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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

23 décembre 2008

OU MILLE DIABLES BLEUS

OU MILLE DIABLES BLEUS
Rimbaud remix

Où mille diables bleus dansent dans l’air (Plates-bandes d’amarante jusqu’à…) – Arrivée de toujours, qui t’en iras partout (A une raison) – des boulevards de cristal habités incontinent par de jeunes familles pauvres qui s’alimentent chez les fruitiers (Métropolitain) – Des erreurs qu’on me souffle, magies, parfums faux, musiques puériles (Nuit de l’enfer) – La jeune maman trépassée descend le perron (Enfance II) – Et l’infini terrible effara ton oeil bleu ! (Ophélie II)

Voilà à la fenêtre gigue d’enfer, là où mille diables bleus dansent dans l’air ! Quelle équipée sauvage alors, cette parade de soldats dans le labyrinthe.
Arrivée de toujours, qui t’en iras partout
. Quel bel alexandrin ! – c’est du Rimbaud - ; ça souffle sur les braises, cette raison-là, lance des reflets de flammes, des joailleries inouïes le long des boulevards de cristal habités incontinent par de jeunes familles pauvres qui s’alimentent chez les fruitiers.
Dans Le Labyrinthe de Pan, de Guillermo del Toro, le capitaine franquiste est traité « d’assassin », de « fils de putain », par le vieil agriculteur dont il vient de tuer le fils. Cela fait toujours plaisir à entendre qu’une brute à galons soit appelée « fils de putain ». Cela fait d’autant plus plaisir que c’est probablement faux, mais on n’est jamais assez injurieux avec les brutes galonnées, les trop zélés ronds-de-cuir, les trop polis pour huissiers de justice et ces administrateurs judiciaires qui aiment à faire trembler. Quant aux spéculateurs, que les mouches leur sortent de la bouche ! Ah, crapauds des banques et des commerces d’argent blanchi, qu’Ophélia, celle dont l’infini terrible effara l’œil bleu, vous donne « trois pierres d’ambre magique » et, comme le crapaud du Labyrinthe, vous en vomirez votre foie, votre estomac, votre ventre !
C’est qu’ils nous en ont fomentées, les très diplômés, des erreurs : magies frelatées, probabilités couillonesques, parfums faux de froides féeries, musiques puériles : j’ai pensé qu’il en avait prises, de ses phrases, de ses énigmes, de ses illuminations, le Rimbaud, dans des livrets d’opéras vieux, des romans de nos aïeules :

« C’est elle, la petite morte, derrière les rosiers. – La jeune maman trépassée descend le perron. – La calèche du cousin crie sur le sable. – Le petit frère - (il est aux Indes !) là, devant le couchant, sur le pré d’œillets. – Les vieux qu’on a enterrés tout droits dans le rempart aux giroflées. » (Arthur Rimbaud, Enfance II) et de la même enfance : « L’essaim des feuilles d’or entoure la maison du général. Ils sont dans le midi ». Et cela encore, de fameux : « Des bêtes d’une élégance fabuleuse circulaient. ».

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 décembre 2008

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28 novembre 2008

"SUR L'ONDE CALME ET NOIRE"

"SUR L'ONDE CALME ET NOIRE"

"Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles,
  La blanche Ophélia flotte comme un grand lys"
  (Rimbaud, Ophélie)

Des reflets... Des échos... Ceux des étoiles que l'on retrouve dans l'épithète noire. Car c'est dans "l'onde noire" que ça se passe, la stellaire mirance, sur un rythme binaire que les allitérations "l" et "m" harmonisent en un flux paisible.
Des reflets... Des échos... Mais ça dort ; ça ne bouge pas, car "l'onde" est "calme", et "noire" aussi, cette eau passée dans le registre soutenu de la langue noble des anciennes élégies. Des scintillances... Voilà c'que c'est... Des scintillances non pas dans l'onde mais "sur" l'onde, sur le drap des ténèbres tendu, le drap de l'onde afin que :
"La blanche Ophélia flotte comme un grand lys".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 novembre 2008

