BLOG LITTERAIRE

Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

25 août 2008

A BRISER LE COEUR

A BRISER LE CŒUR

La chanson Vitrier que chante Olivia Ruiz sur l’album La femme chocolat (2005) est belle à briser le cœur comme verre, au moins le temps d'une chanson, car le coeur brisé, fêlé, éraflé des chansons se répare fort vite.
Elle commence par quelques sons grinçants d’outils, de cloches au vent, de pas, que basse et piano raisonnent rapidement afin que puisse s’installer la mélodie :

« Les mains sales
   Et le corps lassé
   De porter
   De porte en porte
   De gueuler
   D’une voix trop forte
   A en briser le verre
   Vent glacial
   Ou pluie mesquine
   Tandis que la
   Bourgeoise bouquine
   Un livre sur
   La condition des hommes
   Il rôde sous ses fenêtres
   En se disant peut-être
   Gueulant de tout son être »
   (Chet / Jérôme Rébotier)

Voilà pour vous amener à entendre l’appel jeté par une voix de gamine : « Vitrier ! Vitrier ! »
Il y a aussi dans la chanson cette bastringue-rengaine qui semble souffler un de ces vents de bourrasque (on dirait bien qu’il y souffle aussi du mini-moog ou bien qu’il y chante de la scie musicale) à rappeler que le temps des « bleus réglementaires » et des « casquettes de travers » des « artisans ouvriers » (« c’est ce qui le rendait fier ») est terminé, ce temps des travailleurs manuels (comme on disait dans les années 70), ce temps des « prolos » et des « cœurs à l’ouvrage » parce que, de toute façon, il n’y avait guère d’autre manière alors d’être un homme que de travailler, et il y a aussi cette fin à pleurer de la chanson où la voix de la gamine se fait fantôme désolé en contrepoint de la voix d’Olivia Ruiz qui évoque la fin du « pauvre vieux » qui « déraille », qui, tandis que « ses os se brisent comme du verre », « parle de réparer du vitrail et de chanter aux cieux » :

« Vitrier ! Vitrier ! »

Et puis le souffle emmène tout au bout de tout, dans un grand vent de cuivres jusqu’à la note tenue là-haut, puis qui finit par finir.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 août 2008

Posté par patricehouzeau à 12:06 - LA GRANDE CHANSON - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 janvier 2007

Ô CHANSONS

Ô CHANSONS

Je passerais ma vie avec vous ô chansons
Car chacune de vous se tient dans l'horizon
Comme une fenêtre où s'agitent les fantômes
De nos petites vies si changeantes vies d'hommes

Les chansons ont toujours l'air de vous dire que
Tout est possible en ce monde où ce qui fut ne
Peut être changé Les chansons c'est ce que je
Prends pour m'imaginer que la vie est un jeu

Anciennes alchimies ce sont sur des guitares
Que s'inscriraient vos voix le pouvoir de vos charmes ?
Bah ! les chansons c'est jamais que freine-cafard

Une poignée de sons qu'on prend pour l'infini
Rempli d'anges morts qui planent dans un ciel gris
Et que le téléphone hurle sa sonnerie.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 janvier 2007

Posté par patricehouzeau à 12:45 - LA GRANDE CHANSON - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 décembre 2006

"CRAVATE NOIRE"

"CRAVATE NOIRE"

J'ai vu ça, "Cravate noire", sur Télé Melody (TPS), une émission qui date de 1966 et qui a été réalisée par Raoul Sangla (çui-là qui fit une série d'entretiens plus tard avec Louis Aragon très vieux et porteur d'un masque blanc).
C'est en noir et blanc, "Cravate noire" : on y voit entre autres Valérie Lagrange, Nino Ferrer, Annie Philippe, Serge Gainsbourg ("Qui est in, qui est out ?"), Guy Marchand dynamitant la chanson à guincher avec une rumba pas possible, on y voit aussi les Moody Blues, le tout genre dandy variétoche, distanciée commak, avec clins d'oeil comiques.
C'est plutôt bien et avant-gardiste, à mille lieues de la miévrerie populiste à la Starac et de l'affectif obligatoire actuellement en vigueur.

A part ça, je me demande si Fool to cry, qui est le titre d'un morceau des Stones publié dans les années 70 (en leur milieu, me semble-t-il), signifie "bête à pleurer".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2006

Posté par patricehouzeau à 01:28 - LA GRANDE CHANSON - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 juillet 2006

COMME UNE PIERRE

COMME UNE PIERRE

Comme une envie de blues et de foudre électrique
Une pluie qui plaque ses accords sur les tuiles
Pierre qui tonne et qui balance ses couplets
Qui roule le tonnerre dans un sourire
Roule roule mon âme dans la guitare à Gallagher

Comme une bière de trop quand il ne faudrait plus
Une pluie sur le lycée une pluie à fantômes
Pierre jetée dans l'eau et réveille les noyés
Qui roule et rappelle d'autres yeux d'autres jours
Roule roule mon âme dans la guitare à Gallagher

