L'ECOLE N'EST PAS UN CHAMP D'EXPERIMENTATION SOCIALE

Pour les pédagogistes, les élèves semblent surtout exister en tant qu'entités sociologiques. Ils oublient, ou feignent d'oublier, qu'une classe n'est pas la même le lundi à 8 heures et le jeudi à 16 heures 30, qu'elle n'est pas la même après deux heures d'éducation physique ou après un devoir surveillé de mathématiques, qu'elle n'est pas la même devant un enseignant autoritaire et devant un enseignant accommodant, et qu'elle varie, cette classe, en fonction de la période de l'année, du temps qu'il fait, des plus ou moins grands événements du quartier, de l'établissement, et de ce qui peut se passer de tragique, de contrariant, d'ennuyeux, ou même de drôle, dans chacune des existences qui constituent cette petite société réunie à heures fixes, pour plus ou moins attendre que ça se passe en apprenant à vivre avec ces autres là, que la vie dispersera on ne sait où. A ces considérations bassement matérielles, ils préfèrent les grandes visions d'élèves rendus assoiffés de savoir par des professeurs qui, appliquant à la lettre l'évangile selon saint Meirieu, réagiront tous de la même manière - et d'ailleurs de la seule réellement appropriée n'est-ce pas ? - à des situations parfaitement modélisées et prévues depuis longtemps par les sciences dites de l'éducation. C'est ainsi que d'un lieu où règne surtout le pragmatisme et où l’adaptabilité des enseignants est régulièrement mise à l'épreuve, les pédagogistes ont voulu faire un champ d'expérimentation sociale, « pour changer la société » disaient-ils naguère, ce qui en dit long sur les véritables racines de ce mouvement qui, de réforme en réforme, - la dernière en date prévoyant de faire de l'enseignement du latin une activité plus ou moins ludique, voire folklorique, voire anecdotique, voire fantomatique -, a fini par faire de l'école un enjeu politique et non plus un lieu d'instruction et de formation au service non d'une pensée commune (l'illusion d'une communauté de citoyens bienveillants), mais au service de l'intérêt général qui veut que chacun, quels que soient ses origines, ses croyances, ses opinions, son caractère et sa façon d'être, puisse se former à un métier qui correspond à ses capacités et, si possible, à ses goûts.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 mai 2015