pour la voyure : passant, fous l'camp ! Rentre chez toi ! Flotteuse, la fumée, errante, pâle et bleue, ma tête auréolée. Je fume trop.
Col ouvert, ah, le saisir, cet air plus frais... Où est-il dans c'te pesant-là, l'air ? Dans cet effondrement des souffles, cet écroulement des choses qu'ont l'air de faner, de fondre, les rumeurs, de se confondre les bouches avec la chair des faces jusqu'au silence... dans l'ombre là-bas... les rues tachées... jusqu'au silence des visages rentrés chez eux... Des moustiques cependant.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 novembre 2008
20 novembre 2008
LES MORTS AUSSI
LES MORTS AUSSI
"Je me dirigeai vers l'arbuste pour me rendre compte, mais, à mon arrivée, il se déplaça rapidement et me fit face." (Agatha Christie, Le Crime du golf, traduction de je sais pas parce que l'un de mes chats a consciencieusement détruit la page de garde de cet exemplaire déjà ancien, - je l'ai acheté à la fin des années 70 -, publié dans la collection "Club des Masques", laquelle nous en mettait alors plein les yeux de leurs couvertures épatamment étranges).
C'est que, dans les deux sphères de métal gris qui lui faisaient ses yeux, à la jeune fille en noir sur le fond vert du gazon où traînaient encore quelques têtes tranchées de la partie de croquet de la veille, je vis ce regard qui, outre le fait qu'elle crachait abondamment des crapauds roussâtres, - d'où j'en conclus qu'elle devait être assez envoûtée -, révélait une peur intense. Le rouge vif de ses lèvres remuait dans la pâleur. De là où j'étais, je ne vis pas à qui elle s'adressait. Je ne pus guère y penser car l'insolite alors requit mon attention. C'était dans la haie, un arbuste brun, incongru donc en ce début d'été où l'on prenait chaque jour des bains de piano (1). Je me dirigeai vers l'arbuste pour me rendre compte, mais, à mon arrivée, il se déplaça rapidement et me fit face. Alors, je ne fus pas sans me reconnaître. Je me tirai la langue et disparus aussi vivement qu'un banquier en faillite dans la campagne anglaise, non sans me retourner sur moi-même en arborant ce sourire ironique que je ne connaissais que trop. Me trouvant seul, j'en conclus que les étrangetés les plus courtes sont aussi les meilleures. Les morts aussi.
(1) C'était un piano aqueux.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 novembre 2008
19 novembre 2008
CRAC-RAC-RAC
CRAC-RAC-RAC
"A la suite d'un saut particuliérement grotesque, l'oiseau fit derechef entendre le crac-rac-rac mécanique de son rire." (Jean-Louis Bouquet, Les Filles de la Nuit, in l'anthologie La dimension fantastique - 2 présentée par Barbara Sadoul, Librio, p.87)
L'or des lunes brillant trop loin, le palais fut livré à des scènes dont on a pu tirer quelques fantasques images. En réaction aux grotesques parades des paons consulaires, l'oiseau - de mauvais augure évidemment - fit derechef entendre le crac-rac-rac mécanique de son rire. Le capitaine décapité - douze moines en eurent la tête tranchée (1) - ne battit plus d'un cil, son sabre stoppé net dans l'air lourd comme un prix littéraire, sa tête ayant roulé sur le parquet. Mademoiselle, qui excellait dans l'art des coeurs mangés, en eut des impatiences, des trépignements, des agacements de gamine. Rien n'y fit : le capitaine demeurait en la forteresse de l'immobile, cette suspension unilatérale des négociations avec le temps. Bientôt, la belle fut boudeuse à la fenêtre.
(1) Un capitaine fut décapité.
Douze moines eurent la tête tranchée.
Combien cela fait-il de morts ?
Cette petite énigme a le mérite de rappeler qu'il est aussi que de deux propositions contraires, l'une au moins n'est pas fausse.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 novembre 2008
04 février 2008
JEUX CLOS
JEUX CLOS
Il n'y a pas de dieu caché dans la tragédie.