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16 novembre 2008

LE DON DES PHRASES

LE DON DES PHRASES

Rimbaud eut le don des phrases. Ce qui lui permit dans le poème Phrases justement (des illuminations), d’évoquer quelque réduction du monde

« en une maison musicale pour notre claire sympathie »

et lier alors la sonorité ouverte de l’épithète « claire » à la musique dans la maison qu’écoutent, ou se jouent, les adolescents rêveurs en se disant peut-être

« je vous trouverai » (Phrases)

à quelque être imaginaire d’une beauté communément inédite,

« Devant une neige un Être de Beauté de haute taille. Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s’élargir et trembler comme un spectre ce corps adoré » (Being Beauteous)

cependant qu’à cette mélomaniaque songerie se mêlent les ombres confuses d’une rancœur qui prend des teintes gothiques :

« Que j’aie réalisé tous vos souvenirs, - que je sois celle qui sais vous garrotter, - je vous étoufferai. » (Phrases)

Ceci nous renvoyant à la défiance coutumière de l’Arthur pour l’élément fille, le « monceau d’entrailles », « l’aveugle irréveillée aux immenses prunelles », la « porteuse de mamelles » des Soeurs de charité, et amenant à considérer que c’est peine perdue que cette « force », que cette « gaîté », que cette « méchanceté » du sans-femme vu que :

« Quand nous sommes très forts, - qui recule ? très gais, - qui tombe de ridicule ? Quand nous sommes très méchants, - que ferait-on de nous ?
   Parez-vous, dansez, riez, - je ne pourrai jamais envoyer l’Amour par la fenêtre. » (Phrases)

C’est qu’il y a d’autres féeries, celle qui danse, génie malin dans l’air :

« J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. » (Phrases)

Et je danse écrit-il transposant les illuminations des villes pour les fêtes (en vue des "joujoux" et de "l’encens") en euphorie syllabique, alexandrins, décasyllabe :

-     « J’ai tendu des cordes de clocher à clocher » (12 syllabes)

-     « des guirlandes de fenêtre à fenêtre » (10 syllabes)

-    « des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse » (12 syllabes)

Et dans le présent de la page, voilà que se posent les plus étranges questions :

« Quelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc ? Quelles violettes frondaisons vont descendre ? » (Phrases)

D’autres féeries… tout est là : dans ce que nous pouvons tirer du très trouble réel, ce qui est ravivé en nous d’émerveillement, malgré les « nappes de sang / Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris / « De rage, sanglots de tout Enfer renversant / Tout ordre » (« Qu’est-ce pour nous, mon cœur »… in Poésies 1872) :

« Avivant un agréable goût d’encre de Chine une poudre noire pleut doucement sur ma veillée, - je baisse les feux du lustre, je me jette sur le lit, et tourné du côté de l’ombre je vous vois, mes filles ! mes reines ! » (Phrases)

C’est que, dès lors, avec sa dose de sensation propice à la phrase, il ne reste plus qu’à aller voir « du côté de l’ombre » de quoi est faite la lumière qui en jaillira. Des « filles » d’abord, - des « reines » même ! de la pure voyance hypnagogique, des moins menaçantes que les filles à marier de la réalité, des vraies « reines » alors, ces filles de la nuit qui vous dansent dans l’œil jusqu’au retour du monde.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 novembre 2008

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01 octobre 2008

VISION DES NOMBRES

VISION DES NOMBRES

« C’est la vision des nombres. Nous allons à l’Esprit. C’est très certain, c’est oracle, ce que je dis. Je comprends, et ne sachant m’expliquer sans paroles païennes, je voudrais me taire. » (Arthur Rimbaud, Mauvais sang, Une Saison en enfer)

