VERS ANTIDOTES

« Nous avions volé le trésor de Golconde

Et nous allions, grâce au transsibérien, le cacher de l'autre côté du monde »

(Blaise Cendrars, « La prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France »)

1.
« -
Je m'en souviens, je m'en souviens, j'y ai souvent pensé depuis - »

(Blaise Cendrars)

C'est un drôle de vent qui vous passe par la tête ; tout le temps qu'il vous la relance la boîte à musique du « je m'en souviens ».

2.

« On disait qu'il y avait beaucoup de morts là-bas »

(Blaise Cendrars)

Que le monde est toujours plein de morts là-bas, mais nous on s'en fout, on a la télé pour nous distraire et nous endormir.

Il me semble qu'internet pourrait être l'antidote de la téloche, quoiqu'en fait, beaucoup n'y font jamais que parler de la sainte aux images.

3.

« Moi, le mauvais poète qui ne voulais aller nulle part, je pouvais aller partout »

(Blaise Cendrars)

Moi le mauvais poète, j'ai la rime qu'a mauvaise mine, j'marche niais à côté d'mes pieds pis c'est drôle elle est sur la lune mon école.

Quand on a la lune pour école, généralement, on a une araignée au plafond, pis sa toile au clair de lune dans le was ist das du cerveau.

Je ne veux, bien sûr, aller nulle part oùsque je tourne comme un ours qu'a oublié sa chanson pis qui cherche pis qui cherche.

Cendrars écrit qu'il « pouvait aller partout » que c'est bien ça que moi je sais pas si j'irais qu'c'est trop loin que chuis emberlifaticogué.

4.

Le poète i dit qu'« en ce temps-là » les poètes ça aime bien dire en ce temps-là que peut-être ils en ont des remontées.

Bon alors le poète il dit qu'il était « en [son] adolescence » qu'il devait être bien énervé alors cherchant ses rimes et les filles partout.

5.

Cendrars écrit que ses « yeux éclairaient des voies anciennes » qu'il les avaient photophores mystérieux, ses yeux, genre d'une aut' planète.

Je le vois bien dans son passé tout ancien du Moscou d'sa Prose passer les pavés en palpitant des yeux tout lumineux.

6.

Cendrars écrit que ses « mains s'envolaient aussi » qu'il faisait comme l'oiseau alors l'aut' bizarre avec ses yeux éclaireurs du passé.

Cendrars il avait les paluches volantes pis dit « avec des bruissements d'albatros » ah le tableau dis : « Poète survolant Moscou ».

J'aime bien ce « bruissements d'albatros » qu'on s'le cinoche le poète filant dans le ciel avec des « s » lui sifflant les esgourdes.

J'me demande s'il a pas un peu été abductionné Cendrars que ça veut dire enlevé par une soucoupe volante avec des téléramas dedans.

Pourquoi « téléramas » ? Bah j'ai d'abord voulu écrire « chicons au gratin » mais zavez déjà vu un chicon au gratin piloter un ovni vous ?

7.

Après l'Cendrars s'est cinoché destrucminator à en « plonger » tout (« vitrines, rues, maisons, vies, roues ») dans une « fournaise ».

Visionnaire, Blaise, car la « fournaise », le XXème siècle… L'a un drôle de goût des fois « La Prose du Transsibérien & de la petite Jehanne »

La « fournaise » dont il cause, Cendrars, il dit elle est « de glaives », donc qu'ça fait feu, fer, pis l'enfer où l'on broie « tous les os »…

Y a du golem soudain dans son narrateur à Cendrars qui dit « j'aurais voulu broyer tous les os / et arracher toutes les langues ».

8.

S'ansouvient s'ansouvient cendrars c'est son chien son chval son ombre dedans sa tête qui lui revient lui redit y pense depuis souvent.

Etot tou couché cendrars sur des cofres (des valises ou bien ?) ah aurot-il voulu des gaufres mais tant pis tant pisse le mérinos le temps passe.

Comme il lui avait donné un browning qu'c'est une arme à feu le contemplot-il la bouche en « o » entendait-il tonner le lointain.

C'est pas à moi qu'il avot doné le « browning nickelé » c'est au narrateur à Cendrars que si ça se trouve tous les deux mentons (poilo c'est poilant).

Il étot « très heureux insouciant » cendrars pinson cendrars qu'il pinsot (c't'avec ça qu'on peinture des tableaux) « jouer aux brigands ».

Méritot une claque sa tête cendrars (l'avot 16 ans i dit) mes ancedantanlà défois les jeunes étaient plus vieux que les jeunes à maintenant.

Cinochait molt du cabochon jeune cendrars pis n'importe quoi qu'il « avait volé le trésor de la Golconde » ça fait Arsène Lupin, Bob Morane.

Quand on est jeune on a la plante imaginative avec des mondes dans les plis pis après peu à peu hein souvent qu'ça s'rabougrit.

« Le Trésor de Golconde » c'est d'la fabuleuse richesse qui viendrait des Indes que chais pas oùsqu'on peut rester stupéfait devant.

Même que « grâce au transsibérien », lui et son complice, le « trésor de Golconde », filaient « le cacher de l'autre côté du monde ».

Que ça fait rêver ça « l'autre côté du monde », que c'est si loin ça « l'autre côté du monde » que défois j'me demande si ça existe.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 6 juin 2017.