Il n'y a que l'homme qui, en vain, tente, par la beauté de sa parole, de détourner les juges de sa nudité.
Les multiples ont égorgé les Maîtres. De ces dieux fragiles, nous tenons des jeux scellés à jamais. Les multiples ont sorti le diable du coffre de l'auberge. Nos plus fervents adversaires prirent le soleil à témoin. Les cartes dépliées de la nuit tracèrent nos lignes de fuite.
Un rire éclata alors qui rappela dans la pièce le majordome des convenances.
Nous savions, cependant que nous étions si dérisoires, grains de sable que le pied balaye, que l'essentiel était dans ce dernier coup que nous seuls connaissions.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 février 2008
14 janvier 2008
JE PEUX BIEN PENSER
JE PEUX BIEN PENSER
Je peux bien penser à la course de mes jours j’en reviens toujours à ceci qu’il pleut sur la ville ou qu’il fait soleil le reste ne vous regarde pas je vais donc dans la ville parcourant les saisons de la ville me répétant les vers de Villon Frères humains qui après nous vivez N’ayez les coeurs contre nous endurcis
Je prends le train je regarde le ciel je n’y vois rien que du bleu les couvertures bleues qui cachent des dieux endormis peut-être je peux bien penser à la course de mes jours mais les ans m’ont changé ridé vieilli aigri calamité mité et je cours comme tous je cours vers où tout se désassemble c’est en français ce que j’ai de commun avec Ronsard et tous les autres et vous tous le sentiment de ma mort le reste n’est qu’emploi du temps.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 janvier 2008
17 octobre 2007
LENTEUR, ILLUSOIRE LENTEUR
LENTEUR, ILLUSOIRE LENTEUR
Nous aimions la lenteur des feuilles (1) (2)
qui ne poussent que quand les hommes
ont le dos tourné (3) et s’affairent
à leurs vraies tâches dérisoires (4).
(Jean-Pierre Thuillat in Ecrit(s) du Nord n°8, livraison d’octobre 2002, p.96)
(1) « Aimer la lenteur », éprouver la nostalgie d’une vie sans précipitation, avoir cette envie d’un temps sans mesures ; ici, c’est celle « des feuilles », de ce qui s’enracine où nous passons nos jours.
La poésie nous le fait souvent, cet éloge de la lenteur, de cette heure qui ne joue plus le jeu des horloges et reste semper eadem, toujours la même, illusion.
(2) Nous passons sous l’indifférence des platanes
Aimions-nous vraiment ces longues après-midis
La lenteur des aiguilles sur le cadran la
Lenteur sombre de l’hiver et la pluie du nord
Des jours entiers sur la ville morose où les
Feuilles passaient le long des fenêtres du lycée
(3) Que se passe-t-il exactement quand nous avons le dos tourné ? Les farfadets nous tirent-ils la langue, se moquant de nos certitudes, de nos postures, de nos têtes condamnées ? Les nymphes, les fées, les dames des lacs se rient-elles de nous, avec de grands éclats de rire que couvrent le vent et la pluie qui nous dégringolent dessus ?
(4) De toutes façons, nous avons autre chose à faire qu’à nous occuper de nos ombres. Farfadets et autres fées, c’est bon pour les contes et légendes. A nous les politiques ! Les affaires ! Les dirigeants patronaux qui cachent des millions, les énarques magouilleurs, les polytechniciens puérils, les têtes à claques ministérielles, les pas tous pourris mais pas très honnêtes quand même qui nous font la morale à la télévision ! A nous les Saint Jean Bouche d’Or, les Bonnes Âmes et leurs charités bien ordonnées, à nous les traîtres, les perfides, les clearstreamers, les caviardeurs, les syndiqués complaisants, les pousse-toi que je m’y mette, à nous les grands amis, les chers amis, les chiens de papier ! Ce sont nos légendes ! Nos figures mythiques ! Nos cocus magnifiques !
