10 mai 2008
"MAIS ALORS OU EST-IL ?"
"MAIS ALORS OU EST-IL?"
"- Madame Pinson!... Madame Pinson!... Tintin n'est pas chez lui!
- Pas chez lui?... Mais alors, où est-il?"
(Hergé, Le Secret de la Licorne, planche 36, case 8, Casterman)
C'est que justement, le propre de Tintin est de ne pas être chez lui. Il ne peut rester à demeure et poursuit inlassablement son projet d'aventurier. Toujours ailleurs, Tintin, dans le Grand Dehors du monde, cependant qu'il reste à portée de main, totalement disponible, à jamais disponible même, dans les pages de chacun de ses albums.
L'être dessiné est un migrant interne, un exil d'encre, un assigné à imaginaire résidence, une image sans référent ou alors figure peut-être d'un autre bien plus secret, bien plus réel, bien plus humain et difficile à dire.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 mai 2008
21 avril 2008
DU MYSTERIEUX MISTER B (III)
DU MYSTERIEUX MISTER B (III)
7.
"Et ce Blueberry !... Y m'paraît bien être une foutue racaille ç'ui-là !... D'où y vient, d'abord... Et d'où y tire tout ce fric ?... Hein ?... D'où il le tire ?..." (Jean Giraud, Mister Blueberry, Dargaud, page 9, planche 7b)
Il est vrai, comme dit l'autre, que la colline a des yeux. Aux pierres les âmes. L'espace se partage ; le temps se divise. Quand même, les lieux ont de ces gueules ! Le propre des gueules, c'est d'aller de l'avant, de s'ouvrir, de commenter, d'interroger, de récriminer, de critiquer, de commérer. Le monde, un vaste ouvroir de gueules que c'est. S'y révèlent aussi les ombres. Et d'où qu'elles viennent donc ? D'où leur vient tant de puissance ?
8.
"Damned ! Blueberry ! Comment diable faites-vous pour vous concentrer dans un tel charivari" (Mister Blueberry, page 10, planche 8b)
Les gueules, ça se cogne, ça se fout des coups dessus. Quand on y comprend rien, rien ne vaut un coup de poing. L'espace se dispute ; le temps se perd. L'ordre, ça consiste à délimiter les zones de désordre. Faut pas qu'ça déborde. La naïveté, c'est d'y adhérer, au rituel carnaval. Aussi, le shérif et le fusil se tiennent aux frontières. Au centre, les règles du jeu et leur concentration nécessaire.
9.
"Cinquante dollars de mieux !... Doux Jésus ! Ces maniaques de l'ordre me fichent la trouille, à moi !..." (Mister Blueberry, page 11, planche 9b)
La survenue de l'ordre est onomatopante - PAW PAW ! La brutalité manifeste le poids des corps au point que la loi, cette âme des brutes, doive retentir pour se faire entendre. Les figures du jeu ne s'intéressent guère aux règles du tournoiement du monde. Elles sont dans ce temps donné corps et âmes à la partie en cours.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 avril 2008
20 avril 2008
DU MYSTERIEUX MISTER B (II)
DU MYSTERIEUX MISTER B (II)
4.
"Pas de problème, boss ! J'aligne le premier qui file pas droit"
(Jean Giraud, Mister Blueberry, Dargaud, page 6, planche 4b)
Le jeu évalue les êtres. Tout - c'est-à-dire cette histoire -, se passe dans les signes, les regards, les mains des hommes. Sûr que cette partie du monde vaut tout l'or des yeux et le compas dedans. Il fallait alors un garde du corps ou être de cette suite de plis. Il fallait aussi suivre la série, qu'elle demeure patiente jusqu'au fond de la bouteille, l'abandon des sages et des fous, la résolution, l'aube chargée comme un fusil.
5.
"Merveilleux !"
"Je le vois"
"L'a l'air d'être seul"
"Vous y fiez pas !"
(Mister Blueberry, page 7, planche 5b)
L'ailleurs déploie son invisible présence dans les pages. Elle est faite d'empêchements. C'est aussi un territoire de spectres, d'esprits franchisseurs, ces dos de pierres qui se succèdent jusqu'au plus loin. L'apparition rouge de l'autre, sur la ligne qui soude à la caillouterie le puits où planent les aigles, émerveille. Ils n'ont pas fait de bruit, les autres qui, soudain, braquent leurs fusils.
6.
"Je dirais plutôt que c'est une sorte d'humour apache !"
(Mister Blueberry, page 8, planche 6b)
Les palabres concentrent l'espace dans l'enjeu. Le croquis tend à donner à la troupe l'illusion de titres de noblesse. Le territoire est hostile et bizarre. On peut y préférer pour trophée à l'attelage un parapluie à bec de cane. C'est ce que dit la fable, cette légende de l'hostile, ce commentaire du bizarre. Quant au seigneur du lieu, est-il ce cavalier solitaire là-haut sur la crête ou l'apparition rouge n'est-elle qu'une diversion ?
