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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

04 mars 2008

MERCI POUR LA TROP BELLE

MERCI POUR LA TROP BELLE

« Coque fedouille sur la blonde tignasse
   Prairie d’étoiles sur les mirettes
           Gambettes d’ocelot
           Nombril diamanteux
  Ses bras sont un serpent au sang chaud
          Zoutépaudévafe
          Zoutépaudévafe
          Zoutépaudévafe
          Zoutépaudévafe
          Sig aligne a tu you zu
          Signe aligne a ti zaille-zi »
(Claude Gauvreau, 1er couplet et refrain de Trop belle pour mourir, texte mis en musique par Robert Charlebois)

Coque fedouille qu’tu dis qu’tu dis
Robert chantant Claude c’est ça qui
M’plaît ces mots à propos d’étrange
Ces mots à propos de l’ailleurs qui
Nous colle à la peau tee-shirt très
Mouillé collant à la peau de la qui
A blonde tignasse et pis la prairie
D’étoiles sur les mirettes comme si
J’la voyais comme si mais j’saurais
Pas quoi en faire tandis que là qui
Agite ses gambettes d’ocelot et son
Nombril diamanteux dans une chanson
C’est très bien mirifique magique &
Electrique comme un solo de guitare
Electrique comme lancée d’un violon
Electrique comme ses bras qu’tu dis
Qu’tu dis qu’ils sont un serpent au
Sang chaud qu’ça siffle fatrasie du
Verbe zoutépaudévafe zoutépaudévafe
Zoutépaudévafe zoutépaudévafe merci

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 mars 2008

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18 décembre 2006

SUR LES DIX PREMIERS VERS DU "DOUX SAUVAGE"

SUR LES DIX PREMIERS VERS DU "DOUX SAUVAGE"

Les citations faites du texte de Robert Charlebois figurent ici en bleu.

"Doux sauvage" est une chanson dont Robert Charlebois a signé les paroles ainsi que la musique. C'est, à mon sens, l'une des plus belles chansons de cet auteur compositeur interprète dont il est bon de rappeler à quel point il fut novateur et a influencé la chanson en langue française. Avec Charles Trénet, Claude Nougaro et Serge Gainsbourg, Robert Charlebois a, - et fait encore -, swinguer et sonner les mots mieux que beaucoup de ces anglo-saxons qui disent parfois des niaiseries avec le grand sérieux qui sied aux imbéciles persuadés d'avoir raison.

Le premier vers de la chanson est un alexandrin, avec une césure à la septième syllabe, dans lequel le poète, - eh oui, j'aurais cette effronterie de considérer Robert Charlebois comme un poète, n'en déplaise aux grands obscurs d'une modernité d'éditeurs parisiens -, constate que le temps passant l'a éloigné de ces "rivages où il courait nu comme un doux sauvage" :

Il est déjà loin de moi le temps des rivages
Où je courais nu comme un doux sauvage

La chanson repose sur l'oxymore "doux sauvage" qui associe la naïve et feinte douceur des enfants et des adolescents à la sauvagerie qui, nous le savons bien, niche au fond de l'homme, toujours prête à jaillir et à faire de nous des assassins, ou plus communément, des gens très indifférents au sort d'autrui, des êtres sans autre altérité que celle qui nous est nécessaire pour vivre et régler nos petites affaires très humaines et absolument mesquines.

Dans les vers 3 et 4, l'auteur ajoute à l'éloignement des rivages l'éloignement d'une autre, une "doux sauvage", une apparition lunaire, son double féminin qui, bah !, n'existe ici que par la légereté d'une allitération :

Elle est déjà loin de moi la louve des dunes
Qui me volait mes lunes

"Elle" / "loin" / "louve" / "volait" / "lunes" : l'allitération allège la nostalgie,  la rend plus poètique en quelque sorte, fait de cet être mythique ("la louve des dunes") une créature syllabique qui, en elle-même, littéralement, exerce une attirance certaine, sinon une fascination puisque cette chanson, nous l'avons écoutée des dizaines de fois.
Nous retrouvons au vers 3 la césure de la septième syllabe qui, ainsi, insiste sur le pronom personnel "moi".

A l'imparfait des formes "courais" et "volait" succède le présent dans lequel le narrateur semble se débattre :

La ville m'a acheté me joue et me gage
Au prix de mes souvenirs doux sauvage
Et dans ma soie de Kermesse
Je pense au sous-bois
Qui me voyait les fesses
Sans se demander pourquoi

La répétition du leitmotiv "doux sauvage" rappelle à l'auditeur que la chanson évoque ici une existence antérieure dont le narrateur ne semble pouvoir réellement se défaire, et qu'il évoque sur le ton de cette nostalgie qui enjolive tout puisque nous nous souvenons du passé comme si nous n'y étions pas mortels.

Allitération encore puisqu'une chanson, c'est aussi la musique des mots : "soie" / "Kermesse" / "pense" / "sous-bois" / "fesses" / "sans se".