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 octobre 2007
CRYPTOGRAPHIES
CRYPTOGRAPHIES
« On gribouille, on rit en graffiti, on s’étale en tags (1). Ecrits maudits (2). Etiquettes bêtes. Le quidam en imagine le Grand Livre (3). » (Jean Le Boël, Lectures in En ville (petites proses), Editions Henry, 2004 avec des dessins pas mal du tout dans le genre abstrait élégant d’Isabelle Clément).
(1) Ce dont il cause, Jean Le Boël, c’est de la ville « à lire » : « La ville est à lire », c’est le début de cette « petite prose ». C’est vrai que tout fait signe, ça nous le savons. Les signes prolifèrent. Selon certaines théories, plus cette prolifération est manifeste, plus c’est « mauvais signe » justement. Signe que quelque chose couve l’œuf des catastrophes. Si je me souviens bien, c’est une théorie défendue par Michel Tournier dans l’un de ses meilleurs romans (Le Roi des Aulnes, disponible en poche chez folio). Ainsi l’inflation dévaluant la monnaie multiplie les billets et donc signale que la machine économique est devenue folle. De même, le nazisme multipliant les signes de sa puissance en annonçait l’effondrement.
Actuellement, notre Président, Nicolas Sarkozy, multiplie les signes de sa volonté de réformes. Qu’il prenne garde, - j’ose ici le conseiller -, que cette avalanche de signes et d’annonces ne finisse par prendre le pas sur la nécessaire réflexion, le travail de fond sur les dossiers.
(2) « Ecrits maudits » : la littérature murale est par définition « maudite », destinée à être effacée, nettoyée, dissoute. Elle exprime les hauts et les bas de l’angoisse urbaine, le travail de sape des gangs, la présence persistante des autonomes.
(3) Le « Grand Livre » des urbaines graphies, le recueil des inscriptions provisoires, des anathèmes cryptés. Un roman à plusieurs voix s’y écrit sans doute, intra muros. Un roman entropique dont nul, sauf les scribes, ou les agents des Renseignements Généraux peut-être, ne peut éclaircir l’intrigue à celui que Jean Le Boël appelle « le quidam ».
On suppose cependant des rendez-vous pris dans des heures entre chien et loup, des provocations, des faire-part de morts violentes, d’arrestations imminentes, des affirmations d’appartenance à des groupes, des appels à l’alternative, à l’ombre, à la résistance passive, à la révolte latente qui brûle les voitures et caillasse les fonctionnaires de police.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 octobre 2007
13 octobre 2007
ON CONSTATERA L'ABSENCE DE GRENOUILLES
ON CONSTATERA L'ABSENCE DE GRENOUILLES
Je lis ceci sous la plume de Stéphane Guégan dans la livraison d'octobre 2007 de Beaux Arts Magazine :
Pour se "familiariser avec les impressions d'Ophélie quand cette dame trouve une mort boueuse (1)", Millais a fait poser Elizabeth Siddal, égérie du groupe (2), dans une vraie baignoire, à peine chauffée. Elle avait auparavant revêtu la robe blanche - très Whistler avant l'heure - que le peintre avait choisie avec soin. (3) (Stéphane Guégan, Beaux Arts Magazine, octobre 2007, p.156-157)
(1) "familiariser avec les impressions d'Ophélie quand cette dame trouve une mort boueuse" : la désinvolture, la distance prise dont cette phrase fait preuve me ravit comme le sourire d'une personne intelligente. Est-ce du Théophile Gautier, qui, d'après l'article de Guégan, "au moment de dresser le bilan de l'Exposition universelle de 1855, avalant tout cocorico," décerna "la grande palme du bizarre à l'Anglais John Everett Millais" ? Est-ce de Millais lui-même ?
(2) Il s'agit du groupe des Préraphaélites que John Everett Millais fonda avec William Holman Hunt et Dante Gabriel Rossetti.
