PENDANT QUE PURULE LA ROSE

 

Notes sur le poème « Le rêveur » de Jacob Van Hoddis tel qu'il a été publié dans une traduction de Arp et Hugnet in André Breton, « Anthologie de l'humour noir ».

 

1.

Le poème - ce bout de chose écrite qui prétend à l'être – commence par la mention d'une « nuit bleu-vert » et pourquoi pas rouge baiser.

 

Quand j'écris la nuit rouge baiser Le Baiser de la Femme Araignée me vient à l'esprit qui est le titre d'un film que je n'ai pas vu.

 

2.

Le poème – ce bout d'bidule qui prétend vous dire – y a des couleurs dedans mais on les voit pas parce qu'elles sont « muettes ».

 

Les couleurs dans le poème sont si « muettes » que même avec les yeux dans ta tête tu les vois pas et la conjectures même pas la peinture.

 

3.

Après y a quand même « les rayons rouges des lances » c'est visuel là façon grand soleil rouge hérissé de lances tournoyant sur l'affiche.

 

Ça je la vois au coin d'une rue dans ma tête l'affiche grand soleil rouge hérissé sur fond noir avec un titre dans une langue que j'ignore.

 

Comme quoi doit y avoir des bouts d'pays qui flottent dans ma tête avec de belles étrangères qui causent la langue de l'inconnu.

 

Ce rouge en à-plat là ça me rappelle vaguement quelque chose du réel une affiche de cinoche non ? bah chaipus.

 

Oui mais quand même Un grand bloc d'ombre avec des yeux en amande du rouge vif dedans casque noir lance noire nuit rouge ça vous dit rien ?

 

La « nuit bleu-vert » c'est la nuit juste avant l'aube peut-être, laquelle va ici se lever sur le rouge et noir d'une chevauchée fantastique.

 

4.

Dans le poème – ce bout d'jactance qui flotte entre deux je voudrais – aussi des « cuirasses crues », je pense à torses à taureau et à grec.

 

Ou alors à une vieille peinture dans un musée avec des lanciers en cuirasse et poussière et chevaux et bavant la charge.

 

Du coup avec ses lanciers rouges et ses « cuirasses crues » le poème – ce bout d'Zut – i vous évoque les « troupes de Satan ».

 

Moi j'crois pas qu'ça soye ses troupes à Satan qu'c'est juste des mots que si on les prend au sérieux on finit au moins par philosopher.

 

Après on sait pas où ça s'arrête on philosophe on philosophe qu'ça finit par fumer pis qu'on invente la poudre à canon atomique.

 

5.

Après dans le poème – ce bout d'réel qu'on flanque dans des anthologies – y a des « taches jaunes » c'est-y l'automne et son fantôme tousseux ?

 

Les « taches jaunes » dans les poèmes ça m'évoque les récitations de l'enfance avec des feuilles mortes qui tourbillonnent et forêts rousses.

 

Les récitations de l'enfance c'est plein de forêts rousses écureuils et fagots qu'après on apprend qu'il y a des cadavres dans les bois.

 

6.

Dans le poème – ce bout qui bout au bout – les « taches jaunes flottent dans l'ombre » Que fais-je là me dit Zut devant le miroir tout noir.

 

Des fois Zut elle dit « Que fis-je là » mais ça c'est quand elle a sa baguette à figer le présent histoire que le passé revienne un peu.

 

7.

Les « taches jaunes » c'est des « yeux désincarnés » que ça voudrait dire qu'ils se sont barrés d'la carcasse les globes

 

Comme quoi on apprend que si vous croisez dans l'ombre une flottante paire d'yeux « désincarnés » c'est qu'ils fantôment

 

8.

J'vous disais tout à l'heure lances et cuirasses que faut bien de « grands chevaux » pour faire avancer tout ça d'hérissé et d'tout rouge.

 

Le poème – ce bout – vous le dit donc que les « taches jaunes » c'est des yeux d'cheval que vous êtes dans un poème de chevalerie donc.

 

J'ai jamais écrit de poème de chevalerie, rien que le premier alexandrin : Cataclop cataclop cataclop cataclop.

 

Dans son poème à Van Hoddis ça chevauche façon hussarderie sous drapeau noir rouge jaune ah tiens le revoilà le drapeau de l'Allemagne.

 

Rouge des lances Noir de l'ombre Jaune des yeux, drapeau qui flambe dans un poème, c'petit bout d'révélation, c't'apocalypse d'fieffé rêveur.

 

9.

Après le poème i cause de rose et de corps et ça finit par le mot « terre », rapport au corps et à la rose, évidemment.

 

Le poème de Jacob Van Hoddis (1884-1921) est intitulé « Le rêveur » qu'après l'avoir breffé (comprenez, commenté de brefs) il me semble que ce « rêveur » est celui qui voit dans le rouge et le noir des couleurs qui « se consument » (L'Europe de la Première Guerre Mondiale peut-être) et que de ces flammes montent des visions de lanciers à cuirasses, de troupes sataniques, de chevaux « aux yeux désincarnés ». Est-il réellement « menacé », ce rêveur en proie à l'hallucination guerrière, au fantôme du drapeau noir, rouge et jaune ? C'est qu'il voit en fin de texte « son corps nu et pâle et sans défense », cependant que de la terre monte une rose, une « rose fade » et qui « purule » dit le texte, comme si le réel était aussi vénéneux que la vision infernale.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 21 février 2017.