12 novembre 2008
HANTISE DE MER
HANTISE DE MER
Sur la mer flottent quelques ruines que la bruine
Mêle au sel dans l'air, au fer de cri des mouettes;
On dévore des choses à la vinaigrette
Dans les brasseries d'où l'on voit passer la mer.
Sous le dragon sans pluie s'élance le donjon
D'entre les flots verts, dos fouettés de soleil,
Dos hérissés de foudre blanche, frappés de
Malédictions et plein de frissons jusqu'aux dunes.
A plat ventre sur le sable on lit les journaux
Où s'étalent faits divers, crimes et abîmes;
De la radio s'évadent quelques ectoplasmes.
L'on reluque aussi les nonchalants bikinis
Fantasmes; du loin trois dames au sable au vent
De là-bas au loin s'en viennent les ramassant.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 novembre 2008
28 octobre 2008
A LA DOUZAINE, LES ENCHANTEURS
A LA DOUZAINE, LES ENCHANTEURS
A la douzaine, les enchanteurs, ces « magiciens qui dansaient une ronde », comme enfants des écoles (mais alors avec les yeux étranges d’un village de damnés), car c’est la volée des âmes de la « cloche ». Tempestaires, les âmes, à le crever, le ciel, en orage formidable, en tonitruant tintouin des étages :
« Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche de Saint Jean. Ils évoquèrent l’orage l’un après l’autre, et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze voix qui traversèrent processionnellement les ténèbres. » (Aloysius Bertrand, La ronde sous la cloche, Gaspard de la Nuit).
Donc, comme on appelle le diable, ils l’appelèrent, cette critique des ciels, cet état d’urgence des phénomènes ; l’orage, ce collège magique, ces douze apôtres de minuit, cette gothique rêverie dans l’adverbe, ils « l’évoquèrent » donc.
C’est ça qui hallucina le dormeur aux yeux ouverts à dénombrer le minuit, à témoigner du déluge :
« Aussitôt, la lune courut se cacher derrière les nuées, et une pluie mêlée d’éclairs et de tourbillons fouetta ma fenêtre, tandis que les girouettes criaient comme des grues en sentinelle sur qui crève l’averse dans les bois. » (Aloysius Bertrand)
En voilà de la ligne claire « d’éclairs » et de « tourbillons », ça rappelle la couverture de l’album Les 7 Boules de cristal d’Hergé, avec cette spirale de feu qui soulève le Professeur Tournesol et son fauteuil au-dessus d’une table d’où valsent les livres, projetés par l’invisible des forces, par ce fouet de l’ailleurs qui fait fricassée de fenêtres, qui lance des chevelures sans tête à la tête des « girouettes », dans le clair déluge des tailles de la gravure, stries, traits cochant girouettes et « grues en sentinelle », cris, traits de « l’averse dans les bois ».
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 octobre 2008
27 octobre 2008
NON PLUS
NON PLUS
Je me promène seul sous la pluie j'aime ça
Me promener dans des rues qui n'existent plus
Sur vos pas sur vos ombres voilà qu'il a plu
Des bières des paquets de clopes des chansons
De ces trucs qu'on entend à la radio parfois
Petites féeries venues d'une autre fois
D'une de ces villes où vous n'allez plus non
Plus vous promener dans la neige faire ça
Vous promener dans des temps qui n'existent pas
Le temps vous a mâchés le temps vous a blanchis
La neige a éloigné vos manteaux vos visages
Quant à vos prénoms je ne les sais plus non plus
Vous m'êtes étrangers maintenant comme loups
Blancs comme cendre que disperse l'averse.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 octobre 2008
26 octobre 2008
CHRONIQUE
CHRONIQUE
Sur la table il y a trois poignées de cerises
La jeune fille est brune et blanche sa chemise
Il pourrait de la lune et de ses yeux brouillés
Dégringoler une théorie d'araignées
J'écoute sinuer toute une caravane
Trompettes et saxos le dieu jazz se pavane
Il pourrait aussi des os dégringoler quelque
Jour où dieu viderait ses placards à squelettes
C'est le matin tout gris des villes dans le Nord
Sans miracles les gens pourtant y croient encore
Il a l'air le soleil d'une infinie cymbale
Qui n'en finit pas de vibrer dans les yeux pâles
Du portrait il y a quelques traits de lumière
Et sur les murs la patiente ironie du lierre.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 octobre 2008
14 octobre 2008
VENIR LE VENT
VENIR LE VENT
La pluie est pleine de fantômes aujourd'hui
Ce n'est pas toujours le cas parfois elle est vide
La pluie, bête comme de l'eau qui tombe. La
Pluie pleine de saisons d'anciennes maisons elle
Chante sa chanson à souvenance et remet
Deux francs dans la nostalgie de ces pluies d'ailleurs
De ces pluies dans les plis du temps qui vous reviennent
Lointains et si ténus grignotements de l'être
Et vous savez alors que les étés sont morts
Et le monde livré aux ombres silencieuses
Ou alors - car la pluie est pleine de où gris -
C'est qu'elle vous joue la pluie un tour de cochon
Qu'elle vous tombe dessus la nuit alors que
Vous écoutez les yeux ouverts venir le vent.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 octobre 2008
11 octobre 2008
ARTHUR
ARTHUR (fantaisie pour chevalier éparpillé)
Je suis le chevalier de la gadoue, les os
Au vent, d'la souvenance et du brouillard dedans.