(3) Cette robe blanche, qui par endroits (4) se gonfle d'eau, s'enfonce et flotte tout à la fois ; elle est ainsi entre deux eaux, entre deux mondes, celui de l'envers aquatique et celui des plantes qui s'enchevêtrent, immobiles d'une comédie macabre. La légende ajoute :"Le contraste s'accuse naturellement entre cette présence ondoyante, semée de fleurs qui se dispersent, et l'écrin morbide des herbes aquatiques." (Stéphane Guégan). Tout cela blanc et nacre, brillant et déliquescent, sombrant vers la vase des origines.
(4) J'adore cette expression : "par endroits". Je suppose qu'elle fait référence à "l'endroit" d'une surface par opposition à son "envers" : "Par endroits, la terre choucroutait ; des fumeroles montaient des cratères d'un sol aussi craquelé que la peau d'un pédagogue usagé ; des saucisses fleurissaient dans la bruyère ; des chats d'ailleurs chapardaient la charcuterie ; des loups hurlaient, des fauves feulaient, grondaient des molosses (5) : mon petit doigt me disait que j'allais encore arriver en retard au boulot." (Hubert Piquevent, Caramba ! Encore manqué (des brumes) in Textes et indélicats textes, La Pléïade, volume XXVIII, p.743).
(5) On constatera l'absence de grenouilles. (6)
(6) Traînent partout dans les campagnes, les grenouilles ; se font écrabouiller sur les routes ; très raplatis itou, desséchés au soleil, les crapauds. (7)
(7) Ce qui nous rappelle trois vers d'une chanson :
"La grenouille est assise sur les rails du chemin d'fer (8) ;
La grenouille est assise ; et n'sait pas c'qu'elle va faire ;
Mais voilà l'train qu'arrive et la cogne par derrière. (9)"
(Vantardise, cité par Marguerite Yourcenar dans Fleuve profond, sombre rivière, Gallimard, p.254)
(8) Chemin de fer, villes reliées, toiles tissées. Ce qui nous ramène à l'Angleterre puisque, d'après ce que je pige, c'est en 1801 que l'ingénieur anglais Richard Trevithick met au point une machine à vapeur à haute pression capable de mouvoir une locomotive le long de rails et ainsi de contribuer à la grande passion des vaches pour ce tout nouveau moyen de transport à l'usage des bipèdes et de leurs petites affaires.
(9) Rimes : "fer", "faire", "par derrière". La traduction que fit Marguerite Yourcenar des negro spirituals et de tous ces chants, blues et ballades que l'on doit à la musique populaire noire américaine, tend à initier sa propre cadence, par imitation de style sans doute, de rythme certainement. C'est ainsi que ces trois vers constituent autant de séquences rythmiques aux assez subtiles variations :
"La gre-nouil- / -le est as-si- / -se sur les rails / du che-min d'fer
La gre-nouil- / -le est as-si- / -se et n'sait pas (10) / c'qu'el-le va faire
Mais voi-là l'train / qu'ar-ri- / -ve et la co- / -gne par der-rière"
Soit le schéma :
- 3 3 4 4
- 3 3 3 4
- 4 2 3 4
(10) Le mot "pas" est certes un mot-outil et ne devrait pas porter l'accent tonique, mais la négation est en elle-même assez signifiante pour que l'accent en souligne la portée.
Remarque : J'aurais pu illustrer l'article d'une vue du célèbre et formidable tableau de John Everett Millais, Ophélie ou La toilette inutile, mais j'ai jugé que, suffisant d'un clic sur Google Images pour y accéder, je pouvais donc en faire ici l'économie.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 octobre 2007
08 octobre 2007
MAIN FRAÎCHE
MAIN FRAÎCHE
"la main fraîche (1) frissonne dans le sang"(2) (4)
(Gaston Criel, Les portes de la nuit in La fausse quête, éd. Jacques Brémond, p.62)
(1) Des mains fraîches, le vent en est plein. En automne, il y a même recrudescence. On en trouve, du coup, des tas, coupées les mains, comme dans un poème d'Apollinaire. Elles se glissent, les mains fraîches, entre les arbres et assaillent le passant. Quand c'est une tête à claques (un petit chef, un grand théologien de l'éducation, un marchand d'armes - un gergorin ou un forgeard quelconque -), ça tombe bien, la main fraîche qui gifle le bipède à cerveau retors. On chante alors Vive le vent vive le vent d'hiver et on va souhaiter la bonne année à sa grand-mère, pour avoir un billet, pardi !
