14 novembre 2007
LIBERTE CONTRAINTE
Vaste sucre
Le ciel parfois me semble un vaste sucre bleu sur lequel l'eau coule longuement et vient se mêler à l'absinthe de nos esprits.
"Sphinx noir"- "Sphinx blanc"
André Breton, en 1939, dans la préface de son Anthologie de l'humour noir, distingue le "sphinx noir" de l'humour objectif du "sphinx blanc" du hasard objectif. Deux sphinx de haute ironie donc, comme il y a une magie noire et une magie blanche, comme il y a des jours noirs et des nuits blanches, le night and day des touches du piano, et les cases noires et blanches de l'échiquier de tous les possibles.
Nous vivons dans des combinaisons que l'esprit cherche à maîtriser absolument. L'ironie étant que la généalogie de ces combinaisons doit tout au hasard.
L'inimaginable
Nous ne nous consolons sans doute jamais vraiment d'être nés, d'être ainsi jeté en pâture au regard, de risquer à tout moment l'inimaginable horreur d'une mort violente.
Société ouverte
Toute société dite "ouverte" se complique. Paradoxalement, plus la société semble s'ouvrir, plus les agents de cette société éprouvent le sentiment d'être assujetti à l'aporie d'une modernité sans fin.
La liberté est contraignante et, André Breton a raison, la Beauté vouée à être convulsive.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 novembre 2007
03 juin 2007
DEVORATION
DEVORATION
Là-bas, le lièvre blanc que l'on tue d'une pierre. "Depuis le temps que j'essaie de l'avoir celui-là... On va le manger tout de suite, j'ai trop faim." (L'île des Mers gelées, Rosinski - Van Hamme, Le Lombard, p.27).
Le vieil homme dans la patience des cavernes. Le feu jaunit faces et fourrures. Le poing qu'il serre est nerveux et ridé. Il sait que pour l'emporter, il faudra d'abord "vaincre le Seigneur aux Trois Aigles", ce prédateur redoutable et sans visage. (L'île des Mers gelées, p.32).
Le petit groom de Charleroi tape du pied dans des os nettoyés de leur chair. C'est qu'il a un fauve à nourrir, un fauve qui fait OARR ! dans la case quand il réclame à dévorer. (4 Aventures de Spirou et Fantasio, Franquin, Dupuis, p.54).
Dévoration ! Dévoration ! Tout n'est rien que d'la dévoration... Pour se payer la fiole de son frangin Bart, Lisa Simpson affirme que dans l'hémisphère Sud, on porte des chapeaux à ses pieds et que "les hamburgers mangent les gens".
Certains membres de la noblesse eurent pour étiquette d'à peine goûter les plats, d'à peine porter les lèvres à la coupe, considérant que se nourrir était une activité si commune, si triviale qu'il ne fallait surtout pas montrer que l'on pût y prendre plaisir.
De là, la vraie noblesse des maîtres qui firent de la cuisine dite bourgeoise un art à part entière.
De là, la sottise végétarienne qui prépare les humains, pourtant si curieux de saveurs, à devenir de latents anorexiques.
"Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas." Ah bah ! Où sont les petits pâtés, les gougères et les fruits que nos aïeux avalaient dès qu'ils le pouvaient ?
Il est vrai que les travaux et les jours étaient alors longs et multiples.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 juin 2007
06 mai 2007
EPARS
EPARS 4-5
4. Religion.
Plus on monte dans la hiérarchie catholique, plus, sans doute, est-on croyant. Les prêtres de base, les curés des paroisses pauvres ou à demi-mortes sourient de la sottise de leurs ouailles bigottes tandis que les Monseigneurs et les porteurs de pourpre se gargarisent de dogmes et de psaumes. C'est que ces derniers attribuent peut-être leur bonne fortune à la volonté de quelque Dieu, et s'épatent, eux qui ne savaient rien faire, d'être montés si haut.
L'astrologue qui vit très bien de ses mensonges ne peut pas dire autre chose que : "Vous voyez bien, les astres, c'est du solide !".
Chez les salafistes, on peut se demander si ce n'est pas le contraire. Les simples croient dur comme glaive que c'est en allant assassiner leurs frères humains qu'ils mériteront leur place au paradis des braves. Eux y croient ; les chefs de ces commandos d'assassins leur font croire.
A moins que, comme chez les chrétiens, ces dignitaires zélés et barbus n'attribuent à celui qu'ils appellent Dieu la fortune de leur position sociale.
Loué celui qui arrachera la barbe postiche du Père Eternel et lui dira en face : "Farceur, va ! Tu n'es qu'un homme !"
5. Diable !
Le satanisme, le luciférisme et autres gothismes décérébrés font des ravages dans ce "club chrétien" qu'est l'Europe. On voit bien l'enjeu de tels mouvements anti-évangéliques. Si le mal est d'origine occulte, on ne peut donc le combattre, ou, à tout le moins, c'est en un vain combat que se lanceraient les hommes de bonne volonté. Aussi n'est-on pas surpris de retrouver quelques figures de la plus noire des extrême-droites derrière bon nombre de ces sociétés plus ou moins secrètes.
Mais l'officier chilien qui jetait des prisonniers vivants du haut d'un avion en vol, mais l'officier chilien qui ordonnait que l'on introduise un rat dans le vagin d'une prisonnière, mais le Général Pinochet qui chapeautait l'horreur ne sont pas d'invincibles démons, ne sont pas montés tout droits dans leurs bottes des enfers pour venir tourmenter les humains. Ce sont des hommes qui ont commis ces actes. Cela prouve deux choses :
- Que l'on peut faire faire à peu près n'importe quoi à à peu près n'importe qui.
- Que, puisque ce sont des hommes, on peut les combattre de manière efficace. Ce combat s'appelle la Résistance. Et, même s'il se fait souvent dans l'ombre, n'a rien d'occulte.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 mai 2007
EPARS
EPARS 1à 3
1. Trou.
"C'est un trou de verdure" écrit Rimbaud (Le Dormeur du Val). La nature est pleine de trous ; et nous-mêmes nous y circulons sans cesse, allant de trou en trou, faisant notre trou, tombant dans les trous qui s'ouvrent sous nos pas comme autant de bouches d'ombre.
2. Lune.
Au moment où je glisse dans l'entre-deux mondes nocturne, je m'imagine parfois que la lune sort parfois des plis de sa robe, - car elle est fille, la lune, assurément -, une longue paille avec laquelle elle vient sucer la cervelle de quelques milliers d'âmes.
"C'est la lune qui lui a sucé la cervelle" disent de l'endormi à jamais les trois dames qui traversent infiniment le chemin plein de vent et de feuilles.
3. Bref.
La briéveté est une politesse. Sont-ils fâcheux les auteurs qui croient nous imposer des pensums de 400 pages, des films de 4 heures, des chansons qui n'en finissent plus ? Le génie est dans le plus bref, l'équation d'Einstein, si brève et si pleine de monde : E = mc2
