BLOG LITTERAIRE

Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

23 décembre 2008

"Je suis le seigneur du château"

"Je suis le seigneur du château"

J'emprunte au cinéaste Régis Wargnier ce titre qui fait rêver.

Je - ce truc sans moi quand je n'y serai plus -
Suis cette langue que je vous tire quand
Le sable de la nuit aura passé mon corps ;
Seigneur, ô bouc chantant, voici les mille coups
Du théâtre hanté : ce sont les ombres du
Château là-bas au bout du labyrinthe.

Le chien que j'ai dans la gueule vomit un
Sable noir comme un poing ganté.
De sable les châteaux, de sable les syllabes ;
La ville déplie ses labyrinthes et la
Nuit avec ses sabliers
Passe comme cheval fantôme
Le long de la mer où gémit le sable le
Long de la mer où gémit le sable le long
Des cavaliers qui s'effondrent sous la pluie
Corps désarticulés de pantins démontés.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 décembre 2008

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20 novembre 2008

L’EAU CLAIRE

L’EAU CLAIRE

« L’eau claire ; comme le sel des larmes d’enfance »
(Rimbaud, Mémoire) (1)

L’eau, quel univers parallèle alors !
Claire, voici la familiarité secrète
Comme un rêve de vouivre ;
Le sel brûle, mêlé à cette géométrie tremblante, le
Sel, incendie blanc
Des mineurs - il leur use la peau ; et les
Larmes, elles pleurent des rivières ; c’est la rengaine
D’enfance qui fait lever la main du père.

(1)   « L’eau claire ; comme le sel des larmes d’enfance » : c’est le premier vers du poème Mémoire d’Arthur Rimbaud. C’est que l’eau coule, comme le temps dirait-on, c’est-à-dire que, comme le temps, l’eau apparaît comme un continuum. Sa géométrie nous échappe, univers parallèle dont nous dépendons entièrement cependant que l’eau semble en-soi, alors que le temps demeure aussi énigmatique que ce masque que l’on lèverait pour y découvrir que, dessous, il n’y a nul visage.
L’eau et le temps ont encore en commun d’être commercialisables. On met l’eau qui appartient à tous en bouteilles que l’on nous vend. Et nous travaillons aussi pour acheter du temps, du temps gagné sur la mort puisque nous payons avec notre salaire ce dont nous avons besoin pour vivre ; du temps gagné sur la tristesse puisque nous payons aussi nos divertissements ; du temps sauvé grâce aux gens qui, sauvant nos vies, nous font gagner ce temps qui, sans eux, pour nous, se serait arrêté.
Fascinant, ce vers qui unit les contraires « eau » et « sel », le fluide et le crissant, la fraîcheur et la brûlure. Petite musique de « l’eau claire » ; elle coule dans la mémoire, bruit de fond. Il est assez remarquable que ces douze syllabes, si fluides en effet, nous persistent comme si l’alexandrin était hanté de quelque source secrète, de quelque secret léger comme l’air, essentiel comme le goût du pain, plus essentiel que la prose lourde et sans magie dont on nous abreuve dans cette tyrannie de l’inconséquence qu’est devenue la démocratie.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 novembre 2008

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12 novembre 2008

COMPLICITE FANTÔME

COMPLICITE FANTÔME

"The dark was talking to the dead;
  The lamp was dark beside my bed.
"
  (Louis MacNeice, Autobiography)

"L'obscurité parlait aux morts;
  La lampe était obscure à mon chevet."
(Traduction : Clotilde Castagné-Véziès, Une voix, anthologie de poèmes de Louis MacNeice, Editions Orphée La Différence, bilingue, 1997, p.71)

L'obscurité à la gueule ouverte
Parlait la langue des morts
Aux morts dans les champs
Morts derrière les maisons noires.
La tigresse disséminée dans la
Lampe dévorait les saints; elle
Etait aussi sanctivore qu'une flamme
Obscure couvant dans les yeux
A épier les fenêtres lointaines.
Mon temps est à mon
Chevet comme une complicité fantôme.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 novembre 2008

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GROS GRAINS

GROS GRAINS

Gros temps sur le monde ! Ce sont de sacrés
Grains de sable que ces tempêtes boursières !
De Charybde en Scylla qu'ça dégringole ! Que le
Raisin de la colère arrive à maturité !
Rosé, le raisin aux gros grains que je dévore.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 novembre 2008

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09 juin 2008

EH OUI...

