09 juin 2008
EH OUI...
EH OUI…
“I got up : the chilly sun
Saw me walk away alone.”
(Louis MacNeice, Autobiography)
« Je me suis levé, le soleil frileux
M’a vu m’en aller seul. »
(Traduction : Clotilde Castagné-Véziès, Une voix, choix de poèmes de Louis MacNeice, Orphée La Différence, p. 73)
Je - puisqu’il y a un « je » avec un œil dedans -
Me regarde et ne me reconnaît que par habitude
Suis déjà ce que l’on dira de moi une fois que
Levé par un beau ou morne jour
Le temps me prendra les yeux et le
Soleil s’obscurcira à jamais
Frileux j’aurais été ce qui
M’a été donné mes bras mes jambes mon sexe
Vu que ça sera tout décomposé de
M’en passer je serai bien obligé pour
Aller de l’autre côté si ça existe
Seul avec tous les autres morts.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 juin 2008
22 mai 2008
CONTREVERS A BLUEBERRY
CONTREVERS A BLUEBERRY
(en feuilletant Chihuahua Pearl de Charlier et Giraud, éditions Dargaud)
1. Planche 12a, case 2 : Il est en prison l'homme.
Il accroupi maussade amer qu'il
Est à travers les barreaux je jour jaune
En rogne qu'il est dans sa
Prison même qu'il se dit "Bloody hell!..."
L'homme, qu'il se dit qu'"cet âne galonné déraille complétement..."
2. Planche 13a, case 4 : Et le poing fit tomber le militaire.
Et impeccable dans sa trajectoire
Le bras fila dans l'espace avec au bout un
Poing qui s'abattit
Fit perdre son équilibre
Tomber l'impeccable
Le très digne
Militaire aux gants blancs.
3. Planche 26a, case 2 : Sur le rocher le gars au fusil.
Sur un rocher à la frontière
Le coin est tout étiqueté de cactus et plein de poussière sur le
Rocher debout il crie que la cloche a sonné
Le signal pour la patrouille des federales ce sont des
Gars du Mexique celui-là monte la garde
Au cas où il passerait le yankee qu'un coup de
Fusil dissiperait comme un mauvais rêve.
4. Planche 39b, case 4 : Dans le bruit sur la scène.
Dans la fumée, les vapeurs d'alcool, la sueur,
Le brouhaha, le
Bruit des hommes qui boivent et parlent,
Sur les planches apparaît la chanteuse à
La voix qui insiste I am a poor lonesome cow-girl Sur la
Scène épatante qu'c'est que cette blonde beuglante là.
5. Planche 44a, case 2 : Demonios del infierno s'écria le gobernador.
Demonios Demonios qu'il cria Demonios
Del infierno en entrant dans la chambre
Infierno que cette blonde bouche à bouche Demonios
S'écria-t-il bouche à bouche avec ce yankee
Le gaillard mal rasé mal peigné malotru qu'un
Gobernador amoureux ne saurait tolérer.
6. Ha Ha The Moose
Ha je ris je m'épate
Ha quand j'entends l'époustouflant Ha Ha
The Moose electric band d'acid rock Ha Ha The
Moose lancer ses drolatiques féeries sur la toile. (1)
(1) Ce qui n'a rien à voir avec Bluebberry et Chihuahua Pearl, mais comme j'écoute tout en contreversant l'étonnant Voodoo Lady de Ha Ha The Moose (ou comment faire du Pink Floyd sans dépenser des millions), je ne puis m'empêcher de signaler que sur Internet, on peut trouver en téléchargement légal des concerts d'un tas de fous furieux aussi électriques qu'américains qui vous jouent un de ces acid rock dont les Morts Reconnaissants pourraient très bien être fiers, eux qui en ont quand même suscité plus d'un, de combo décoiffant.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2008
20 mai 2008
OH ! MAIS C'EST QUE
OH ! MAIS C'EST QUE
"Oh ! Lorsqu'au dehors, memento des morts,
Pleure et beugle la bise"
(Jules Laforgue, Apothéose)
Oh ! Mais c'est que j'aime ça, moi le rock
Lorsqu'au solo la guitare évoque des
Dehors indicibles dans des villes invisibles
Memento des saisons passées, les corps
Des jeunes filles y traversent le temps des
Morts ; irait-on dans ce passé que
Pleure une guitare nostalgique
Et l'on verrait qu'il n'y a plus rien qui passe et
Beugle, pas même entre les cités fantômes
La vache d'un pré sans fin où la
Bise chatouillait jadis narines et feuillages.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mai 2008
17 mai 2008
IMMOBILES
IMMOBILES
Nous cœurs qui cognent dans des poitrines au vent
Vivons fixés à nos ombres dans les couloirs
Parmi les masques clairs des images glacées
Les fenêtres que nous hantons et les demeures
Immobiles où passent êtres et objets
Nous syncopés passants digestifs engoulevents
Vivons avec notre fantôme pour mémoire
Parmi les souvenirs aux sourires figés
Les années dernières la buée des miroirs
Immobiles les visages qui s’y devinent
Nous du passé plein la cafetière nous qui
Vivons avec ces fils qu’agitent nos fantoches
Parmi des villes sans plus personne pour que
Les noms nous reviennent aux lèvres nous vivons
Immobiles grignotés par le temps féroce.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 mai 2008
09 mai 2008
DES IMAGES
DES IMAGES
Dans l'ordre aux innombrables grains de sable
Les images multiplient leurs signes les
Images nous y cherchons l'écho de nous-mêmes y
Figure aussi le brûleur d'icônes le briseur de statues et
Aussi le contempteur des visages
Celui qui nie l'épée de l'énigme celui
Qui jette une lézarde de sang le long du masque celui qui
Nie la nécessité du poème et du cri
Les images aux corbeaux, les
Images aux loups blancs, les images dans la main de Cassandre.
