MAIS AU MOINS Y A LA MUSIQUE

Bouts de phrases tirés de la traduction d'un roman d'Agatha Christie et qui m'ont servi à composer les brefs qui sont dessous :

« Ayant pris l'ascenseur »

« sonner à la porte »

« il y a des éternités qu'on ne vous a pas vu ici ! »

« fauteuil trapu au coin du feu »

« après un bref coup d’œil »

« Rien à voir avec la réalité ! »

« un tel rythme dans la langue ! »

« un joli petit assassinat »

«  et totalement incompréhensible »

«  - Impossible, dit Poirot. Tout s'explique, tout. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules », coll. « Club des Masques »)

 

1.

On dit « ayant pris l'ascenseur » genre on prend l'ascenseur sous le bras pour monter et si on le laisse tomber on s'artrouve dans le vide.

 

2.

Quand on va « sonner à la porte » mieu vau savoir ce qui vit derière des fois qu'c'est un cadavre qui vous ouvrira pour vous prandre l'âme.

 

Car des fois on croit que c'est un vivant qui vous ouvre la porte.

 

Pour vous prendre

l'âme

pour vous fendre

l'âme

y a toujours y a toujours

un fantôme derrière la porte.

 

3.

Parfois « il y a des éternités qu'on ne vous pas vu ici » ; pourtant, vous étiez là. Du moins, il vous semble.

 

Parfois on est là mais le petit bonhomme qui court la campagne sous la lune dans votre tête il est parti jouer d'la clarinette.

 

Zut elle a une cousine qu'elle s'appelle « Clarinette », « Clarinette A. Caprice » c'est son blaze complet.

 

ET SI C'EST LA CLARINETTE

(chanson pour clarinette, Zut et âme prise)

 

Pour vous prendre

l'âme

pour vous fendre

l'âme

y a toujours y a toujours

un fantôme derrière la porte

 

Mais si c'est Zut qui vous ouvre

c'est pas pour vous prendre

l'âme

elle en a toute une collection

c'est pas pour vous fendre

l'âme

mais tout de même faites attention

car avec Zut car avec Zut

on ne sait jamais non jamais vraiment

 

Pour vous souffler

l'âme

pour vous siffler

l'âme

y a toujours y a toujours

une Zut derrière la porte

 

Et si c'est pas Zut qui ouvre

avec son attrape-

-coeur

avec son arrache-

-coeur

c'est p't'être bien c'est p't'être bien

sa cousine Clarinette Clarinette A. Caprice

 

Le A c'est pour Amanda

ou Annette ou Alphonsine

je ne sais pas Amanda

Annette Alphonsine

quel est le nom de la cousine

 

Et si c'est la Clarinette

qui vous ouvre la porte

oh bin alors c'est clair et net

zavez plus qu'à zavez plus qu'à

jouer un des ces jazz

souffler un de ces jazz

siffler un de ces jazz

jusqu'à ce que jusqu'à ce que

le Diable vous emporte.

 

4.

Des fois l'insomnie m'attrape et me tend la plume pour que j'écrive que j'suis bien content mais le lendemain au turbin c'est dur.

 

5.

Quand le « fauteuil » est « trapu au coin du feu » on se demande quel piège vous y attend et quel trappeur fantôme y est réellement assis.

 

6.

Des fois on a des brefs coups d’œil qu'ça vaumieu qu'ils soyent brefs acause d'ceusslas qu'ont du torve regard à vous r'garder pas droit.

 

7.

Des fois ça n'a « rien à voir avec la réalité » c'est passqu'on lit des romans qu'il y a qu'les profs qui croivent qu'ça dit du vrai.

 

Les romans ça dit qu'des signes et si vous y croyez à leurs amours et machins c'est que vous êtes un rien bêta.

 

Essayez voir de vivre comme dans un roman, zallez voir comment vous allez vite vous y r'trouver au cabanon des caboches fếlées.

 

Les romans c'est pour les gamins et les surdoués qu'ont bien compris malin comant ils pouvaient en draguer avec leur grande culture là.

 

8.

Moi c'que j'aime c'est « un tel rythme dans la langue » qu'on dirait qu'ça va vous attraper l'âme pour vous l'agiter l'animer en chemin.

 

Moi c'que j'aime c'est « un tel rythme dans la langue » qu'on croit qu'il y a dans les syllabes un mystérieux batteur.

 

9.

Les romans policiers à la Agatha Christie sont plein de « jolis petits assassinats totalement incompréhensibles » qu'c'est des mots touça.

 

Les libraires i vous vendent plein de c'est des mots touça qu'il y en a i coûtent très cher on se demande bien pourquoi.

 

Moi aussi j'en ai plein des c'est des mots touça que je les lis pas car j'ai autre chose à m'ennuyer.

 

Les c'est des mots touça je les lis pas mais je les ouvre et les grignote j'en pique les vers qui grouillent dedans anonymes et secrets.

 

Faut être franc des fois y a des livres i m'ont emballé mais j'étais bien jeune alors j'me laissais avoir par l'vraisemblable.

 

Puis j'ai apris que le vraisemblable c'est jamai qu'un spectre qu'on croit réel i bouge beaucou mes n'est pas plus vrai qu'une photo truquée.

 

N'empêche des fois chuis bien content de tous ces mots touça que j'me dis il y a ptêt' dedans un être qui nous cause à dire des étranges.

 

Parfois, je vois les bibliothèques comme autant de repaires d'esprits inconnus qui nous balancent des messages secrets codés du très ailleurs.

 

Je vois ce monde comme un autre monde des langues y circulent que nous déchiffrons à peine.

 

10.

On dit « impossible, tout s'explique, tout », et y en a même i zécrivent de gros livres pour expliquer vraiment c'qu'on sait déjà qu'en vrai c'est l'contraire qu'on vit. Mais i s'démontent pas, les fiers philosophes, i nous content alors qu'on vit en Aliénie dans l'inauthentique et le pas bô du tout pas pertinent ignorantin et caverneux piètre médiocre victime fait avoir, alors on s'en fout et on écoute des chansons qu'on sait bien qu'c'en est aussi des bêtises, mais au moins y a la musique.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 décembre 2016.