(2) Le sang, plein partout dans le monde. Fait des taches. On nettoie un peu par-ci par-là, mais toujours de nouvelles taches apparaissent. Il y en a même qu'on ne voit pas, dans des contrées dont on ne parle guère à vingt heures à la télévision.
A part ça, quand j'étais môme, je me souviens que l'on disait que c'est ce que l'on donnait aux anémiés, du sang de boeuf. On disait que la fille du libraire, elle en souffrait d'anémie et que le médecin lui avait conseillé d'en boire, du sang de boeuf. C'est ce qu'on disait. Si c'était vrai, ça, j'en sais fichtre rien.
De même pour le sang de boeuf que des producteurs de picrate mettraient dans les litrons. C'est vrai ? C'est-y-pas vrai ? Allez savoir ! Faudrait demander à Orlando de Rudder qui en connaît un rayon sur la façon dont elle se nourrit, l'humanité.
Vous allez me dire, - quel est le rapport avec la citation du vers de Gaston Criel que vous fîtes ci-dessus, cher maître ? (3) - Aucun. C'est que j'y crois pas trop moi, à la métaphysique des vers. "L'Alchimie du verbe"? J'y crois pas plus. Un truc que le Rimbaud a dû inventer pour faire joli, en se paluchant ou en sirotant de la Porter ; il a dû se dire, voilà qui va plaire aux gogos de la poésie pleine d'âme, aux amateurs d'arrière-monde et tout-ci-tout-ça. Le plus drôle, c'est qu'à titre posthume, il a fait un tabac, l'Arthur avec son Alchimie de pattes de mouches, des kilos qu'ils en ont pondu, les universitaires de tout poil pour expliquer, commenter, ratiociner, disséquer ce qu'il a bien voulu dire, le créateur de rythmes pas croyables...
(3) Si je ne me donne pas moi-même ce titre, personne ne le fera, alors autant en profiter avant qu'ce soye fini et qu'on dise : "Ah il a cassé sa pipe l'autre débile de la plume".
(4) Il y en a aussi qui ont des mangues tout aussi fraîches au niveau des seins, mais ça fait pas le même effet. (5)
Quant à Gaston Criel, un vrai grand poète mineur, celui-là. Pas assez de recul qu'il prenait parfois avec ses vers, je pense ! Trop avec ses tripes ! Mais justement, c'est ça qui me plaît. Ah ce ne fut pas un pensionné de la chose poétique, Gaston Criel, pas un grand réformateur des formes, pas un discoureur de transcendances ; juste un homme qu'il fut, humain trop, sans doute, mais avec des vers qui me plaisent bien souvent, dans ce genre-là, par exemple :
"Pleurez, pleurez, pauvres enfants sans père
le cheval sur l'escalier
l'escalier de votre misère
qu'il faudra bien que vous avaliez."
(Gaston Criel, Le cheval in La fausse quête, éd. Jacques Brémond, p.39)
(5) "- Mais vous écrivez vraiment n'importe quoi, vous !"
"- Oui-ih-ih ! C'est ma façon à moi d'enquiquiner la Poésie bien installée dans sa bonne conscience, et vomi soit qui mal y pense !"
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 octobre 2007
25 septembre 2007
LES UNES DANS LES AUTRES suivi de CARABISTOUILLE
LES UNES DANS LES AUTRES (1) suivi de CARABISTOUILLE
"A partir du quatrième jour (2), je n'essayais même plus de reconnaître le réel (3) parmi les choses absurdes (4) de la fièvre qui entraient dans ma tête les unes dans les autres en même temps que des morceaux de gens (5) et puis des bouts de résolutions (6) et des désespoirs (7) qui n'en finissaient pas." (Céline, Voyage au bout de la nuit, folio, p.230)
(1) et inversement.