Qu'est-ce donc que ce bruissement de la sifflante ?  Peut-être, le bruissement des feuillages, l'ombre complice du "sous-bois", et ce contact, jadis familier et presqu'oublié maintenant, - que la chanson cependant ravive -, de ce

temps des herbages / Qui fouettaient mes chevilles de doux sauvage

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 décembre 2006

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24 août 2006

UN PIANO BIEN SÛR

UN PIANO BIEN SÛR

Un piano, bien sûr, comme il faut pour la chanson, pour dire qu'on est, en fin de compte, au bout de tout :

"un gars ben ordinaire" (1)

Un piano, bien sûr, noir et blanc, des corbeaux sur la neige,

"Un piano noir comme un corbeau" (2)

pour chanter :

"Je suis un gars ben ordinaire
Des fois j'ai pu l'goût de rien faire" (1)

Tout en se rappelant, avec des élisions qui sonnent comme ces accords que l'on plaque sur le clavier, que ce piano bien sûr, c'est aussi un instrument de travail :

"J'fumerais du pot, j'boirais d'la bière
J'ferais d'la musique avec le gros Pierre
Mais faut que j'pense à ma carrière
Je suis un chanteur populaire" (1)

Et qu'c'est pas toujours une consolation que ce piano :

"Je m'enfonce dans l'enfer blanc
Malgré mon violon en fer-blanc
Mon piano allemand
Et ma fusée d'argent" (3)

Mais le piano, bien sûr, incline aussi à la mélancolie amusée :

"Quand je serai mort
S'il vogue vogue mon piano
Viendront s'y poser les oiseaux
Do ré mi fa seul la si do" (2)

Et voilà l'artiste à traverser le Styx dans un piano couronné d'oiseaux.
Ainsi, par le biais de l'humour aigre-doux, ne craint-il pas de chanter la mort, l'injuste et fort égal bien commun.
La mort : ce qui fait mal aux demeurants, aux vivants restés et encombrés des choses, des choses du temps, ce qu'on avait et qu'on a plus, ou plus vraiment, et qui rappellent forcément :

"J'ai eu toutes sortes d'autos
Des Studebaker des Monarch
Des Pontiac des Buick Dina-Flow
Des Mercedes des Jaguars
Des Peugeots des Alfa Romeo

(L'auteur improvise avec brio plusieurs marques d'autos de plus en plus drôles.) (4) (8)

(...)

J'ai eu toutes sortes de cadeaux
Un mécano des patins à deux lames
Des patins à roulettes une traîne sauvage
Un traîneau un habit d'Zorro une montre Timex

(L'auteur improvise avec brio plusieurs sortes de cadeaux de plus en plus drôles.)" (4) (8)

Ce qui fait mal car n'empêche que :

"Sur l'autoroute ailée
Dans un beau char volé (5)
Dolores ô toi ma douloureuse
Perdus sua (6) rue Ontario
Tout nu dans ma Toronado
Les yeux pleins d'eau
J'écoute la radio
Je frappe un Desoto (7)
J'grimpe dans un poteau wo wo
                 Sifflé
                 L'auteur est mort"

Non. Le mort chante encore, magnifique et toujours "doux sauvage" comme le rappelle le titre de ce si sobre album de 2001, dans cette continuité du piano bien sûr et de la guitare of course entre l'artiste maintenant sexagénaire (Robert Charlebois est né à Montréal le 25 juin 1944) et celui qui faisait danser les "bougalous" (les "jeunes zazous" comme le traduit Lucien Rioux dans son lexique, cf Robert Charlebois par Lucien Rioux, Seghers, coll. Poésie et Chansons, p.172).

NOTES :
(1) Ordinaire (Paroles de Mouffe, musique de R. Charlebois)
(2) Le piano noir (Paroles de Daniel Thibon, musique de R. Charlebois)
(3) Avril sur Mars (Paroles et musique de R. Charlebois)
(4) On sait le goût que Charlebois a souvent manifesté pour le jazz et l'improvisation. Cette ouverture aménagée dans la texte permet donc à l'artiste d'improviser en vers de la même manière qu'un guitariste enchaîne son solo.
(5) dans un beau char volé : dans une belle voiture volée.
(6) sua : sur la (enclise)
(7) je frappe un Desoto : j'emboutis une De Soto
(8) Dolores (Paroles et musique de R. Charlebois)

N.B. : Toutes les citations et les références faites dans cet article sont tirées de l'ouvrage de Lucien Rioux Robert Charlebois par Lucien Rioux, Editions Seghers.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 août 2006


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17 septembre 2005

Dans les chansons de Robert Charlebois 2

DANS LES CHANSONS DE ROBERT CHARLEBOIS 2

Comme un air d'éternité, la chanson...

