BLOG LITTERAIRE

Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

28 janvier 2006

OFFRANDES D'ANGELE

OFFRANDES D'ANGELE

A propos des premières pages de La Belle Coquetière (Tome 1) de Jean-Claude Servais (Editions Dupuis, coll. Repérages, novembre 1997).

L'oiseau ignore le chiffre de la distance, passant au-dessus des cachés qu'approchent le jupon et le fichu. C'est pour voler que sont réunis les enfants maraudeurs. Pour une bourse, un chien égorgé. Une rousse frimousse, dans ses mains le couteau cueille l'éclat prêtant serment au visage. La même môme, rousse frimousse, court poursuivie des aboiements mais le petit prince maudit ne voudra pas du présent dérobé, car accepte-t-on présent de qui n'est bon qu'à pleurnicher et pisser assis ?
C'est plus tard, dans l'ardeur des étés, sous la raison verte, qu'une autre offrande rousse sera acceptée, mais fiançailles buissonnières font éphémère promesse (ou encore mariage en l'air, comme on voudra) et le royaume est provisoire pour qui ne veut partager son pouvoir et cueille son plaisir comme on tire la perdrix.

Patrice Houzeau
Rosendaël, le 26 janvier 2006
Hondeghem contre l'A24
le 28 janvier 2006

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LA NUIT DU PHONOGRAPHE FANTÔME

LA NUIT DU PHONOGRAPHE FANTÔME

A propos d'une histoire courte de Garcia et Mora.
Une ville grise, entassée, accumulée de cubes et de rectangles, dans le grisâtre du smog et de l'estompe, des cimetières de voitures et les hordes de rats qui, comme c'était prédit dans la chanson de Nougaro, ont fini par envahir le monde. On s'y entretue. Le narrateur précise :
Les rats et les chiens sauvages étaient les vrais maîtres de la nuit ! Et une forme de suicide courante était de sortir dans les rues après le couvre-feu...
(Garcia et Mora, Le parking de la fin du monde, Pilote hors série, n°21 bis, février 1976, p. 43 à 52).
L'être choisit la chair.
L'homme de veille, assis devant son écran de contrôle, n'a pas le temps de se saisir de son masque. Voilà qu'il meurt.
Voilà qu'il meurt , qu'il dégringole vertige et cauchemar dans la nuit des comptines chantées par la petite voix d'une petite fille invisible, qu'il plonge dans la nuit de la robe déchirée dans les décombres, la nuit des images de la femme à l'enfant, apparues soudain, deux vives écorchées qui t'appellent, te regardent, te parlent ; tu te réveilles.
Tu te réveilles crois-tu, entouré des masques sanitaires et la femme et l'enfant que, pour pleinement te rassurer, on fait entrer, ce sont ces deux vives écorchées qui te sourient de leurs lèvres à vif, parmi les démasqués, chairs à vif sur fond noir.

Patrice Houzeau
Rosendaël, le 27 janvier 2006
Hondeghem contre l'A24
le 28 janvier 2006

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20 janvier 2006

FILLE, CANARD ET COQUILLAGE

FILLE, CANARD ET COQUILLAGE

Des belles images, il y en a partout, dans les magazines, à la téloche, dans les rues aussi ça dégouline sur les murs, les affiches, les publicités, des photos, des dessins, des couleurs...
Là, il y a une jeune fille brune, avec un haut rouge et une jupe grise, plus une longue crinière de jument, brune sur le chemin dans la campagne.
De dos, un garçon aux oreilles pointues avance décidément, avance sur le chemin dans la campagne sous un ciel rasé de près, sous un ciel couleur peau de sardine, avance décidément avance sous un arbre très grand.
Dans la calme beauté de son feuillage une machine molle...
une espèce de géant coquillage venu de l'espace, relié au sol si serein, si campagne française, par une échelle, semble attendre ses visiteurs.
Au premier plan, à gauche, un obèse canard, à chapeau et veston bleu, un Donald Duck à la retraite, s'est arrêté sur le chemin dans la campagne et contemple tristement le bigorneau des étoiles.
C'est une publicité pour un album de bande dessinée intitulé L'horloge d'un certain Roosevelt.
Comme c'est mystérieux et joli tout plein, cette page 67 du magazine Jade numéro 20, été 2000.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 janvier 2006

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17 novembre 2005

Fantaisie

FANTAISIE AUTOUR "DES YEUX D'ÉTAIN DE LA VILLE GLAUQUE"
de François Bourgeon (Editions Casterman).