D'eau dormante mon épée, de sable ma lance,
Je repeins mon blason détrempé par la pluie.
Je passe dessus mon destrier tout destroy,
Fantôme parmi les hommes, je suis l'ombre et
Les toits, des dragons pleins de flèches et de flammes
Qui ont mille yeux puis aussi mille ailleurs.
Un lac me hante avec dessous toute une armée ;
Ma Quête est morte et ma Dame claque du bec,
Très momie quelque part dans la boue d'un fossé.
Je suis l'ours au filet des ombres et je suis
L'ombre à la mare aux canards très moqueurs de moi,
Moi, Chevalier de la gadoue, les os au vent.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 octobre 2008
CLIP
CLIP
Dans les rues se déploie la batterie des jambes
Entre les briques rouges et le soleil pâle
Des frites ; un piano me passe par la tête,
Il serine deux trois phrases un peu faciles.
Après il y a une chanson à la mode,
Un de ces airs rythmiques pour chanteuse de
Clip où l'on voit défiler des trottoirs avec
Dessus des gens et des fenêtres et du vent.
La journée déballe ses visages, on passe ;
Entre le soleil blanc et le goudron, on passe ;
On croise des corps, on croise des yeux, on passe
Avec un peu de brume dans les souvenirs.
La radio fait rouler ses danseuses modernes ;
Il y a le matin des voix et des paroles
A propos d'un accident au carrefour et
Il y a une grille d'accords pour la pluie.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 octobre 2008
10 octobre 2008
COUTURE
COUTURE
Les arbres ont mis leurs chaussettes vertes ;
Une épée parcourt les prés : c'est la lame.
Il pleut sur la gabardine des rivières,
Il pleut du verre brisé : c'est la lame.
Le ciel a dégrafé son jean et pisse
Des aiguilles de soleil sur les bigarrés
Paletots des zoziaux bavards dans les bigarreaux :
C'est la lame de l'aube dans la soie des herbes.
Dans les pâtures parcourues de plaies cousues,
De chevaux et de sabres, sous le pull des haies,
Les sources font bruisser leurs jupons.
Les voix se sont décousues dans le vent ;
On a mis un vieil imperméable à
L'épouvantail. Il a l'air d'un égorgé.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 octobre 2008
24 septembre 2008
IL SE FAIT TARD
IL SE FAIT TARD
(Fantaisie provinciale)
"Il était tard ; ainsi qu'une médaille neuve
La pleine lune s'étalait,
Et la solennité de la nuit, comme un fleuve,
Sur Paris dormant ruisselait.
Et le long des maisons, sous les portes cochères,
Des chats passaient furtivement"
(Baudelaire, Confession, vers 5-10)
Parfois, "il se fait tard", c'est qu'il est temps de se rentrer, de quitter la table et le dernier verre, pour s'en retourner au dodo de chez soi.
Dehors, la poitrine bleue ; accrochée dessus, claire qui brille, la lune, ronde comme l'ahurissement.
Dessous, la ville, vide, endormie, étalée, allongée, lunaire comme l'absence.
Curieux, ce vide alors, de ce qui fut si plein, très nerveux jusqu'au toxique, ce vide des rues grises et bleu lunatique, que l'on traverse, vite quand même, vu qu'on est à pied, et que les choses sont pleines d'invisible.
Curieux, ce vide, cette clarté du dédale, suite cochère aux chats miauleurs, et demain, si loin encore demain, l'obligatoire lendemain, l'affaire inévitable de demain, inéluctable comme l'habituel, l'embrouille, la fâcherie, l'ennui, rendez-vous qui attendra pourtant que nous ayons réouvert les yeux, désablé nos prunelles de la paille d'or des nuits là, où l'on s'en va scier des bûches dans l'ailleurs.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 septembre 2008
21 septembre 2008
BREDOUILLE
BREDOUILLE
"Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert.
Que tirais-je à la gourde de colocase ?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer."
(Arthur Rimbaud, Larme)
Garé des becs, des bêlements, des jupons, à s'boissonner aux bruyères, dans la verte tiède des midis passés, embrumés quand même, les noisetiers.
Quoi donc que j'picolais ? Partout silence : vert gazon et "tendres bois" des images ; ni fleurs, mais couronne d'ardoise du ciel. Je tétais au flacon "quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer" ; des lambeaux de Rimbaud me passaient par la tête.
Rhum alors ! Et j'étais si seul saoul à pas y revenir, à mon auberge ! Surtout que le ciel se renfrognait cochon, grognon secouant les étables, énervant Pégase qui ferra des éclairs, déclarant des "pays noirs" (Rimbaud encore !), de zèbres lacs, des nuits bleues à longilignes vertigineuses ondoyantes, à gares aussi, pleines de savants et de femmes en partance.
Drache ! Drache ! A blaguer des sables ! Et que ça tomba des pétanques ! A chuter chien malade ! Gelé je fus, frigo... Du coup, je laissai choir le flacon et suis rentré à m'maison.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 septembre 2008