Oui ! car ce sont ces séries qui défilent qui affolent le spéculateur. La débâcle financière, la grande correction des marchés, la voilà, la « vision des nombres » !
Le monde est un ensemble de valeurs. Que ces valeurs, par excès d’abstraction, par excès de fascination du virtuel, ne renvoient plus qu’à elles-mêmes, et les voilà qui s’effondrent, probables parmi les probables. En vertu du principe de la culbute des dominos, elles chutent, les mauvaises actions, et font faire faillite.
« Mauvais sang »? Y a de quoi ! Sous les nombres tombent les petits porteurs et les banques affairées. Prévisible comme un mensonge de ministre, la déconfiture, la dégelée, le crack boum uh des naïfs des Hautes Etudes.
Alors, on y retournera à la sagesse des sous, à l’Esprit du libéralisme ? On y retournera au charbon, à la production des richesses matérielles, outils de l’humain par l’humain et pour l’humain ?
Pestiférés seront-ils, les spéculateurs à miroirs déformants, les magiciens de la multiplication des signes, ce malheur de l’intelligence !
Dans un premier temps, bien sûr ! Mais la finance n’est pas la morale ! C’est que ça rapporte plus de vendre des armes très trucidantes à l’armée US que de bâtir des châteaux en Espagne ! En voilà du concret, la mort des hommes...
« Très-certain », ça, qu’il a dit, l’Oncle Arthur des Ethiopies ; « oracle » même ! ce qu’il a dit, sauf que lui, fût-il si méchant môme à sang mauvais, il y crut, à « la science, la nouvelle noblesse ! Le progrès. Le monde marche, pourquoi ne tournerait-il pas ? » (Rimbaud, Mauvais sang).
Mais la tournure ne fut pas ce que « Phares », « Lumières » et autres « Voyants » spéculèrent : ce fut un siècle à génocides, à scorpions dans une nuit d’épouvante (Nâzim Hikmet), un siècle où la mort devint un métier.
Quand même, le Rimbaud fut très malin, prétextant sa païennerie inévitable, - tu parles ! -, il l’a prédit, ça : « Je comprends, et ne sachant m’expliquer sans paroles païennes, je voudrais me taire. » (Rimbaud).
Il l’a dit. Il l’a fait. Il l’a bouclée, sa grande gueule d’ombre, le maudit poète.
Et c’est vrai aussi qu’il dure, le temps des assassins

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er octobre 2008

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23 septembre 2008

LAVIS

LAVIS

"Eh ! l'humide carreau tend ses bouillons limpides !
  L'eau meuble d'or pâle et sans fond les couches prêtes.
  Les robes vertes et déteintes des fillettes
  font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides."
  (Arthur Rimbaud, Mémoire, vers 9-12)

C'est qu'il s'hallucine, le chasseur de métaphores au pâtis panique des vers ! Par "l'humide carreau" maintenant, surface mouillée, il voye !
Vitre ou rivière ? En tout cas, ça tend au "bouillon limpide", au clair mouvement, à l'oxymore du débrouillage, désamorçant les eaux troubles. "humide", "limpide", ça fait écho. On voit le fond si net qu'il n'y a plus de fond, mais "l'or pâle" de la lumière :

"L'eau meuble d'or pâle et sans fond les couches prêtes." (vers 10)

C'est beau comme une image. Comme c'est peint ! Derrière la couleur, la toile. La profondeur, c'est du trompe-l'oeil, de la convenue gourance, du prétexte à papoter magistral, de la gamelle à bachot. Y a rien derrière ! Les mots ne sont pas plus vifs que les morts. C'est, comme pour les défunts, leur fantôme, aux mots, qui nous travaille, au sens, spectrale contagion, légion... "Je suis Légion ! Qui suis-je ?" Le sens, le nom de l'être.
Du coup (de pinceau), les "couches" ne sont jamais que que des "couches" de peinture ou les lits des rivières qui se dandinent dans le paysage : ce que l'on regarde et qui n'a de sens que parce que nous le voulons bien.
C'est que, bien évidemment, le Diable s'est fait trouvère. Il l'allait louper (1), une occasion pareille ?
Ah que oui ! Et en avant, le décor à pubère picturée, à "fillette" en "robe verte" du bord de l'eau. "Déteinte" elle aussi, comme "l'humide carreau" aux "bouillons limpides", délavée l'image, ancienne, usée, idéale, en série aussi, "fillettes" et "saules" qui se suivent. Entre les "robes vertes" et les "saules", le verbe faire :