A travers roches levées vont les cavaliers.
Dans l'herbe plaisantent les lutins
"Oyez ! Oyez beau sire, nous avons appris à parler votre langue !". (p.27)
Autour de la dépouille tournent les oiseaux.

La roussotte rit toute seule ; c'est de mémoire qu'elle rit.
A travers roches levées vont les cavaliers
Sous la pluie fine et continue, une épée souple.
Sous la pluie fine et continue, une lune blanche.

"Tu ris toute seule ?" demande la brune à la rousse.
Sur la plage une tête tranchée.
La brune dit les mots qu'elle sait :
" Huit vents qui soufflent
huit feux, et le Grand Feu
sur la montagne de la guerre.
Sept planètes, sept lunes,
sept planètes, sept éléments,
avec la farine de l'air...
(p.24)

La mer est mauve et le vent pluvieux.
La brune dit les mots qu'elle sait.
Des gens meurent pour un bijou bleu, une pierre d'éclipse.
A travers roches levées vont les cavaliers.

Le temps raconte des histoires.
Aussi vrai, aussi faux qu'une chanson
Ou la jolie frimousse d'une fille ;
Il s'agit d'un autre moyen-âge.

Dans l'herbe plaisantent les lutins.
Ils ont les yeux verts des batraciens,
Des canines passant la lèvre et aiment à rire.
Les étoiles ne se mirent au marais.

Ce que je chante est fatrasie.
Comprenne qui pourra.
Du souffle vient l'harmonie.
Mais toujours quelqu'un mourra.

"C'est étrange!... Il s'odit un écho à la musique d'orgue... !" (p.39)
C'est le vieil homme avec sa flûte,
C'est le vieil homme de l'ailleurs.
"Là où les Yeux se sont éteints, sont les entrées de la Ville Glauque !" (p.39)

C'est étrange et l'on ne s'en lasse,
Des couleurs et des images.
Toujours nous conterons des histoires
Pour donner du sens au temps.

Ce n'est pourtant que l'espace
Plat des albums de bandes dessinées ;
Mais nous avons besoin de ces chevaliers,
Et de ces bêtes sauvages dans les marais.

A travers roches levées vont les cavaliers.
Dans l'herbe plaisantent les lutins
"tant il est vrai que ne rencontre ces divertissantes créatures qu'en rêve." (p.27)
Autour de la dépouille tournent les oiseaux.

Patrice Houzeau
Rosendael, le 16 novembre 2005

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10 novembre 2005

Fantaisie sur "La Piste des Maudits" (2)

FANTAISIE SUR LA PISTE DES MAUDITS DE CORTEGGIANI ET BLANC DUMONT (2)

La personne blonde manie le revolver. Prête à tuer pour accomplir sa mission, elle tient le discours suivant à l'homme qu'elle vient de blesser :
- "Vous devriez vous réjouir...Ce sont des balles sudistes...Comme ça vous aurez au moins l'impression d'avoir fait la guerre autrement que comme un rat immonde tapi dans son trou."
L'action violente ne reconnaît de réelle légitimité qu'à la violence de l'opposition.
Ce discours prépare la case suivante : verticale un peu penchée, le bras droit de la tueuse tient le revolver qui, d'une onomatopée, - BLAM -, descend son interlocuteur qui en effet dégringole dans le bas de la case, entraînant dans sa chute chaise, encrier, papiers divers.

