BLOG LITTERAIRE

Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

18 septembre 2008

TRIOMPHE DE L'ASTUCE

TRIOMPHE DE L’ASTUCE

« C’est pire que la transmutation. C’est de la perversité magique, de la féerie d’embrouillamini, la carambouille sorcière des choses. » (Céline, Casse-pipe, folio, p.119)

Projet poétique de Céline ? Le « pire que » tout qui tient pas en place, qui voyage et va dans la nuit, la « transmutation », l’illusion de l’or pour en arriver à la noire sans fin où l’on patauge fatal. Quand on le sait, ça, d’avance, c’est plus de la Recherche, plus du dédale, plus l’Oeuvre au Noir, plus la Bataille de Pharsale, mais de la « perversité », et même « magique », puisque ce sont les signes qui agissent sur le monde. Les enragés du réel ont raison : la littérature travaille la communauté des vivants, non pas par ses sujets (ou si peu), mais par l’os, la moelle de la langue, le bouillon du style. A tendre, chez Céline, comme chez Joyce ou Simon à la « féerie d’embrouillamini », à "tout le grand ténèbre du quartier" (Casse-Pipe, p.26) d’où ils surgissent, les étants phénomènes, les calamités d’être, impatients, fatalistes, coupables, grotesques, tout carabistouilleux de la « carambouille sorcière des choses ». Le voilà-t-il pas, le « triomphe de l’astuce », l’alchimie verbale, « l’orgueil du cavalier » ? (Casse-pipe, p.25)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 septembre 2008

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PLATITUDE DES COMPARAISONS

PLATITUDE DES COMPARAISONS

« (…) je suis empreint d’une mélancolie dans laquelle j’évolue comme l’oiseau dans l’air ou le poisson dans l’eau. » (Céline, Casse-pipe, folio, p.121).

Platitude des comparaisons. Et pourtant, c’est expressif : on ne peut pas dire plus net. Mélancolique, Céline ? On le pressent. Dès Le Voyage, on se dit : « Cet homme-là, il devait se sentir étranger parmi les êtres, étranger dans l’être. » Etranger, oui, rétif tout à fait à cette commune façon des êtres qu’il ne peut que la décrire, l’hyperboler, l’amplifier, la caricaturer jusqu’à l’os, la faire grotesque de plus en plus, pour la supporter, sinon le voilà qui tourne vertige ou vinaigre, ou aussi indifférent que possible.
Cependant, la mélancolie n’empêche pas d’être méchant, ou méprisant, ou haineux.
Et c’est vrai qu’il a aussi tourné vinaigre, Céline vertigineux.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 septembre 2008

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17 septembre 2008

POSTURE

POSTURE

« Je ne saurais dire ce qui m’incite à porter en écrit ce que je pense. » (Céline, Carnet du cuirassier Destouche in Casse-pipe, folio, p121).

« Vous êtes prétentieux mon ami ! Prétentieux ! Audacieux ! Oui ! » (Le Maréchal des Logis Rancotte, Casse-pipe, p.22)

Posture de l’écrivain. Celui qui écrit qu’il ne sait pas pourquoi il écrit. Bah ! pour passer le temps, qui est bien ennuyeux sans doute, avec tous ses gens qui ne cessent de vous rappeler que vous en êtes, de la sacro-sainte communauté des vivants cependant que vous, vous les voyez déjà cadavérés, les camarades, sursitaires du plus être, les audacieux qui se mettent à vous adresser, à vous calculer, à se donner de l’importance, à se pousser du ventre, de la fonction, à vous assaisonner de leur sociétale jactance, à vous persuader du sens des choses, et de l’ordre nécessaire des tuiles et des calamités, tout comme dans ce concentré d’ironie célinienne, Casse-pipe, il s’en donne du furieux boursouflement, le Maréchal des Logis Rancotte, aussi le Brigadier Le Meheu, et tous les autres, dès lors que la communauté des vivants leur donne quelque responsabilité et le titre qui va avec.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 septembre 2008

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18 novembre 2007

FEERIE DES TENEBRES

FEERIE DES TENEBRES
(Notes sur la page 161 de l'édition de poche "folio" du Rigodon de Louis-Ferdinand Céline)

« C’est l’oie, dit Orlando. L’ogre a mouru d’indigesture ! Il est grand temps de se confire pour le confort des confessions ! Ecoute si la lumière s’excite comme un âne ! » (Orlando de Rudder, Orlando sleepeth in Blog d’Orlando de Rudder, http://orlandoderudder.canalblog.com/, à la date du 16 novembre 2007)

C'est qu'il fit fort dans le féerique macabre, Céline !
"... J'avais jamais encore vu des telles flammes... ils devaient se servir maintenant d'autres saloperies incendiaires..." (Céline)
C'est qu'ils circulent, les incendies, les poux enflammés qui gigotent sur la peau du pauvre monde, des bombardements massifs de la Seconde Guerre Mondiale jusqu'au napalm des Français en Algérie, des Américains au Vietnam, et autres marchandises cadavéreuses que l'on se vend d'un pays à un autre, contre du pétrole, ou une neutralité bienveillante, parfois trompeuse. Y en a même, des premiers de la classe, qui s'y font un nom dans ce commerce de la mort ; ça fait aussi la fortune du monde, l'armement ; c'est que ça en nourrit des gens, l'armement, faut dire ; du coup, y sont bien utiles, les marchands d'armes ; utiles comme les bourreaux (1); utiles, justement! ces salauds-là, faut donc les supporter, les laisser bosser, les laisser vivre, mais que l'on ne me demande pas de les respecter! Ils valent moins que mes chiens, que mes chats. Si! si! je le pense vraiment, - on va m'en vouloir, c'est sûr -, me dire facho de gauche, anarcho n'importe quoi... on dira ce qu'on voudra, je ne prétends ni à la sympathie, ni à la tolérance, et la parlote humaniste vaut moins pour moi qu'une insolence bien sentie.

