J'ECRIS PARCE QUE JE PREFERERAIS NE PAS

 

1.

J'écris parce que je préférerais ne pas.

 

2.

Avec ma parka à capuche et mon chien malade, je me fais l'effet du moine gelé de la vieille légende que je n'ai pas encore écrite.

 

3.

J'écris parce que les mots me manquent.

 

4.

J'écris parce que c'est la seule chose que.

 

5.

J'écris parce que j'aime.

 

6.

Des fois je panique dedans ma tête que le singe de la jungle de ma tête il ne sait plus où est passé l'homme dans toute cette agitation là.

 

7.

J'écris parce que j'ai une main à plume (j'ai toujours été plumé). Somme toute, c'est assez curieux.

 

8.

La « rareté naturelle des choses » me donne à penser que ce monde est trop pauvre pour être honnête (poil à la tête).

 

9.

« Even for a word, we will not waste a vowel »

(proverbe « anglo-indien » cité par Georges Perec in « La Disparition », « Métagraphes »).

 

Dans les Indes à proverbes, on ne gâche pas tout pour un mot, et les veaux se portent bien.

 

10.

« Chaque matin le soleil se lève

L'ombre se dissout dans l'ombre 

L'homme réfléchit l'homme. »

(Robert Desnos, « Bacchus et Apollon »)

 

L'homme se voit dans la glace et

Réfléchit est-ce vraiment lui

L'homme cette figure qui me regarde et que je ne reconnais pas.

 

L'homme se voit dans la glace et

Réfléchit ah oui se dit-il maintenant je le reconnais

L'homme oui c'est celui-là qui veut prendre ma place.

 

L'homme se voit dans la glace et

Réfléchit j'ai déjà vu cette tête-là quelque part ah oui c'est lui

L'homme qui passe sur le boulevard l'été passé.

 

11.

Dans un long bruissement, la forêt chevauche et les chevaliers enracinés baissent la tête au passage de la Reine Verte.

 

12.

Je ne vais jamais nulle part ; j'y suis déjà.

 

13.

Je ne vais jamais nulle part. Pas la peine de m'inviter. Je n'y vais pas. Si je suis là, c'est que j'ai été distrait, excusez-moi.

 

14.

J'écris pour ne pas m'avouer que chais pas quoi faire qu'est-ce que j'peux faire.

 

15.

Je m'a gouré ! Zut alors ! se dit-il ; alors Zut apparut et, bien entendu, lui tira la langue.

16.

Ce que prouve le réel, c'est que nous croyons aux fantômes.

 

17.

« à la splendeur magique des girandoles de cette nuit rieuse comme le jour »

(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

Quand la « nuit est rieuse comme le jour » c'est des fois qu'on rêve de comédie ; on comprend pas ce qui s'dit mais on rit quand même.

 

18.

J'entends parler (c'est la radio) de « l'enfant intérieur »… Ah les sales mômes ! Toujours à s'faufiler partout et surtout où i faut pas !

 

19.

« La petite lumière se hâtait d'approcher, et ne se hâtait pas de répondre. »

(Aloysius Bertrand, « La Poterne du Louvre »)

 

Parfois les approchantes gardent le mystère que des fois on les voit même pas et restent muettes quand on leur demande.

 

Parfois une petite lumière dans la brume s'approche mais fantôme comme si elle n'avait pas de lèvres elle ne dit rien.

 

20.

J'écris pour garder un mystère dont on ne m'a pourtant rien dit.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 janvier 2017.