EH OUI…

I got up : the chilly sun
  Saw me walk away alone.
  (Louis MacNeice, Autobiography)

« Je me suis levé, le soleil frileux
   M’a vu m’en aller seul. »
   (Traduction : Clotilde Castagné-Véziès, Une voix, choix de poèmes de Louis MacNeice, Orphée La Différence, p. 73)

Je - puisqu’il y a un « je » avec un œil dedans -
Me regarde et ne me reconnaît que par habitude
Suis déjà ce que l’on dira de moi une fois que
Levé par un beau ou morne jour
Le temps me prendra les yeux et le
Soleil s’obscurcira à jamais
Frileux j’aurais été ce qui
M’a été donné mes bras mes jambes mon sexe
Vu que ça sera tout décomposé de
M’en passer je serai bien obligé pour
Aller de l’autre côté si ça existe
Seul avec tous les autres morts.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 juin 2008

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22 mai 2008

CONTREVERS A BLUEBERRY

CONTREVERS A BLUEBERRY
(en feuilletant Chihuahua Pearl de Charlier et Giraud, éditions Dargaud)

1. Planche 12a, case 2 : Il est en prison l'homme.

Il accroupi maussade amer qu'il
Est à travers les barreaux je jour jaune
En rogne qu'il est dans sa
Prison même qu'il se dit "Bloody hell!..."
L'homme, qu'il se dit qu'"cet âne galonné déraille complétement..."

2. Planche 13a, case 4 : Et le poing fit tomber le militaire.

Et impeccable dans sa trajectoire
Le bras fila dans l'espace avec au bout un
Poing qui s'abattit
Fit perdre son équilibre
Tomber l'impeccable
Le très digne
Militaire aux gants blancs.

3. Planche 26a, case 2 : Sur le rocher le gars au fusil.

Sur un rocher à la frontière
Le coin est tout étiqueté de cactus et plein de poussière sur le
Rocher debout il crie que la cloche a sonné
Le signal pour la patrouille des federales ce sont des
Gars du Mexique celui-là monte la garde
Au cas où il passerait le yankee qu'un coup de
Fusil dissiperait comme un mauvais rêve.

4. Planche 39b, case 4 : Dans le bruit sur la scène.

Dans la fumée, les vapeurs d'alcool, la sueur,
Le brouhaha, le
Bruit des hommes qui boivent et parlent,
Sur les planches apparaît la chanteuse à
La voix qui insiste I am a poor lonesome cow-girl Sur la
Scène épatante qu'c'est que cette blonde beuglante là.

5. Planche 44a, case 2 : Demonios del infierno s'écria le gobernador.

Demonios Demonios qu'il cria Demonios
Del infierno en entrant dans la chambre
Infierno que cette blonde bouche à bouche Demonios
S'écria-t-il bouche à bouche avec ce yankee
Le gaillard mal rasé mal peigné malotru qu'un
Gobernador amoureux ne saurait tolérer.

6. Ha Ha The Moose

Ha je ris je m'épate
Ha quand j'entends l'époustouflant Ha Ha
The Moose electric band d'acid rock Ha Ha The
Moose lancer ses drolatiques féeries sur la toile. (1)

(1) Ce qui n'a rien à voir avec Bluebberry et Chihuahua Pearl, mais comme j'écoute tout en contreversant l'étonnant Voodoo Lady de Ha Ha The Moose (ou comment faire du Pink Floyd sans dépenser des millions), je ne puis m'empêcher de signaler que sur Internet, on peut trouver en téléchargement légal des concerts d'un tas de fous furieux aussi électriques qu'américains qui vous jouent un de ces acid rock dont les Morts Reconnaissants pourraient très bien être fiers, eux qui en ont quand même suscité plus d'un, de combo décoiffant.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2008