Dans les chansons de Robert Charlebois, il y a des guitares électriques qui soulignent la marche dans le vent des villes :

It's been a long flight babe
It took almost all nite long babe
And it seemed to me like eternity (1)

Et moi, et moi, je me promène itou dans cette apparence de vie que l'on appelle le jour, entre les nuits et les songes au bord du sable.
Et chaque fois que je l'écoute, cette chanson, Long Flight, je me dis qu'elle exprime formidablement cette apparence de ville fantôme qu'ont parfois les villes quand quelque chose en nous se met à grincer, à coincer, à siffler dans le palpitant, un oiseau dans l'âme, un aigle qui se déploie dans un bruit, un mouvement trop grand pour nous :

Nobody was talking anymore
Nobody was laughing anymore
Nobody was singing on Picadilly
Nobody was working in the factory (1)

Il arrive ainsi que le vide
que le vide
nous arrive

Comme un air d'éternité, la chanson, la bonne chanson des mauvaises saisons...

Dans les chansons de Robert Charlebois, il y a aussi un gars qui dit à tout le monde :

Demain l'hiver je m'en fous
Je m'en vais dans le sud au soleil (2)

et qui "se pousse en paix avec les canards", ce qui signifie qu'il se taille, qu'il fiche le camp, qu'il part et s'en va comme migrent les canards qui sont les plus persistants moqueurs du monde que l'on connaît et qui nous envoient de Chine presque chaque année des grippes à dépeupler.

Et puis, dans les chansons de Robert Charlebois, il y a un rêveur, un "doux sauvage" qui avoue :

Et j'avoue que j'ai cru au mirage
Je deviens plus fou que sage
Et je m'ennuie des loups dans ma cage (3)

Et moi, et moi, je sais bien que le temps n'est plus aux loups, que le temps n'est plus aux neiges ; le temps est aux fous qui les prennent, les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages (4) et qui, très libéralement et très mondialement, nous préparent un de ces étés infernaux à chanter La Fin du Monde et à dire que :

Et tous les anges se mirent à hurler (5)

Notes : (1) Robert Charlebois, Long Flight
(2) Robert Charlebois, Demain l'hiver
(3) Robert Charlebois, Doux Sauvage
(4) Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages, titre extraordinaire d'un film de Michel Audiard qui a fourni, par ailleurs, au général De Gaulle une occasion, parmi d'autres, de faire se gondoler les journalistes lors d'une de ses fameuses conférences de presse.
(5) Robert Charlebois (d'après Saint Jean), La Fin du Monde

                   Patrice Houzeau
                   Hondeghem, le 17 septembre 2005

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24 août 2005

Dans les chansons de Robert Charlebois 1

DANS LES CHANSONS DE ROBERT CHARLEBOIS

                                                                                  Au loup.

Dans les chansons de Robert Charlebois, il y a un rêveur à musique qui "veut franchir le mur du son" pour faire danser :
                                Trois Amériques à l'unisson (1).

Et moi, et moi, et moi, le long d'l'herbe mouillée et des soleils tournés, je m'en vais avec Pathus et Melchior sous une fausse blonde toute en or.

Dans les chansons de Robert Charlebois, il y a "un gars ben ordinaire" et même que "des fois il a pu l'goût de rien faire" mais, c'est la vie comme ça, il "faut qu'il pense à sa carrière" (2).

Et moi, et moi, et moi, je nage pas non plus dans l'extraordinaire, je fume du blond et j'bois d'la bière et du café pour écrire des vers ; j'ai des bouquins pour passer l'hiver et j'm'en fous rue des Vicaires car les chansons du garou sont pas ordinaires.

Dans les chansons de Robert Charlebois, il y a un gars qui s'dit :
Fais-toi z'en pas
Tout l'monde fait ça
et qui regarde par terre "les sacs de chips écrapoutis" ce qui veut dire qu'ils sont écrabouillés, et qui "s'parle tout seul et s'dit hostie" (3), et s'dit bon dieu.

Pendant c'temps là que je me dis "Fais-toi z'en pas", l'été poursuit sa petite musique d'infini, le sourire d'ma brune Elise et la pluie du nord.

Dans les chansons de Robert Charlebois, il y a "un Hell's Angel à pied qui roule à bille sur du papier" (4) et qui chante :
                        Elle est déjà loin de moi la louve des dunes
                        Qui me volait mes lunes
(5)

Et moi, je regarde le vent qui roule sur la terre visages perdus, pluies, soleils, les villes et les rues toutes pareilles, jamais pareilles, le vent qui cause à travers nous.

Dans les chansons de Robert Charlebois, il y a :
Un moteur gris dans le brouillard
et
Entre les anges dans le soir
Des pintes de lait tout en or
(6)
et
des "trop belles pour mourir" entre les guitares qui, électriques, vous miment le vent, vous miment les bras, "serpents au sang chaud" (7) et puis, bien sûr, c'est à suivre tantôt...

Notes : (1) : Mouffe, Le Mur du son.
(2) : Mouffe, Ordinaire.
(3) : Réjean Ducharme, Fais-toi z'en pas.
(4) : Robert Charlebois, Les Ailes d'un ange.
(5) : Robert Charlebois, Doux sauvage. (Celle-là, c'est ma préférée ! : Note de l'auteur du présent article).
(6) : Robert Charlebois, California.
(7) : Claude Gauvreau, Trop belle pour mourir.

                                      Patrice Houzeau
                                      Hondeghem, le 24 août 2005                        

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