Dans les premières pages de l'album, nous apprenons le nom  de la tueuse. Elle vient de poignarder un soldat dans un hôtel et s'enfuit sous "la pluie qui redouble" ; elle est de profil sous le long manteau et la houppelande. Elle s'appelle Eléonore Mitchell. Ce qui rappelle Margaret Mitchell, "Autant en emporte le Vent" et l'atmosphère des films qui évoquent les Etats du Sud.
A noter : dans les deux premières planches de l'album , Eléonore est dans son bain.

Sur le cheval clair, le cavalier. Il prend sa carabine en évoquant l'école militaire où il n'est jamais allé.

Il est question du bombardement d'Atlanta et l'on peut voir sous la pluie d'une case rectangulaire en forme de cartouche cinq canons BAOMER en capitales d'imprimerie tandis que la voix off du lieutenant Blueberry affirme que les "canons pilonnent la ville de telle façon..." (case suivante) ..." que je finis par admirer certains de ses habitants qui essaient de vivre normalement." Et effectivement, dans la case suivante, en parallèle du rectangle à canons et dans les mêmes dimensions que celles dévolues à l'espace dessiné de la pluie d'obus, une scène d'intérieur verte et rose bonbon : une jeune femme de dos, - une brune, il va lui arriver des bricoles ! -, se tamponne le visage de poudre de riz tandis qu'on TOC-TOCQUE en rose à la porte de la chambre derrière des tentures vertes.

La Piste des Maudits est un album de bande dessinée (Editions Dargaud). Il s'inscrit dans le cycle "La Jeunesse de Blueberry". Il est signé François Corteggiani pour le scénario et Michel Blanc-Dumont pour ce que la première page de l'album appelle "illustrations". Il a été colorisé par Claudine Blanc-Dumont.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 novembre 2005

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25 octobre 2005

Sur la littérature populaire

DE LA LITTERATURE POPULAIRE ENTRE AUTRES CHOSES

On aura noté la légère ironie que j'ai utilisée pour évoquer "La Piste des Maudits", un des épisodes de la saga de Blueberry réalisé non pas par ses créateurs (vu que Charlier est mort et que Gir a laissé reprendre le personnage) mais par deux travailleurs de la planche : François Corteggiani pour le scénario et Michel Blanc-Dumont pour le dessin (cf les commentaires de mwamaim sur l'article du 24 octobre).
Je n'ai pas voulu être trop méchant avec l'album car, bien que d'un académisme de limande, il est quand même plutôt bien fichu : sans génie mais avec l'honnêteté de la plupart des auteurs de bandes dessinées pour lesquels j'ai du respect car il s'agit d'un fichu métier.
A tout prendre et à mon avis, mieux vaut lire "La Piste des Maudits" que bien des romans dont les critiques nous annoncent que c'est le livre du mois, de la semaine, de la décennie (ou même du siècle allons-y) et que tout le monde a oublié dès que Guillaume Durand a le dos tourné.
Effectivement, le titre de cet opus est d'un kitchissime pas possible. Mais c'est aussi pour ça que l'on aime la littérature populaire, non ? J'ai dans ma bibliothèque des romans que je ne lis jamais mais dont les titres et les couvertures me ravissent (les aventures de Bob Morane de Henri Verne, par exemple avec des intitulés exemplaires tels que "Le Gorille Blanc", "La Galère engloutie" - mais que diable allait-il y faire ? -, "Les Guerriers de l'Ombre jaune" et autres prodiges, ou encore les épatants romans policiers d'Agatha Christie et leurs couvertures illustrées des années 70 dans la collection du "Club des Masques", j'énumère : "Rendez-vous avec la Mort", "Le Miroir se brisa", "La troisième Fille" ; très importantes les couvertures des années 70, bien étudiées, gothiques soft avant l'heure : ce pied nu surmonté d'une mouche pour le "Cadavre dans la Bibliothèque", formidable comme une intervention de François Bayrou - le type à cause de qui j'ai failli perdre mon boulot lorsqu'il était ministre des petits profs, c'est vous dire si je l'aime ! et que je n'ai pas fini, étant donnée ma très grande sensibibilité, de lui déclarer mon amour, à la marionnette de l'opposition "contre puisque je suis pour" de l'actuelle majorité -, mais revenons à nos chefs-d'oeuvre et ajoutons y les San Antonio que je lis parfois ceux-là, un peu quelques pages pour les trouvailles lexicales, - pour le contenu, c'est ignoble au premier comme au troisième degré -, et je n'oublie pas non plus "La Paille et le Grain" et toutes les ouvrages comiques de François Mitterand, mais ceux-là je les ai pas achetés, j'ai pas fini ma collection de Bob Morane.)
Au moins, "La Piste des Maudits", je l'ai lu. Et relu même. Une bande dessinée prend peu de temps à lire, c'est vrai et je serai pas fichu de vous résumer l'intrigue vu que je l'ai déjà oubliée, c'est encore vrai, mais ceci dit, le travail de Corteggiani et de Blanc-Dumont est honnête : l'album n'est ni vulgaire ni trop racoleur et vous fait passer une demie-heure agréable, en attendant X-Files sur Série-Club, bien sûr.