"Les robes vertes et déteintes des fillettes
  font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides." (vers 11-12)

C'est que le Diable est un grand faiseur, de sens, à s'y perdre dedans. L'astuce, c'est de bien piger que le Diable s'amuse. C'est-y les feuillages des saules qui rappellent les robes des fillettes ? Ou c'est-y le contraire ? Ah, Monseigneur rit ! Le Diable, c'est le divertissement de Dieu, sa marrade éternelle. Bouffon, Belzebuth, bouffon que tu es ! Alors, ça finit en tire-bouchon, en queue de cochon, le vers aux "saules" d'où "sautent les oiseaux sans brides" ; mécanique, dites donc, assez que c'est, ces zoziaux sauteurs, ces gazouilleurs voltigeurs, "sans brides", aussi libres que des vifs, sauf que ce sont que des mots, des traits, des riens notables.

(1) "Louper", ici, c'est regarder à la loupe, bien sûr. Le Diable est dans les détails.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 septembre 2008

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21 mai 2008

ET C'EST-I VRAI QU'C'EST FAUX ?

ET C’EST-I VRAI QU’C’EST FAUX ?

Je viens de recevoir en commentaire ce texte que je vous livre tel quel. Moi, à vrai dire, j'y pige que couic à cette affaire de faux Rimbaud. Sinon, que, d’après ce que dit Raphaël Zaccharie de Izarra, certains prétendus spécialistes du génial gamin s’y seraient laissé prendre. Cela ne m’étonne qu’à moitié, surtout si ces « spécialistes » sont des universitaires.
Ceci dit, ce jeudi 22 mai 2008, je m'aperçois que ce texte retrouvé de Rimbaud est toujours présenté comme authentique par une partie de la presse. Du coup, je me demande si le dénommé Zaccharie de Izarra ne serait pas un plaisantin, ou un auteur en mal de reconnaissance...
Je vous laisse juge. Moi, personnellement, je ne suis sûr de rien...

« Après vérifications et confirmations, l'inédit de Rimbaud était bien un faux !
Un premier article suspect mais assez intriguant (reproduit ci-après) était apparu sur le NET à l'annonce de la découverte d'un texte inédit de Rimbaud :

L'auteur d'un des coups montés les plus audacieux de ces dernières décennies s'est manifesté sous le nom d'emprunt "Jean Daube Rit" (presque anagramme douteux du pseudonyme adopté par le jeune Rimbaud lui-même "Jean Baudry"). De source indiscutable, l'imposture a été prouvée auprès d'un certain journaliste parisien collaborant à la rédaction d'une célèbre revue littéraire (et qui a préféré -on le comprend- garder l'anonymat). Le faux a été effectué grâce à la recomposition frauduleuse d'archives anciennes à l'aide de vieilles feuilles vierges (authentiques celles-là) ajoutées à la revue en question qui aurait été ensuite "retrouvée" chez un bouquiniste de Charleville-Mézières. Affaire à suivre...

Piégé comme les autres, Nabe hier soir dans l'émission de Taddéi sur France 3 (le 19 mai 2008) a pour la première fois lu ce faux à l'adresse de millions de crédules !

Cet article publié sur plusieurs sites officiels était demeuré anonyme.