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 avril 2008
19 avril 2008
DU MYSTERIEUX MISTER B (I)
DU MYSTERIEUX MISTER B (I)
1.
"Je suis Tom Dorsey !... Tom Dorsey ! Directeur du "Tombstone Epitaph" pour vous servir !"
(Jean Giraud, Mister Blueberry, Dargaud, page 3, planche 1b)
Les bâtons de la foule rythment la poussière, passent la poussière, légendent la poussière. De la machine sortent les hommes, déïcules, ridicules même, ou têtes baissées. Encore leur faut-il traverser la contrée, lutter contre la montre des dissolutions. Le mythe est au prix de ce poids d'ombres. Faut-il s'étonner que nous soyons suivis ?
2.
"Vous avez certainement raison, sir, si l'aventure moderne consiste à cuire sous un soleil d'enfer !..." (Mister Blueberry, page 4, planche 2b)
Les ombres foutent les foies, pèsent comme des regards. Les yeux de la poussière dévisagent les enquêteurs. Ce sont pourtant dans ces ombres que sont entreprises les racines. Les peaux au soleil se multiplient comme des brûlures. Des chevaux portent cette légende que traverse le vent déployé.
3.
"Ho...vous savez, dans l'Ouest les fables vont bon train..." (Mister Blueberry, page 5, planche 3a)
Les héros peuplent les langues. Ce sont des mines d'or que ces légendaires. Vivants, ils ont les cartes en main, ces signes que l'on change en or, en dollars, en plomb. Il y a d'ailleurs toujours quelqu'un pour demander à voir.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 avril 2008
24 mars 2008
DE GRANDS TRAITS VERTICAUX
DE GRANDS TRAITS VERTICAUX
De grands traits verticaux
Signalent la pluie sphères
Dans l’ailleurs il y a des
Etres debout yeux fixes et
Cornes de bélier les cases
De cette planche 19 sont 4
Rectangles sans paroles et
A la planche 22 on peut la
Lire cette citation : « Il
Faut pleurer les hommes à
Leur naissance et non pas
A leur mort ». Ce qui fait
Un effet littéraire à c’te
Bariolade pour adolescents
Même qu’on peut y reluquer
Des seins nus parfois dans
Les planches 7 8 9 et dans
Ces cases s’agite une dans
Ces cases drôlesse et dans
Ces cases remuante et dans
Ces cases dragonne qu’elle
Si lisse si claire qu’elle
A pour nom Bebbé & qu’elle
Dit Je vous en prie...vous
ne devez pas... m’empêcher
... de... partir ! Et dans
Les cases son visage alors
Se rapproche et elle remue
Alors se débat renverse le
Bonhomme elle crache remue
Jusqu’à ce que le poignard
Lui perce le flanc à celle
Là qui n’est pas terrienne
Même qu’elle crache du feu
Tournant les pages à cette
Case de bande dessinée qui
Nous montre des espèces de
Sauterelles intersidérales
Que l’on arrive cigales de
L’enfer ou quoi ou qu’esse
Ou mantes religieuses bref
Des géantes insectoïdes et
Même qu’elles sont nommées
Strygules dont on nous dit
Planche 47 que ces animaux
sont sensibles à l’hypnose
On n’en attendait pas – de
Cet album des Naufragés du
Temps signé Paul Gillon et
Publié par les «Humanoïdes
Associés» en 1979 même que
Collection Eldorado fut le
Nom de c’te collection que
Le Sceau de Beselek fut le
Titre à la bande dessinée.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mars 2008
22 janvier 2008
SURPRISE DU DOGUE
SURPRISE DU DOGUE
Surprise du dogue Brutus lorsque, ayant été libéré par la cassure (CRAC) de la branche, où l'avait accroché sa laisse, et s'élançant tout aboyant (Wouah ! Wouah !), il passa par-dessus Tintin qui l'esquiva, le chien, tout simplement en se baissant, voyant l'animal emporté par son élan voler pour aller, en leur tombant dessus, bousculer comme quilles ses deux maîtres qui, sous le coup, furent entourés d'un tas de petites étoiles noires fort propres à signifier la violence du choc.
(d'après Hergé, Le Secret de la Licorne, page 51, cases 5 et 6, éditions Casterman)
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 janvier 2008
20 janvier 2008
!?
!?