"... le drôle c'était que sur chaque maison croulée, chaque butte de décombres, les flammes vertes roses dansaient en rond... et encore en rond!... vers le ciel!..." (Céline)
Flamboyante ici, la féerie du désastre, le ballet des flammes. Seule la littérature peut l'oser, cela, indiquer la "drôle" de bobine du monde catastrophé. Céline fut un expert à ce jeu-là ; jeu dangereux tout de même, il s'y est un peu brûlé l'être, Céline, à ce grand jeu de l'apocalypse littéraire. On ne dérange pas impunément les ombres qui peuplent les signes ; c'est qu'elle est vivace, l'herbe à loups, et a ce pouvoir de vous renvoyer au regard, à l'exil, à la honte, à la nuit des hommes morts, à l'insignifiance dans la terre. Scarabées, scarabées que les mots, bêtes des dieux morts, à tête de chien, de loup, de chacal.

Dans mon édition de poche, pas de virgule entre "vertes" et "roses" : "les flammes vertes roses dansaient en rond" puisque tutus roses et verts qu'elles portent, les allumées ballerines, les petits rats du réel s'effondrant, les sautillantes comédiennes du spectacle mis en conte : "il faut dire que ces rues en décombres vertes... roses... rouges... flamboyantes, faisaient autrement plus gaies, en vraie fête, qu'en leur état ordinaire, briques revêches mornes... ce qu'elles arrivent jamais à être, gaies, si ce n'est par le Chaos, soulèvement, tremblement de la terre, une conflagration que l'Apocalypse en sort!... là ça devait être!" (Céline)
"...là ça devait être!". Ce qui nous rappelle quelque chose. "Muss es sein?" "Es muss sein!" ("Cela doit-il être?" "Cela doit être!"). C'est ce qu'a écrit Beethoven sur une partition, -était-ce à propos de Bonaparte Napoléon, un autre grand fouteur de feu, celui-là aussi?. Non, je ne crois pas. Il n'en reste pas moins que la question porte sur la légitimité de l'étant, et quoi donc que c'est, l'étant en littérature ? De la musique... de la musique avant toute chose. Céline ne fit pas autre chose, de la musique à bouche-que-veux-tu, de la grande gigue à syllabes!
Certes, il ne fut pas toujours excellent, Céline, il alla dans l'odieux, et de la désolation du monde, il fit un opéra bouffe. Mais le monde, à dire vrai, fut infiniment plus odieux que lui : de l'assassin Klaus Barbie, et ce n'est là qu'un exemple, les Américains ont fait un conseiller militaire de premier choix! C'est avec lui, le Klaus Barbie, que les tortionnaires d'Amérique du Sud ont appris à être plus efficaces, plus ordonnés, plus experts dans la question d'en obtenir des réponses, de leurs victimes.
Mais Céline, que je sache, n'a jamais dit "In God we trust!". Et je ne pense pas non plus qu'il ait jamais dit :"Gott mit uns!"
Mais Céline n'a jamais ordonné que l'on aille déclencher des guerres sans fin dans le Golfe.
Mais Céline n'a jamais franchi l'Atlantique pour aller serrer la main et cirer les pompes du premier président ricain venu. (2)

Céline a écrit des conneries, de lourdes conneries antisémites. Il aurait pas dû, c'est sûr.
Il ne faut pas prendre les écrivains au sérieux. Ce ne sont que des musiciens, de syllabiques amuseurs, de féeriques bouffons, des génies dans l'art de faire croire, des révélateurs d'illusions. En cela, ils sont précieux. Mais qui cherche la vérité dans une oeuvre littéraire se trompe de chemin. Il n'y a pas plus de vérité dans un roman que dans une pièce de jazz. La vérité de l'artifice est dans l'art de l'artificier. Nulle part ailleurs.

Notes:
(1) Ou comme des étudiants pour justifier des crédits et auxquels on ment ; ou comme des CRS pour matraquer les étudiants quand ils finissent par se rendre compte que l'on se moque d'eux et qu'ils se récalcitrent. Les pédagogistes ont d'ailleurs raison : le "niveau monte" puisque les CRS chargés de débloquer les facultés sont presque aussi diplômés maintenant que les étudiants qui les bloquent!
(2) Il devait vraiment avoir quelque chose d'important à lui demander, notre Président Sarkozy au Président Bush, pour aller la jouer affective comme ça ! Surtout que l'année prochaine, il ne sera peut-être plus Président, le Président Bush!
Ceci dit, c'est vrai que sans les Américains, on parlerait peut-être maintenant teuton dans nos rues, ou russe. On leur doit quand même une fière chandelle, aux Américains.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 novembre 2007

Posté par patricehouzeau à 01:45 - FEERIE DANS LA NUIT (Céline) - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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