HASHTAG TOPINAMBOURINSOUMIS

 

1.

Le son du gong vrombit au fond de ma caboche.

J’écris ça pour le son et tant pis si ça cloche.

 

2.

Des fois Zut pêche, et des eaux si sombres, si ce n'est un sombrero d'une chanson idiote, c'est au moins quelque congre incongru.

 

3.

Des fois mitou qu'je pêche, pis des eaux si sombres à n'y pas voir ses osses, j'rattrape mes mensonges.

 

4.

Des fois Zut plonge dans des eaux si sombres que j'la revois plus qu'elle devient j'crois bien vouivre, serpente ou chaipaquoi d'ondulant.

 

5.

Des fois Zut, dans son âme, un tigre fatigué, il bâille, étire la patte, écorche un peu le réel et s'endort en Zut bouche ouverte.

 

6.

Des fois le réel ennuie Zut. Elle lui fait bien des grimaces, mais le réel s'en fout et continue dans le pourtant sa danse de l'ours.

 

7.

Des fois j'joue du piano

Pis j'tombe sur un os

C'est qu'c'est un piano d'il y a longtemps

Alors forcément y a des morts dedans.

 

Pour musiquer ce bref, faudra une voix plutôt grave en avant et un fond sonore constitué d'un son de piano préparé (avec soin) de manière à donner un son sec, un son sec d'os, un son sec d'os et de charivari d'la carcasse. Entre chaque vers, trois ou quatre notes d'une mélodie aussi improbable que ma bonne fortune.

 

8.

« Alors, sentencieusement, il lève un index tordu, et se met à parler japonais. »

(François Caradec, « Edmond de Goncourt »)

 

Y en a pour jacter du japonais,

y en a pour jargonner le javanais

des universités

moi je reste muet comme ma tombe

et vais promener mon nez.

 

Pour musiquer ce bref, quelques bouts de phrases traficotélectroacousmatiques en japonais, et en javanais aussi, feront un fond intéressant. L'on finira, bien sûr par le bruit produit par un nez chutant dans un mouchoir.

 

9.

Ce n'est pas donné à tout le monde de se moquer du monde ; il y faut de la faconde. Pour moi, j'aime assez le sourire de la Joconde.

 

10.

« A genoux sur une pierre tombale, un jeune conscrit lit avec surprise son propre nom. »

(François Caradec, « Chromos »)

 

Des fois qu'on serait mort avant d'êt' mort et pis qu'on croirait discuter avec des vivants, dis.

 

11.

Il y a deux vers dans lesquels Artaud fait sonner « vitres avec « virent ». Les « vitres » y sont de « son », genre de la musique, peut-être.

 

Et « virent » relève-t-il de « voir » ou de « virer » ? Il s'agit des astres. Seraient-ils hallucinés ? Seraient-ils divagants ?

 

Quel horoscope tiré de quel Blue Öyster Cult a-t-il lu dans ce journal de quelque part dans le temps où dit-on Artaud passa ?

 

En tout cas, les « vitres de son » semblent des « verres ». D'ailleurs, des « cerveaux » y « cuisent », comme dans une serre.

 

« Vitres de son où virent les astres,

verres où cuisent les cerveaux »

(Artaud)

 

Evidemment on y voit un genre de valse en « v ».

 

Les « vitres de son » - Oh elles éclatent ! Et leurs pattes d'écorché vous pincent les oreilles et s'enfuient par la fissure.

 

12.

Dans « Fin de partie » de Beckett, Clov à la lunette et les flots comment qu'ils sont ? « De plomb ».

 

Nabodir qu'la pluie mouille, avec le réchauffement climatique touça, ça m'étonnerait pas qu'elle devînt d'plus en plus sèche, la pluie.

 

13.

Paraît qu'sur twitter d'aucuns voudraient signaler l'emploi du mot « pédagogisme » que moi, c'est le topinambour qui me pose problème voyez.

 

En effet, je supporte de moins en moins l'anti-topinambourisme et tout ce qu'il recèle de pulsion réactionnaire et antisociale.

 

Je pense qu'une société solidaro-citoyenne se doit de défendre ce que nos médiévaux adversaires appellent le « topinambourisme ».

 

Et le topinambourisme tempéré des socio-démocrates ne suffira pas ! Il faut dès maintenant déclarer le Topinambour Grande Cause Insoumise !

 

Camarades, ne nous cachons pas derrière la poudre de perlimpinpin que distille l'alambic spécieux des anti-topinambourrins ! 

 

Car il est que c'est par le Topinambour que nous sèmerons les graines de la récolte de l'aube universalo-éthico-pédago-topinambouresque !

 

14.

Les morts en partance nous traversent, laissent encore quelques bribes de messages, quelques voyelles longues.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 3 juin 2017.