Il en est de la Bande Dessinée comme du Rock n' Roll : jadis considérés comme sous-culture, ou même comme des vices où la jeunesse finirait par tomber comme mouches dans un fond de bière, ces deux types de production ont maintenant leurs exégètes, leurs historiens, leurs collectionneurs et même leurs spéculateurs ; c'est que dans la BD comme dans le Rock, on y trouve tout : des créateurs inspirés (Winsor Mc Cay et son génial Little Nemo in Slumberland par exemple qui est une bande dessinée centrée sur le monde du rêve et qui, à mon avis, est bien plus intéressante que certaines bricoleries pompeusement appelées "surréalistes" ; pour ce qui est du rock, on pourrait citer le très ironique Franck Zappa ou certains titres des Beatles, des Stones, de Led Zeppelin où l'inventivité remplace la virtuosité, bien que "Sympathy for the Devil" des Stones ou "Black Dog" de Led Zep sont aussi des exercices pas possibles à s'y brûler les doigts si l'on a envie de faire le guitar-hero) ; on y trouve tout donc et aussi des crétineries, des pompeuseries, des provisoires de commande, et des albums (c'est le même mot pour les oeuvres dessinées que pour les disques) censés durer 30 ans et qui ne ressuscitent pas le troisième jour du rayon où ils reposent jusqu'au prochain marché aux puces.
On y trouve tout donc et de la même manière que le "roman noir" a ses chefs-d'oeuvre ("Le Faucon maltais" de Dashiell Hammet, "Le grand Sommeil" de Raymond Chandler traduit par the man with the trompinette Boris Vian (un régal) , "Le meurtre de Roger Acroyd" d'Agatha Christie) qui sont bien plus intéressants que les trois quarts de la production "sérieuse" de Gallimard ou des Editions de Minuit, le rock et la BD ont leurs maîtres : Hergé, Hugo Pratt, Gotlib, Yohann Sfar, Morrison, Hendrix, Patti Smith, Ray Davies, Gainsbourg, Higelin, Thiefaine, E.P. Jacobs, Tardi, Forest, Neil Young, Paul Gillon (ah  "Jehanne la Pucelle" de Gillon, quelle gamine épique ! quelle  médiévale Lolita, l'as-tu lu ?, l'as-tu vu ?) et je pourrais continuer mais je fatigue et puis, ça commence à m'énerver tant de talent !
Enfin et pour finir comme dit Drucker, soyons provocateurs car je l'avoue : je préfère Simenon (oh!) à Robbe-Grillet (Fichtre!) qui d'ailleurs dans Les Gommes, ouvrage auto-effaçable, s'est nettement inspiré de l'oeuvre de Georges Simenon sauf que Robbe-Grillet est absolument incapable de rédiger une intrigue : il ne pourrait même pas, à mon sens, écrire un épisode de X-Files ou des aventures de Blueberry, ce qui en soi n'est pas si grave mais dans ce cas là, bougre d'artiste, on écrit des biographies, des romans historiques, des adaptations de romans étrangers, des recueils de recettes de cuisine, ce qui serait quand même plus honnête que de se faire passer pour, je cite les paroles d'une universitaire qui parlait plus vite qu'elle ne pensait : "le rénovateur du roman du XXème siècle". Mazette : Proust, Céline, Joyce, Robbe-Grillet (euh...  cherchez l'intrus !).
Enfin bref, tout ceci pour dire que si vous aimez les bouquins qui font pas trop "sérieux" du style "La Piste des Maudits" (c'est vrai qu'on s'en lasse pas de ce titre), les Bob Morane, les Agatha Christie, les chansons de Joe Dassin ou de Julien Clerc, les solos de guitare de Keith Richards et les mélodies de Mac Cartney,  les barres de Mars et le Coca-Cola, Gillian Anderson en rousse dans X-Files et François Bayrou (le "must!"), eh bien, pour paraphraser quelqu'un, vous ne sauriez être totalement mauvais...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2005