Patrice Houzeau
le 9 mai 2008
04 mai 2008
ET PUIS MERDE
ET PUIS MERDE
“Close your eyes,
There are suns behind your lids”
(Louis MacNeice, Perseus)
« Ferme les yeux,
Il y a des soleils sous tes paupières »
(Louis MacNeice, Persée)
Ferme la porte le chien du vent arrive dis-tu
Les visages on y lit des
Yeux inquiets quand vient le soir
Il y a des gens dont on ne parle pas il
Y a des noms que l’on ne prononce pas il y
A des jours que l’on tait
Des corps sans sépulture on sait qu’il y en a les
Soleils filent les ponts on les reconstruit
Sous tes paupières que vois-tu ?
Tes autres ennemis ? Tes amis revenus ? Sous tes
Paupières peut-être quelque chose qui brûle ?
Ferme la porte le chien du vent arrive dis-tu
Les corps passent devant tes
Yeux secs et fatigués
Il y a des gens que l’on ne connaît plus il
Y des voisins qui ne sont pas revenus il y
A des villes où l’on n’ira plus
Des chiens aboient lancinant longuement quelque part les
Soleils passent à travers
Sous tes paupières
Tes jambes te portent-elles encore par-delà le fleuve où les
Paupières mauves des jeunes filles patientent ?
Ferme les yeux le chien du vent en effet arrive
Les êtres sans plus ni jambes ni
Yeux défilent devant toi
Il y a plus d’enfants que d’hommes Il
Y a plus de mères que de maris Il y
A maintenant la misère
Des hommes sous des
Soleils promis qui ne sont pas venus
Sous tes paupières combattant sous
Tes paupières que vois-tu sous tes
Paupières qu’un drapeau taché de sang.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 mai 2008
30 avril 2008
LA ROUTE ETAIT DROITE
LA ROUTE ETAIT DROITE
"La route était droite, nue, lisse, de ce bleu métallique particulier aux grandes nuits de lune, en automne." (Pierre Pelot, Parabellum tango, J'ai Lu, p.101)
La lune j'en mange vu que je suis lunatique
Route voici la route et son serpent automobile
Etait-elle d'ici d'ailleurs la voici envolée
Droite dans le ciel serpent bitume
Nue dans la chambre dans un lavis de lune
Lisse comme la peau de
Ces bêtes dont on fait des habits
Ce ciel est si bleu
Bleu le ciel bleu pis crack v'la que
Métallique la foudre fait des riffs
Particulier quand même ce rythme dans le ciel
Aux chansons je prête des infinis
Grandes sont-elles les ritournelles toutes les
Nuits toutes les nuits elles tournent leur manivelle
De cervelle en cervelle y glissant la
Lune toute entière toutes les nuits
En quelques accords de piano
Automne voilà que tu la ramènes ta frimousse nostalgie.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 avril 2008
22 avril 2008
RUE DESERTE
RUE DESERTE
"La rue déserte, toute ruisselante, brillait sous le soleil, comme un miroir." (Georges Bernanos, Monsieur Ouine, Presses Pocket, p.105)
La rue est déserte on s'y étrangle pourtant la
Rue file lame dans l'espace
Déserte on y croise des regards pourtant
Toute la lumière éparpillée dans le gel
Ruisselante la rue une noyée du matin y
Brillait la fée fracassée
Sous un vertige de fenêtres et d'escaliers
Le jour glisse sa tête blanche entre les acrobates bleus le
Soleil aspire leurs longs et minces corps dans ses pailles
Comme la flamme liquide d'un phénix éteint
Un philtre porteur de songes
Miroir qui défait les visages miroir hennissant.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 avril 2008
09 avril 2008
HISTOIRE DU GARS QUI PISSA DANS DES CHIOTTES EN OR
HISTOIRE DU GARS QUI PISSA DANS DES CHIOTTES EN OR
Ah ! C’est qu’il était fin bourré ! Bleu criminel, le Marcel !
Bin c’est qu’il en tenait une bonne !
Tiens, même qu’il a juré ses grands dieux que dans des chiottes en or,
- Léon, tiens toi bien ! dans des gogues en or qu’il avait pissé !
Le cochon ! Pas gêné qu’il est !
Voilà qu’il affabule ! Qu’il mythonne ! Qu’il hallucine !
Le boit-sans-soif ! Le boit-sans-fin ! Le
Gusse qui traîne sa femme incrédule dans tous les rades oùsqu’il a picolé !
Qui ne comprend pas ! Qui fait rire de lui ! Qui de partout qu’il se fait jeter !
A-t-il été victime d’une berlue incommensurable ?
Pissé oui qu’il a pissé dans du brillant, le Marcel ! Vu que
Dans un bistrot voilà qu’il entre effaré penaud et que dans
Ton,- oui, c’est bien lui, le salopard, sti lal qui a pissé dans ton
Saxophone !
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 avril 2008
JUSTE CIEL !
JUSTE CIEL !
Oenone dit :
« Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace ! »
(Racine, Phèdre, vers 265)
Juste est-il l’épithète qui convient pour évoquer ce
Ciel d’où tombe la foudre et
Tout ce que nous supportons ?
Mon Dieu n’est pas mon dieu il n’est que le
Sang qui coule sur la terre
Dans les fleuves qui passent les villages
Mes amis ne sont que ce que le vent en dit Aux
Veines on lie des corps des chevaux morts
Se chante-t-il cet homme et tous ses incendies ? Sous la
Glace voilà sa face d’ombre pour l’œil du prédateur.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 avril 2008