Puis dans un second temps le falsificateur -ou prétendu tel- s'est dévoilé dans les termes suivants à travers un autre article, dûment signé cette fois :

Voilà : je suis l'auteur de cette imposture qui est en train de prendre des proportions énormes. J'en frémis d'horreur. Et d'aise. Je n'en suis pas à mon coup d'essai il est vrai : j'avais déjà fabriqué des faux documents littéraires à propos de Maupassant et de Hugo, pour ne parler que des plaisanteries un peu consistantes (publiées sur support papier "authentique", donc)... Bien entendu mes potacheries n'avaient jamais marché, du moins pas au point de déranger les cercles officiels. Jusqu'à ce que je m'essaye à un "faux Rimbaud". Cette fois la supercherie a été prise au sérieux, trop. Beaucoup trop, à hauteur inconsidérée de la folie furieuse des médias souvent prompts à s'emballer à la moindre alarme littéraire !

Les seuls responsables sont les "spécialistes" crédules relayés par les journalistes pressés de vendre de l'information et non l'auteur de cette malicieuse falsification. Je ne me considère pas comme un faussaire au sens judiciaire du terme mais comme un aimable gredin qui a ouvert sa cage à plumes que le vent médiatique a emporté plus haut que prévu. La blague sera de toute façon utile : elle permettra de remettre les pendules à l'heure chez les prétendus spécialistes de Rimbaud.

Pour la partie strictement littéraire la rédaction du texte "à la Rimbaud" fut l'étape la plus facile et la plus plaisante de l'entreprise. Un peu plus complexe -mais à la portée de tout bon faussaire un peu habile- fut de confectionner un faux matériel sur vieux papier. Le faire entrer ensuite dans un circuit classique afin de lui donner la "patine onirique" nécessaire à sa crédibilité (grenier de particulier, bouquiniste, antiquaires) à travers un protocole plausible ne demande pas une grande imagination, au contraire ! Découvert par un cinéaste sur les traces de Rimbaud (comme le hasard fait bien les choses, n'est-ce pas ?) le document fut fatalement récupéré "dans les règles de l'art". La presse n'avait plus qu'à prendre le relais.

Et voilà comment un gentil farceur se retrouve avec une méchante affaire sur les bras !

Raphaël Zacharie de Izarra »

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23 avril 2008

LES TROIS PREMIERES PHRASES DU POEME AUBE

LES TROIS PREMIERES PHRASES DU POEME « AUBE »

« J’ai embrassé l’aube d’été.

   Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. »
(Arthur Rimbaud, Aube, illuminations) 

« J’ai embrassé l’aube d’été » :
     -    octosyllabe, assonance « embrassé » / « été ».
      
-         narrateur : « j’ ».
      
-         marque d’antériorité : « j’ai embrassé ».
    
-         action d’embrasser, saisir une réalité, s’en emparer temporairement, contact physique entre le narrateur et la réalité « aube ».
      
-         « aube » : abstraction, l’action d’embrassement de « l’aube » pourrait la personnifier.
      
-         « aube d’été » : généricité, ensemble de toutes les « aubes d’été ». « l’aube » marque le commencement du jour, l’irruption de la lumière dans le réel. l’aube d’un jour nouveau : connotation positive, indicateur de changements à venir, d’une « révolution » au sens où le passé pourrait être considéré comme « révolu ».
    
-         « d’été » : complément du nom « aube ». L’été marque un achèvement, une arrivée à maturité de la lumière, une consommation de cette maturité, des fruits et des légumes de saison.

« Rien ne bougeait encore au front des palais » :
      
-         Onze syllabes.
      
-         « Rien ne bougeait » : forme négative. Imparfait marqueur d’une durée dans laquelle s’inscriront des passés simples événementiels (« et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit »). Imparfait descriptif, marqueur d’une stabilité provisoire de l’étant.
    
-         « Rien » : aucune chose. Le mot « rien » englobe tout, généricité de tous les étants possibles dans le cadre spatio-temporel (« l’aube d’été ») proposé par le poème.
    