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24 octobre 2005

Fantaisie sur "La Piste des Maudits"

FANTAISIE SUR "LA PISTE DES MAUDITS" DE CORTEGGIANI ET BLANC-DUMONT (1)

Une jeune femme dont on distingue une mèche blonde sous la capuche toque à une porte (Toc-toc). Elle est habillée de manière à ne pas être trop vite reconnue mais elle regarde dans notre direction afin que nous, lecteurs, nous puissions la reconnaître, celle que tout le monde recherche. Il est à noter que les femmes fatales sont d'un blond d'incendie quand elles ne sont pas brunes comme des nuits sans lune ; mais elles sont plus rarement châtain, dans un entre-deux couleurs de la foule des femmes anonymes qui, comme chacun sait, n'ont d'intérêt que dans la vie réelle. Parfois tout de même, elles sont rousses, mais c'est parce que l'auteur veut se singulariser, bien entendu.

La compagnie de cavaliers au galop sur le pont de bois éclairé par des torches fixées aux piquets. A vive allure dans la nuit tandis que le garde posté dans la guérite sort en s'écriant "Sons of a bitch !", ce qui n'est guère poli.

L'homme le plus massif est par terre. Au-dessus de lui, un en-uniforme tente de le maîtriser mais le BLAM ! d'une détonation met fin à son action ainsi qu'à sa vie, peut-on penser, quoique la tache rouge qui macule sa veste bleue du nord soit plus près de l'épaule que du coeur. Ce qui prouve que le dessinateur est minutieux. Il s'agit de Michel Blanc-Dumont et l'album s'intitule La Piste des Maudits et c'est une des aventures du cycle de "La Jeunesse de Blueberry", ( scénario : François Corteggiani, dessin : Michel Blanc-Dumont, éditions Dargaud, 2004).

Quant aux cavaliers, ils sont très fiers et regardent le convoi franchir le fleuve (ou la rivière) dans un décor de plateaux et de sierra où l'on s'attend à voir surgir des apaches ou les fantômes d'une armée battue.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 octobre 2005

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08 juillet 2005

BOULE DE NEIGE

SUR UNE PLANCHE DE LITTLE NEMO (WINSOR McCAY)
Publiée dans la livraison du journal THE NEW YORK HERALD le dimanche 24 janvier
1909 (New-York).
Source : L'Intégrale de Little Nemo in Slumberland de Winsor McCAY, volume III : 1908-1910, Ed. Zenda, 1990, p.37).

Cachés, accroupis, les deux personnages devant un stand.
Little Nemo les rejoint.
Le stand est désert. "Personne ! Pas un chat ! Quelle dêche !"
La boule part et fait jaillir les bonbons. Explosion de neige.
Le forain quitte la scène.
Arrive un petit vieux.
La boule de neige fait chuter la pipe des lèvres du petit vieux.
En fait, elle est projetée en l'air avec toutes ses bouffées de fumée blanche mêlée à la neige.