(2) Parfois, j'attrape des jours. Je les colle dans un recueil, un "journalier". Quand j'en ai besoin, d'un beau jour - ce qui m'arrive parfois la nuit -, j'ouvre le recueil et voilà le tour joué !
(3) Tout l'effort des humains consiste à mettre le réel en équations. Le paradoxe étant que cet univers en équations n'en finit pas d'être d'une inquiétante étrangeté.
Ce que nous appelons communément "réel" est ce lieu où nous nous sentons le moins étrangers à nous-mêmes.
(4) A propos de "choses absurdes", j'ai regardé hier soir, lundi 24 septembre 2007, sur Arte, un reportage assez intéressant sur le phénomène dit de "l'obscurcissement planétaire". Pour faire bref, il semble que, depuis les années 50, le taux de luminosité solaire connaisse une baisse régulière et qu'en conséquence, notre monde devienne de plus en plus obscur. Jusqu'à il y a deux ans, nous dit-on dans le documentaire, la plupart des scientifiques n'y croyaient pas vu que ces constatations semblaient remettre en cause la théorie du réchauffement climatique. Eh oui, si le taux de luminosité baisse, il devrait faire plus froid ! ores, il fait plus chaud : bizarre tout de même ! En fait, c'est que l'on assimilerait un peu vite "taux de luminosité" et "chaleur". Ainsi, il existe un taux d'évaporation - mesuré chaque jour sur l'ensemble de la planète - lié aux paramètres suivants : luminosité solaire, humidité de l'air, vitesse des vents. Il semblerait que ce taux d'évaporation connaisse lui aussi, sur l'ensemble des continents, une baisse régulière ! Ce qui tendrait à prouver la baisse de luminosité constatée.
Ceci dit, il semble que l'abandon de nombreux produits à aérosols et une régulation accrue du trafic aérien suffisent déjà à enrayer le phénomène.
Ceci dit aussi, il semble que ce phénomène assez inquiétant nous ait paradoxalement préservé d'une accélération plus nette encore du réchauffement climatique.
Bon, moi je vous raconte cela, mais j'en sais rien si c'est vrai ou pas tout ça, vu que je ne suis ni climatologue ni physicien. Si ça se trouve, dans deux ans, je verrai un autre reportage sur Arte nous expliquant, le plus sérieusement du monde, que l'on a récemment constaté un allongement régulier de la taille des dents des poules, que ceci est dû à la féminisation de la politique ainsi qu'à de nombreux changements hormonaux provoqués par une baisse de la consommation de viandes rouges et à une trop grande exposition aux musiques dites "techno".
(5) Le monde est plein de "morceaux de gens"
Tout frais tués du jour bien sanglants
Un vrai self-service pour extra-terrestres anthropophages
- Moine bouddhiste, musulman, chrétien, puis dessert (ou fromage) -
C'est bien vrai qu'en matière de boucherie
Les terriens sont les meilleurs de la galaxie
Et ils ont vraiment un choix intéressant
Grâce au progrès constant de leur armement.
(6) A propos de résolutions : Sacha Guitry aurait dit un jour qu'il trouvait très facile d'arrêter de fumer. Il en prenait pour preuve que lui, arrêter de fumer, il l'avait déjà fait, à de nombreuses reprises.
Par ailleurs, la fille avec qui je vis apprend à jouer de la trompette.
(7) Et pour finir, une chanson :
Carabistouille (C'est le titre)
En mangeant sa poire
Belle-Hélène, Hélène
Est pleine de désespoir,
Et sanglote à perdre haleine
En avalant son chocolat...
C'est d'la faute à Nicolas,
A Jean-Luc, à François, à Tony
Si Hélène pleurniche dans sa chantilly ;
"J'ai qu'a pas être si pomme !"
Qu'elle dit en finissant sa poire,
Puis elle prend son mouchoir
Et commande un café-rhum ;
C'est ce que l'on appelle dans le Nord une "bistouille",
Ce qui évidemment lui fait penser au mot ...
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 septembre 2007