-         « encore » : l’adverbe de temps efface l’accent rythmique sur la seconde syllabe de « bougeait ». Indicateur de changements, d’une évolution, d’une suspension dans le temps. Il n’est pas encore arrivé : Le temps d’avant son arrivée est ainsi suspendu, marqué par le statu quo, concentré dans l’adverbe.
    
-         « au front des palais » : l’emploi du mot « front » pourrait personnifier le mot « palais ». La personnification est une hantise de l’étant par l’être vivant. Le « front », c’est aussi la « partie supérieure ou antérieure, ou à la fois supérieure et antérieure d’un objet » (Larousse, L6, 1980).
    
-         « des palais » : complément du nom « front ». Assonances : « J’ai embrassé » / « l’aube d’été » / « Rien ne bougeait » (4+4+4=12, alexandrin) / « encore au front des palais ». Indicateur culturel ; les palais sont des constructions humaines ; le pluriel pourrait oniriciser la description. Le mot « palais » désigne une construction remarquable par ses dimensions , il désigne aussi « la paroi supérieure de la bouche » (Larousse, ibid).
    
-         Séquence polysémique : « embrassé » / « front » / « palais ».
      
a)     « embrassé » (action de se saisir du réel, action de donner un baiser à quelqu’un ou quelque chose marqué par la valeur symbolique que le sujet investit dans l’objet ou qu’une communauté de sujets donne à quelque chose, il embrasse son portrait / embrasser le sol natal, embrasser le sol d'une terre promise.
      
b)     « front » : partie supérieur du visage mais aussi partie supérieure d’un bâtiment.
      
c)     « palais » : partie supérieure de la bouche mais aussi bâtiment de grande dimension, lieu d’être de personnages remarquables.
          
Oniricisation du poème. La polysémie induit l’oniricité. Le visage se superpose à la vision, ou sous-tend cette vision, de palais immobiles.

« L’eau était morte. »
-         Quatre syllabes. L’attribut « morte » rompt la chaîne assonantique « embrassé, été, bougeait, palais ».
-         Opposition entre la mort et la vie, entre l’être mort et la vivacité idéelle de l’eau. des eaux mortes : des eaux stagnantes, sans trace apparente de vie.
-         « était » : imparfait annonçant le passé simple « je ris » (cf « Je ris au wasserfall blond ») et l’opposition entre « l’eau morte » et l’eau vive du « wasserfall » (chute d’eau, cascade en allemand).

            Patrice Houzeau
            
Hondeghem, le 23 avril 2008

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06 février 2008

"U, CYCLES"

"U, CYCLES"

"U, cycles, vibrements divins des mers virides"
  (Arthur Rimbaud, Voyelles, vers 9)

En quoi les "vibrements des mers" sont-ils "divins" ?
Et qu'est-ce donc que ces "vibrements" ?
Et pourquoi cette épithète de "virides" qui ne fait que souligner ce que nous nous représentons mentalement, la couleur verte de l'eau ?

Il semble que Rimbaud s'attaque ici à la nature même du vers qui, via l'allitération "v", via l'assonance "i", se fait musique.
Il fait ainsi "vibrer" la mer, l'animant en quelque sorte d'une vibration qui, à moi, lecteur du début du XXIème siècle, peut rappeler les paysages striés de Van Gogh, ou les zébrures orchestrales du Sacre du Printemps de Stravinsky.
Mais on peut légitimement se demander ce qu'il y a de "divin" dans cette utilisation des sons de la langue.
"U, cycles" : c'est ainsi que commence le vers, par l'énoncé d'un théme que l'image mentale d'une mer vibrante et verdâtre semble illustrer.
Par-delà le sens donc, par le jeu des sonorités, - ce souffle du "v" qui anime les "mers" comme si elles étaient parcourues par le souffle d'un dieu -, par la proposition d'une image "inouïe" (1), Rimbaud travaille l'être même du vers qui n'est plus, dès lors, l'expression d'un quelconque sentiment, de je ne sais quel état d'âme (dont d'ailleurs, ayant d'autres chats à fouetter, nous n'avons que faire), mais un médium, un support de ce "donner à voir" qui sera l'une des bases du surréalisme.