Comme une vieille envie de musique live
Une pluie qui ravive les couleurs d'une rue oubliée
Pierre qui casse la vitre et fait fuir les gamins
Qui roule entre deux plages l'éclair de son solo
Roule roule mon âme dans la guitare à Gallagher

Comme un qui voudrait replonger dans ce qui fut
Une pluie qui finit dans des éclaboussures de soleil
Pierre qui finit toujours par marquer une tombe
Qui passe le long des trains des bus des voitures
Roule roule mon âme dans la guitare à Gallagher

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 juillet 2006

Posté par patricehouzeau à 08:12 - LA GRANDE CHANSON - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 mai 2006

Janis Joplin

JANIS JOPLIN

Elle fut comme feu elle fut comme flamme
Ce petit bout de blues ce petit bout de femme
Elle fut comme feu elle fut comme flamme
Quand elle chantait Janis Joplin Summertime

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er mai 2006

Posté par patricehouzeau à 12:06 - LA GRANDE CHANSON - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 octobre 2005

LA GRANDE CHANSON

LA GRANDE CHANSON

J'écoutais Charlebois dans mes jours de jeunesse
"Doux Sauvage" me chavirait l'âme et la pluie
De Nougaro m'faisait des claquettes la nuit
Le jour j'vérifiais qu'les filles avaient des fesses

Hou ! Hou ! un grand hibou froufroute dans ma tête
Ses couplets un peu loufs Je dors Sous mes paupières
J'entends jouer des airs anciens des chansonnettes
Dont j'me souviens d'étés passés d'autres hivers

Le passé est semblable au chat de Schrödinger
Ni vivant ni mort à la fois mort et vivant
Cette fille aux yeux verts ce corps c'était hier
Cette voix qu'il me semble entendre maintenant

Voilà ce que j'écris dans trente ou quarante ans
Me souvenant alors des mots de Salvador
Le velours de sa voix dans le jardin d'hiver
Je l'entendrai encore à la fin de mon être

Et j'entendrai aussi le silence et la neige
Dans le maquis des rues où je rêvais de jazz
Me rappelant mes jours je me dirai Que sais-je ?
Une chanson perdue la fontaine qui jase

L'été halluciné des fées psychédéliques
Et comme Chedid "j'écoutais du rock n' roll"
Du hard du blues "plutôt que d'aller à l'école"
Dans ma chambre glissaient des serpents électriques

Dans le soleil jouait the Bird Charlie Parker
Une voix jaillie de fontaine batterie
Le jazz alors avait souvent un goût amer
Mais son saxophone est plein d'hommes qui sourient

Jimi Hendrix aussi sur sa guitare icare
Sa guitare pégase aux anges ironiques
Le Vietnam fut longtemps un pays cauchemar
Ce n'était pas la faute aux chanteurs oniriques

Du Vietnam à l'Irak la chanson est la même
Le mois de septembre est plein de spectres à vendre
J'entends gronder rugir l'immense Led Zeppelin
Planant sur les chiens noirs et les pays de cendre

En avons-nous révé d'autres Californies
L'Amérique un piano galopant l'illusion
L'Amérique un pays neuf comme une chanson
Que l'on apprend par coeur et qui n'a pas de prix

Les morts vous le savez sont gens déraisonnables
Ils sont sous les lichens au lieu-dit des étoiles
Et ne songent qu'à r'venir vous secouer la table
Et r'muer les rideaux comme si c'étaient des voiles

L'Amérique un pays plein de morts qui s'agitent
En tous sens dans les rues et le ventre du monde
Teigneux sal's gosses ils font des choses immondes
Et vous font des sermons des plus démocratiques

J'les aime bien pourtant les Américains là
Pour avoir dégommé l'araignée du nazisme
Même quand Sinatra chantait pour la mafia
J'ai rien contre moi l'idée du libéralisme

Qu'ça swingue le décor les morts remuent les lèvres
Gigote le jazz hot pour un grand black phénix
Ça vous lance du feu d'la trompette plein l'coeur
Sur l'album le gaillard a le regard très fixe

C'était sous le soleil exactement Un point
Rouge dans la nuit des Marilous mélodiques
La gitane à Gainsbourg et le sourire en coin
L'enfer n'était qu'un coeur brûlé tendre et cynique

En écoutant Ferré j'ai tant j'ai tant pleuré
Mais tous mes sanglots longs ne feront pas rev'nir
Le grand lion Léo autrement que dans ses disques
Devant le piano ne reste qu'un tabouret

Le paradis est un disque aux très souples phrases
Trompettes et saxos scintillantes cymbales
Quand j'écoute la haute élégance du jazz
Le piano d'Herbie Hancock part en beau voyage

              Patrice Houzeau
              Hondeghem, le 11 octobre 2005

Posté par patricehouzeau à 11:36 - LA GRANDE CHANSON - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1