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20 mai 2008

OH ! MAIS C'EST QUE

OH ! MAIS C'EST QUE

"Oh ! Lorsqu'au dehors, memento des morts,
                               Pleure et beugle la bise"
  (Jules Laforgue, Apothéose)

Oh ! Mais c'est que j'aime ça, moi le rock
Lorsqu'au solo la guitare évoque des
Dehors indicibles dans des villes invisibles
Memento des saisons passées, les corps
Des jeunes filles y traversent le temps des
Morts ; irait-on dans ce passé que
Pleure une guitare nostalgique
Et l'on verrait qu'il n'y a plus rien qui passe et
Beugle, pas même entre les cités fantômes
La vache d'un pré sans fin où la
Bise chatouillait jadis narines et feuillages.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mai 2008

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17 mai 2008

IMMOBILES

IMMOBILES

Nous cœurs qui cognent dans des poitrines au vent
Vivons fixés à nos ombres dans les couloirs
Parmi les masques clairs des images glacées
Les fenêtres que nous hantons et les demeures
Immobiles où passent êtres et objets

Nous syncopés passants digestifs engoulevents
Vivons avec notre fantôme pour mémoire
Parmi les souvenirs aux sourires figés
Les années dernières la buée des miroirs
Immobiles les visages qui s’y devinent

Nous du passé plein la cafetière nous qui
Vivons avec ces fils qu’agitent nos fantoches
Parmi des villes sans plus personne pour que
Les noms nous reviennent aux lèvres nous vivons
Immobiles grignotés par le temps féroce.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 mai 2008

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09 mai 2008

DES IMAGES

DES IMAGES

Dans l'ordre aux innombrables grains de sable
Les images multiplient leurs signes les
Images nous y cherchons l'écho de nous-mêmes y
Figure aussi le brûleur d'icônes le briseur de statues et
Aussi le contempteur des visages
Celui qui nie l'épée de l'énigme celui
Qui jette une lézarde de sang le long du masque celui qui
Nie la nécessité du poème et du cri
Les images aux corbeaux, les
Images aux loups blancs, les images dans la main de Cassandre.

Patrice Houzeau
le 9 mai 2008

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04 mai 2008

ET PUIS MERDE

ET PUIS MERDE

“Close your eyes,
There are suns behind your lids”
(Louis MacNeice, Perseus)

« Ferme les yeux,
Il y a des soleils sous tes paupières »
(Louis MacNeice, Persée)

Ferme la porte le chien du vent arrive dis-tu
Les visages on y lit des
Yeux inquiets quand vient le soir
Il y a des gens dont on ne parle pas il
Y a des noms que l’on ne prononce pas il y
A des jours que l’on tait
Des corps sans sépulture on sait qu’il y en a les
Soleils filent les ponts on les reconstruit
Sous tes paupières que vois-tu ?
Tes autres ennemis ? Tes amis revenus ? Sous tes
Paupières peut-être quelque chose qui brûle ?

Ferme la porte le chien du vent arrive dis-tu
Les corps passent devant tes
Yeux secs et fatigués
Il y a des gens que l’on ne connaît plus il
Y des voisins qui ne sont pas revenus il y
A des villes où l’on n’ira plus
Des chiens aboient lancinant longuement quelque part les
Soleils passent à travers
Sous tes paupières
Tes jambes te portent-elles encore par-delà le fleuve où les
Paupières mauves des jeunes filles patientent ?

Ferme les yeux le chien du vent en effet arrive
Les êtres sans plus ni jambes ni
Yeux défilent devant toi
Il y a plus d’enfants que d’hommes Il
Y a plus de mères que de maris Il y
A maintenant la misère
Des hommes sous des
Soleils promis qui ne sont pas venus
Sous tes paupières combattant sous
Tes paupières que vois-tu sous tes
Paupières qu’un drapeau taché de sang.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 mai 2008

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