(1) cf aussi les vers 37 à 40 du Bateau ivre :

"J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
  Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
  La circulation des sèves inouïes,
  Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !"

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 février 2008

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03 janvier 2008

POLEMOLOGIE RIMBALDIENNE

POLEMOLOGIE RIMBALDIENNE

"l'inflexion éternelle des moments et l'infini des mathématiques" : c'est dans le texte Guerre de Rimbaud (cf les Illuminations) que l'on trouve cette formule qui associe le temps découpé en ces "moments", que nous traversons plus ou moins mal, à cet "infini des mathématiques", ce champ des possibles qu'induisent les équations.
Nous sommes donc réellement entre deux absolus : celui, "éternel" et concret, des circonstances et la pure abstraction des signes.
Indissociables ces deux absolus, nous le savons bien, qui nous nous mêlons tout à la fois de philosophie, de préparer le repas du soir, de ne pas manquer nos trains ou nos rendez-vous, qui nous plongeons, dès que nous le pouvons dans l'infini si bref des chansons et des poèmes, qui élevons des enfants tout en nous préoccupant de politique, qui relativisons tout, tout en dramatisant beaucoup de ce qui n'est jamais qu'illusions que le vent finit par dissiper.
Indissociables et parfois contradictoires.
Tel grand massacreur d'âmes, tel général en chef ou tel marchand d'horreurs peut aussi être un amateur de poèmes. Et il est des gens bons comme le pain qui jamais n'apprécieront Rimbaud ou Baudelaire.
Ce n'est là que rappeler l'infinie complexité des actions humaines.
Je me demande si ce n'est pas ça que Rimbaud appelle "Guerre" ; je cite :

"A présent l'inflexion éternelle des moments et l'infini des mathématiques me chassent par ce monde où je subis tous les succès civils, respecté de l'enfance étrange et des affections énormes. - Je songe à une Guerre, de droit ou de force, de logique bien imprévue."

C'est cette "logique bien imprévue" qui m'incline à penser que, pour Rimbaud, la "Guerre" est peut-être ce rapport conflictuel entre "l'inflexion éternelle des moments" et "l'infini des mathématiques", entre le concours des circonstances et la pensée en-soi, entre le puits et l'étoile ; conflit donc qui aurait pour enjeu et champ de bataille l'homme, évidemment, l'humanité qui n'a de sens que dans ce rapport entre ce qui est et ce qui est à être.
"Simple, trop simple" me direz-vous ?
Peut-être.
D'ailleurs, c'est par ce constat que Rimbaud termine son texte :

"C'est aussi simple qu'une phrase musicale."

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2008

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27 décembre 2007

PHENOMENE SAISONNIER

PHENOMENE SAISONNIER

"J'ai embrassé l'aube d'été."

Il s'agit de l'octosyllabe inaugural du poème Aube (Arthur Rimbaud, Illuminations).
Qu'elles tournent en nous, ces huit syllabes pleines de l'écho de la rime intérieure ("embrassé" / "été") ! Qu'elles tournent en nous leur petit caroussel victorieux !
On n'embrasse bien qu'avec la langue.
Tous les amoureux savent cela.
Et c'est bien avec sa langue que Rimbaud fait cet aveu de l'étreinte.
Provisoire, l'étreinte, au passé, au passé composé même, ce temps dont on ne revient jamais tout à fait.
Amusant tout de même qu'une phrase aussi simple, rédigée au passé, ait eu tant d'influence au futur.
Il est vrai que "l'aube d'été" est un phénomène saisonnier.
De même que les "saisons en enfer" et autres "quatre heures du matin, le sommeil d'amour dure encore".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2007

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