- "Oh, très cher, mais où étiez-vous donc ? dit l'élégante à l'élégant.
La boule de neige fait chuter le jeune homme.
Deux pauvres hères et une gamelle que la boule renverse.
Un petit toutou promené que la neige projette en l'air.
Un homme avec une pancarte : HOT SOUP AND LUNCH  ALL DAY AT BEEDLEZINGER'S ON THE CORNER ! : - je pense à "l'opéra des gueux, The Beggar's Opera de John Gay (1728) et au Beggar's Banquet des Rolling Stones (1968) -.
Sur la pancarte vient cogner la boule de neige.

- "En plein dans le mille !
- Tu ne rates jamais ? s'épate Little Nemo.
- Infaillible je te dis !
- Tu vas bien en rater un ?".

Un homme à cigare et chapeau haut de forme.
La boule vient frapper sa bedaine.
Le policier constate.
Le policier intervient.
Little Nemo court dans la neige et se réveille avec soulagement.

Cachés, accroupis, les deux petits personnages dessinés devant le stand bigarré de bonbons mais le temps qui passe sur les journaux a passé les couleurs. Est-ce vraiment des bonbons ?
L'étal n'attire aucun passant. Le marchand de bonbons est triste. On a beau être dans le royaume du rêve, Slumberland, cette autre Amérique, il faut bien travailler pour vivre.
Les bonbons jaillissent dans l'air, taches rouges, vertes, bleues que cachent les élancements, les jets de neige.

"Le petit vieux de tous les temps" comme dit L'Ode à Emile du groupe Ange se félicite de sa "bonne bouffarde" qu'il n'y a "qu'ça d'vrai"!
La pipe est dans l'air maintenant pour toujours dans le ciel bleu d'une case de bande dessinée.

-"Et vous-même ? Je vous ai appelée plusieurs fois !" répond l'élégant à l'élégante.
Il s'appuyait sur sa canne lorsque celle-ci le déséquilibra frappée qu'elle fut par le projectile neigeux.

La gamelle est bien grande. On dirait un seau. les deux vagabonds vont se régaler si celui qui s'est procuré la gamelle accepte d'en partager le contenu avec son compère.
-"Y a de la sorcellerie là-d'ssous ! dit-il lorsqu'elle se renversa, la soupe fumante, dans la neige.

Le "petit toutou à sa maman" est bien énervé de cette poudre glacée qui couvre les trottoirs, décalant les perspectives habituelles avec le compas blanc de son outre-espace.
Le voilà tout jappant et très onomatopéïque dans l'air glacé du papier.

L'homme-réclame précise qu'il était banquier avant et le gros homme à cigare ne veut pas du journal que lui tend le petit gamin vendeur de journaux.
Oh ! fait-il quand la neige s'étala sur son pardessus. "On a voulu m'assassiner à coups de boules de neige !" dit-il au policier étonné : "De la neige ! Sur vous, Monsieur le juge !" puisque les juges de cette Amérique dont nous rêvons et qui n'existe peut-être que dans les séries télés, puisque les juges y sont puissants, honorables, nouveaux prêtres d'une religion fondée sur le droit des peuples à se condamner eux-mêmes.
Sur la nuque il reçut une boule, le flic.
Aussitôt, les trois petits voyous, les trois petits anarchistes colorés, les trois petits bonhommes décampent dans la neige, figures d'un cinéma muet sur papier journal et Little Nemo se réveille avec soulagement.

La planche est découpée en vingt cases.
Elle est signée Winsor McCAY.
Y défile toute une Amérique qui nous semble familière : le marchand ambulant, le "nègre à la pipe", les jeunes gens élégants, les hommes pauvres des rues et des champs, la demoiselle au petit chien, l'homme-sandwich, le juge, le gamin vendeur de journaux, l'agent de police, l'enfant rêveur de sa propre Amérique. Et les personnages de son rêve se jouent du réel en y balançant des boules de neige.
Gamineries. Anarchie douce. Génie du dessin.

              Patrice Houzeau
                     Hondeghem, le 29 septembre 2005

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