A gauche de la case, le phylactère est composé d'un point d'exclamation (!) suivi d'un point d'interrogation (?), signes de ponctuation qui marquent la surprise de Tintin, dont le buste apparaît dans l'ouverture du mur de briques qu'il a lui-même, pour pouvoir s'évader, pratiquée grâce à un bélier de fortune, surprise de Tintin face au bric-à-brac de cette galerie dans la cave où, dans la perspective des piliers de cette case 5 de la page 41 de l'album Le Secret de la Licorne du grand Hergé (éditions Casterman), on distingue une multitude d'antiquités, bleu bibelot, tête d'os d'animal, fantoche à fil, fixe regard d'une paire de masques asiatiques, meuble à y trouver de vieilles lettres, vert bouddha, épées, lances, fauteuils bien propres à y lire du Voltaire, tableaux, boîte à musique, paravent, bustes de plâtre, idoles de bois, de bronze, de terre cuite, armures, tout un tas d'encombrants jusqu'à cette silhouette blanche, là-bas, d'une statue qui, le bras levé, semble boucher le passage, ou peut-être héler l'aventurier qui soudain, au détour d'une case, à l'autre bout de la galerie, surgirait, imprévisible, inéluctable, extraordinaire.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 janvier 2008
19 janvier 2008
DISPARITION
DISPARITION
Et, au seuil d'une de ces pièces, qui évoquent ces intérieurs clairs et lisses - cependant que hantés - des tableaux de René Magritte, l'inspecteur Dupont, avec un -t, tout de noir vêtu, comme un croque-macchabée, portant moustache en brosse et chapeau melon, à l'image de son double Dupond, avec un -d, puisqu'ils sont appelés à tous se ressembler, les fonctionnaires de la sécurité nationale, autant par manque de personnalité (cependant que Dupond et Dupont brillent justement par le grotesque attaché à leur personne, ce qui est, après tout, une manière d'avoir de la personnalité) que par souci d'anonymat (bien que, parce que grotesques justement, Dupont et Dupond ne passent guère inaperçus) - l'inspecteur donc constate avec l'effarement du fonctionnaire devant un événement qu'aucune circulaire n'a prévu, effarement comparable sans doute à celui du coq devant un radio-réveil, ou à celui d'un banquier devant une dégringolade boursière, que :
- "Sapristi !... Le mort a disparu !..." (Hergé, Le Secret de la Licorne, page 29, case 8, éditions Casterman).
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 janvier 2008
TERRIBLEMENT
TERRIBLEMENT
"Par Lucifer ! Je te ferai avaler ta barbe, porc-épic !..."
(Hergé, Le Secret de la Licorne, page 24, case 7, éditions Casterman)
Ainsi, dans la généalogie des aventures du capitaine Haddock, s'exprimait terriblement le terrible pirate à la terrible cape rouge et au non moins terrible panache rouge sur couvre-chef gris, surmontant de terribles yeux et une barbe en pointe noire, celle très caractéristique des hommes accoutumés aux terribles batailles navales, aux effroyables abordages, aux pillages impitoyables, croisant le fer avec François, chevalier de Hadoque et ancêtre du capitaine haut en couleurs et amateur d'épithètes rares, lequel ancêtre fut lui aussi fort en gueule :
"Et moi, je te déplumerai, perroquet bavard !... Flibustier de carnaval !... Pirate d'eau douce !... Anthropopithèque !" qu'il répond, terriblement.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 janvier 2008
11 novembre 2007
GOTHIQUES CROQUIS
GOTHIQUES CROQUIS
D’après la case 1 de la page 15 de Noces de brume de Sokal (Casterman, 1985) et la case 8 de la page 27 de la même splendide et sombre fantaisie.
Elle se complainte, la brune, les yeux bavants de larmes, qu’elle a peur de ne pas avoir assez de sang à donner…
Au ciel glacé ricane la chauve souris (hi ! hi !) : « saigner les hommes…saigner les hommes…saigner les hommes… » qu’elle n’arrête pas de couiner, ivre de son vol fou.
Bon, le canard en imperméable se radine chez Raspoutine. C’est tout bleu chez Raspoutine, et tout froid aussi. Le canard, -on voit ses yeux luire dans l’ombre qu’il fait de lui-même à la porte où commence à s’engouffrer un vent genre sibérien-, terrible, le justicier palmé, il le dit d’ailleurs qu’il fait pas chaud. Confirmation du maléfique lynx, satanic majesty himself : on s’les caille because qu’le feu est mort.
C’est tout bordel chez Raspou : coffre et revenant, tête de mort animal, des araignées jouent de la mandoline pour passer le temps, - c’est pas dans la bédé, ça, mais on s’en fout ! -, des pendus swinguent à la fenêtre illunée, c’est-à-dire que la lune leur fait l’éclairage, aux brothers branchés, - ça non plus, c’est pas dans la bédé, mais on s’en balance ! -, Raspou fume le cigare, énorme et clairvoyant :
- « Je t’attendais, Canardo… »
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 novembre 2007
